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Seul contre tous Brvmsoo impose sa mentalité !

Deux ans après son projet Boulevard de Pesaro qui lui a valu de nombreuses attaques venues des réseaux sociaux en ce qui concerne ses chiffres de ventes, Brvmsoo nous est revenu le 25 mars dernier avec son premier album : Mentalité. Pour l’occasion nous avons rencontré le natif de Nanterre pour discuter de la conception de ce projet, de ses doutes, de son amour pour 50 Cent, de ses influences et de sa vision de la musique.

Brvmsoo ! Comment te sens-tu une semaine après la sortie de ton premier album ?

J’me sens libéré j’te dis la vérité. Dans ma tête, avec les critiques qui ont suivies mon précédant projet, je voulais juste qu’il sorte. Tout ce que je voulais pour ce projet-là c’est arrivé donc pour le moment je me sens bien !

En ce qui concerne les retours tu es satisfait ?

C’est ça que j’attendais le plus. J’ai vu que ça prenait bien sur Twitter. Après y’en a même qui ne savaient même pas que je sortais un projet mais ça après tu connais c’est rien.

Ton dernier projet, Boulevard de Pesaro, remonte à 2020. Qu’est-ce qui s’est passé entre temps ?

J’avais de nombreux soucis, j’avais des trucs à régler, j’avais besoin de me retrouver avec moi-même. En vrai de vrai pour pas te mentir j’étais un peu en pause. J’ai déconnecté de la musique, pendant de longues périodes j’allais pas en studio.

La cover, assez sombre, a été shootée en bas de chez toi. Dessus, au milieu de l’obscurité, on peut y voir tes amis en blanc. Est-ce qu’ils ont été placés là pour les remercier ?

Pour cette fois-ci je l’ai fait dans mon quartier parce qu’à la base Boulevard de Pesaro ça devait se faire dans mon quartier mais ça s’est pas fait… Et du coup moi, avoir une cover d’un de mes projets au sein de mon quartier, ça me tenait vraiment à cœur de le faire. Sans les personnes présentes sur la cover je te le dis, cet album ne serait jamais sorti et personne n’aurait entendu parler de moi pendant un long moment.

Cover de Mentalité
Tracklist de Mentalité

Ce premier album tu l’as nommé Mentalité et justement, ça a été quoi ta mentalité pour produire cet album et surmonter les épreuves ?

Faut toujours rester fort et jamais se laisser mourir. Moi je suis quelqu’un je ne peux pas me laisser mourir, soit j’y vais à fond soit j’arrête tout. Et là, un jour comme ça, je me suis dit c’est bon en vrai j’aime trop la musique ! (rires)

Au-delà de toutes tes galères Mentalité est introspectif et aborde ton quotidien.

Bien sûr ! En musique j’ai une facilité à raconter ma vie. Tout ce qui m’arrive, mes journées, tout ça. C’est quelque chose que je kiffe dans mes sons. Je te raconte ça avec des belles mélodies, quelques fois c’est des trucs crus, mais avec une bonne mélodie ça passe bien dans tes oreilles.

Justement, sur le projet on compte seulement 4 titres assez ensoleillés, les autres sont assez mélancoliques ou nuageux. C’était important pour toi de te livrer et de ne pas revenir avec un album « facile » pour juste te rassurer en termes de ventes ?

Même quand on bossait avec mes potos j’étais dans le délire où je voulais envoyer ma musique à moi, ce que j’aime faire. Et moi ce que j’aime faire c’est raconter ma vie parce que je sais que dans ma vie y’a des gens qui peuvent se revoir. J’suis un mec de cité, j’suis un peu comme tout le monde, j’me débrouille pour faire mon fric. Je pars du principe que dans mes sons je ne peux pas me permettre de faire du commercial parce que ce n’est pas moi. Je n’arriverais pas. Même si ça ne marche pas, jusqu’à la fin de ma carrière je veux imposer ma musique, ce que j’aime faire, et je veux faire aimer ça aux gens.

Sur « Courage » et « Seul contre tous » tu abordes la chose de manière optimiste. Est-ce que cet album a été une sorte de thérapie pour toi ?

Je te dis la vérité, il m’a beaucoup aidé à me relever. D’aller au studio, d’écrire, de me dire que je vais sortir un jet-pro alors que y’a même pas deux semaines j’aurais pu clamser ou des trucs bizarres auraient pu m’arriver. Ça a été une big big big thérapie pour moi d’écrire un album j’te dis la vérité. « Courage » et « 392 » ce sont mes sons favoris.

En parlant de « 392 », pourquoi avoir choisi de le nommer comme tel et de le placer en intro ?

« 392 » quand la prod démarre tu sais que c’est un début de projet. Quand je l’ai fait je savais que ça allait rentrer en début de projet. 392 c’est en référence à mes chiffres de ventes pour la première semaine de Boulevard de Pesaro. À la base c’était 391 et pour lâcher un petit clin d’œil à mon département, puisque j’habite dans le 9-2, on a mit 392.

Au-delà d’une thérapie on peut voir cet album comme une revanche ?

Fort ! Après dis-toi j’en veux même plus aux gens. Comme je t’ai dit je veux juste que ma musique soit écoutée, moi j’suis là pour imposer mon délire à moi. Je ne dirais pas revanche parce que, en vrai, de tout ce qu’ils ont dit au début, je m’en bats les couilles. (rires)

©David Delaplace
©David Delaplace

De toute façon c’est important et inévitable pour un artiste de passer au-delà des critiques.

C’est ça, ça arrive à tout le monde ! Au début tu es tout seul dans ton coin, tu sais plus trop quoi faire, puis après tout passe.

Comme on l’a dit, Mentalité est diversifié. Il y a des titres ensoleillés qui bougent. Toutes les collaborations sont sur ce type d’ambiances.

Après je te dis la vérité « Ghost » et « Shooter » moi je ne les vois pas trop ensoleillés. Le seul que je verrais dans ce genre d’ambiance c’est celui avec Joé Dwet Filé parce que, tu te doutes bien, j’ai voulu aller sur son délire pour aller capter son public à lui. Aller chercher un autre public. Mes potes et moi on est aussi dans un délire ou on veut s’extirper. On veut plus le petit public, on veut celui qui va chercher ton album, qui va acheter des places de concert. Et Joé Dwet Filé il a ce public-là.

Quand je te dis ensoleillé c’est pas forcement dans les écrits mais surtout dans les sonorités. Prototype par exemple, dans la mélodie, c’est assez efficace !

Je vois ce que tu veux dire. Mais du coup je les ai choisis parce que c’est des personnes que j’apprécie de ouf à la base. Rien de plus simple.

C’était important pour toi de ramener Bné vu que tu as côtoyé 4Keus dès tes débuts ?

Bné c’est quelqu’un on se parle souvent. J’ai vu qu’il s’était lancé en solo du coup je me suis dit direct je fais un son avec lui. On en a fait deux ! Un il n’aimait pas trop, moi perso j’aimais bien, et puis du coup c’est « Shooter » qui est sorti à la fin.

Sur Voilà, ton tout premier projet, tu avais fait un titre avec Leto. Est-ce que déjà à cette époque là tu pensais faire un truc avec Aéro ?

Non même pas ! Je savais même pas il était où wesh ! (rires)

Et du coup comment ça s’est fait ?

À la base il devait faire une compile et il m’a demandé que je lui donne un titre. Je lui ai donné un son pour la compile et de là on s’est dit vient on fait un son ensemble. On a fait le son mais j’ai vu que lui de son côté il ne lançait rien du coup je l’ai invité sur mon album.

Pour rester sur les collaborations, à Nanterre il y a des artistes comme LMB, Doria ou Lemon Haze. Qu’est-ce que tu penses de la scène locale ?

Y’a un vrai problème de visibilité parce que on n’est pas assez soudés je ne te le cache pas. J’ai peur de personne, j’ai pas peur de te le dire et tout le monde le sait, y’a un gros problème de… on se marche tous les uns sur les autres ! Le jour où on comprendra dans cette cité qu’il faut s’unir pour combattre et bah on gagnera la guerre. C’est pas demain la veille !

Du coup c’est quoi les artistes qui t’inspirent ?

Dans le rap français je peux tout te dire, j’écoute tout. Aux US c’est Gunna, Kodack Black… ça c’est mes refs là bas.

Ça t’inspire pour écrire ou plus dans les sonorités ?

Oui dans les sonorités c’est beaucoup de cainri. J’écoute presque que de ça.

Dans l’album y’a des sons qui parlent des relations homme/femme, c’est même assez récurant. Est-ce que c’est important pour toi d’aborder ce genre de thèmes dans tes productions ?

De moi-même je ne l’aurais pas fait parce que c’est pas un truc qui m’intéresse de ouf les meufs. (rires) Mais tu connais c’est parce que dans les projets je sais qu’il faut souvent varier ! Du coup j’me suis dit je vais placer deux, trois sons pour raconter des p’tites histoires. Y’en a qui sont vraies d’autres c’est complètement du bluff.

Le quatrième titre, « Colis », est clairement trap. La trap est passée au second plan avec la drill, l’afro, la pop, la plug… Est-ce que tu te sens à l’aise dans la trap et est-ce que c’est important pour toi de continuer à en faire ?

Comme t’as pu le voir sur « Colis » je me sens super à l’aise sur la trap et ça ne me dérange vraiment pas d’en faire, j’ai commencé avec ça. J’te dis la vérité j’men bat les couilles de la drill. J’ai déjà essayé, je dis pas que je sais pas en faire, mais c’est pas un truc qui m’intéresse. Tout le monde est fasciné par ça… C’est couteau, couteau, London, North Face, Jordan One. En vrai depuis la mort de Pop Smoke c’est parti en couille en vrai la drill.

Tout à l’heure je te parlais d’Aéro et de comment ça s’est fait en studio. Justement toi t’écris en studio ? Dehors ? Chez toi ?

Moi j’écris en studio, chez moi je fais rien. Tout en studio, la compo, l’écrit, tout tout tout.

La compo tu peux t’y essayer ?

Non ! J’suis un mec j’suis juste là pour rapper.

©Nazhachi
©Nazhachi

Dans tes textes tu fais plusieurs références à The Wire, Power et même dans l’outro il y a un extrait de « Réussir ou Mourir », le film de 50 Cent…

Le meilleur film de ma life… C’est un film que j’ai consommé 30/40 fois. Là tu vois on en parle ce soir j’le regarde. C’est vraiment le meilleur film de ma vie.

Et du coup, 50 Cent c’est quelqu’un qui t’inspire humainement et artistiquement ?

De fou malade tout ce qu’il entreprend c’est incroyable ce qu’il fait. Je sais pas si tu captes un peu Power tout ça ?

Évidemment que j’ai regardé ! (rires)

T’as vu ce qu’il est entrain de proposer 50 Cent au monde entier, c’est incroyable qu’un négro fasse ça. C’est dommage qu’il ne soit pas reconnu… parce que tu vois les gens savent que c’est 50 Cent mais moi je trouve qu’il est pas reconnu à sa juste valeur. Il est entrain de faire n’importe quoi au cerveau des gens. Rien que BMF, je sais pas si tu as regardé la série, et bah c’est 50 Cent qui est derrière tout ça. Il est en train de faire du n’importe quoi ! Du n’importe quoi au monde entier !

Avant Power il y avait aussi The Wire…

Ouais fort ! Classique !

Personnellement c’est l’une de mes series préférés. Tu t’identifierais à quel personnage toi ?

Dans The Wire je t’aurais dit euh… Stringer Bell hein !

Je le savais ! (rires)

Moi je suis un mec futé comme Stringer. Stringer direct !

Le morceau « En dernier » tu l’as mis en outro. Est-ce que quand tu as réalisé ton album tu t’es dit je veux que mon intro ça soit « 392 » et que « En dernier » ça soit mon outro ?

Non, je crois que « En dernier » c’est parce que je l’ai fait en dernier et que dans le refrain je dis « j’arrive en dernier je repars en premier » et on s’est dit que personne allait s’attendre à ça en outro. Puis c’est pas une outro en vrai. C’est pas une sortie d’album.

De notre coté on a vraiment apprécié l’album, qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ? Est-ce que tu travail déjà sur la suite ?

La suite va arriver très vite frérot. On se donne rendez-vous cet hiver. C’est tout ce que je peux dire. Et voilà, après c’est que du bonheur. C’est tout ce qu’on peut souhaiter.

On te le souhaite ! Merci pour ton temps !

Merci à vous et à bientôt !

©Nazhachi
©Nazhachi