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Retours vers Mai 2023

Comme Avril, le mois de Mai, marqué par la première cérémonie des Flammes, s’affiche très discret avec peu de projets mainstream ou de têtes d’affiches. Toutefois on peut noter les sorties d’artistes reconnus comme Jok’Air ou Rémy. Aussi, des profils intéressants comme Mairo ou i300 ont publiés leurs travaux avec omar chappier et 3HUNNA. De Rémy à GRËJ en passant par L’uZine et MIG on vous résume tout de suite ce mois de Mai !

5 Mai

Rémy – « Camus » ✍️

Seulement un an après le bon Renaissance, son troisième album qui lui a permis de s’ouvrir sans se travestir, Rémy nous est revenu avec un nouvel opus intitulé Camus. Bien chargé avec ses 19 titres, cet album accueille deux collaborations en les personnes de Leto et Hornet La Frappe (premier projet sans la présence de Mac Tyer). Pour se faire le natif d’Auber a convié 18 beatmakers : Asieux, Camaya, Darke, Geo On The Track, Jerzëy, Jihman, Kuete, Leveatz, Levy Geoffroy, Matojah, Mohand, Murphy, Ovaground, R.A.F, RandyGotTheJuice, Syger et Troiza Beats.

Lyriciste de rang à la plume sincère, introspective et touchante, Rémy a su s’imposer depuis ses débuts comme un artiste unique en son genre. Capable de rapper la rue avec maturité et avec un regard nouveau, l’albertivillarien avait signé un bel album en janvier 2022 avec Renaissance, un projet ouvert (kickage, tube et introspection) qui a exposé sa marge de progression au-delà de la tristesse profonde qui le caractérise. De ce fait on attendait de Camus qu’il soit plus poussé dans cette direction pour que Rémy puisse rafler ce qui lui revient de droit : la reconnaissance du grand public. Hélas, Camus n’a pas répondu à nos attentes. En effet, brouillon et flou dans sa structure, les titres s’enchainent sans grande cohérence et très peu d’entres eux se démarquent. Plus légers (facile) dans l’écriture, Rémy ne se livre pas vraiment, du moins avec moins d’authenticité et de poigne. Même s’il aborde sa vie avec nostalgie, sa famille, son quartier et la misère sociale qui y règne ou ses relations avec les femmes, ces thèmes restent en surface et ne sont pas plus creusés que cela. Forcement, cela nous frappe tant cette profondeur introspective était jusqu’ici un point central de sa musique. Dans ce registre seul le très bon « Larmes » apparait comme cohérent et au dessus du lot. Si le spleen de Rémy ne nous touche pas vraiment c’est aussi le cas des ouvertures avec des extraits lumineux assez basiques et sans grande fulgurance. Après 19 titres on ne retient au final presque aucun morceau qui nous gifle vraiment. La plume de Rémy n’a pas perdue de sa qualité mais le manque d’envie d’aller plus loin qui se dégage dans l’ensemble de l’album ne nous permet pas de vibrer, d’être touché par ses dires ou de se plonger pleinement dans Camus. Avec une tracklist surchargée des longueurs se font logiquement ressentir. Pas totalement raté, Camus abrite un point positif : les [ESSAI]. Au nombre de quatre, ces courtes interludes originales, qui lui permettent de tester des choses inédites à son univers, sont peut être les meilleurs performances de l’album avec « Schumacher », « Larmes » et « Les Lumières de la night ». Concernant les collaborations, ces dernières n’apportent pas grand chose et sont facilement oubliables. Dommage.

Un cran (voir deux) en dessous de Renaissance, Camus s’affiche comme une déception du fait de son coté brouillon, de ses longueurs et de son manque de « mélancolie profonde » si chère à Rémy. Sûrement son moins bon projet, Camus est un passage à vide qui ne reste pas préoccupant car Rémy n’a rien perdu de son talent. On attend mieux pour le prochain !

12 Mai

Jok’Air – « Melvin de Paris » 🗼

Dès ses débuts en solo, Jok’Air a su se distinguer en faisant de ses singularités et sa régularité ses forces. Depuis 2017, c’est à la cadence d’un à deux projets par an, de nombreuses collaborations réussies et d’une forte proximité avec son public que l’ivoirien a su tirer son épingle du jeu. Ce sont presque deux années qui se sont écoulées entre New Jok City et son nouvel album Melvin de Paris fraichement sorti. Avec ce projet pourvu de 18 titres, Jok’Air s’accompagne de Laylow (x2), Dann, Linema, Damso, So La Lune, Lady et Soprano. Coté composition ce sont Thomas André, Medeline, Traxx, Loubenski, Tambi, Wanthiss, Bobby San, Boy, Osiris, Franck Duke, Shuko, Jim Grandcamp et Shaz qui s’occupent de tout.

Pour ce nouveau volet Jok’Air a décidé de donner un fil conducteur à son disque à l’aide d’interludes audios. On y retrouve des discussions de ses proches, particulièrement de sa jeune nièce et de sa mère, qui partagent leurs impressions sur le monde qui les entoure, leur vécu et leurs sentiments sur certaines situations évoquées. Au programme l’auto-proclamé Big Daddy Jok défend plus que jamais les thèmes dont il s’est fait spécialiste, oscillant entre la mélodie des quartiers pauvres dont il est l’interprète, les histoires d’amour, de sexe et de peines de cœur, les opiacées et le deal, le racisme et les violences policières, l’importance de sa famille, sa paternité… Celui qui a longtemps revendiqué la misère et la souffrance vécue n’hésite désormais plus à se vanter de la vie rapide qu’il mène en profitant de tous les plaisirs d’une vie de rockstar. Si au fil des albums le mélomane nous a habitué à des instrumentales variées et toutes de qualités, c’est une énième réussite pour Melvin de Paris sur ce point. Complétées par des jeux de voix individuels, des chœurs, de très puissants et entêtants refrains, et même avec la présence d’artistes aux divers registres tels que Soprano, So La Lune ou Linema, Jok’Air réussit à amener tout le monde dans son univers en exploitant le meilleur de chacun et chacune pour obtenir le plus harmonieux des résultats (ce même après plusieurs collaborations). Que vous cherchiez des morceaux emprunts de déprime et de nostalgie tels que « Je vis cette mélodie » ou « Tu m’as eu » (avec Linema), plus rappés comme « C.M.B » (avec Dann), ou simplement plus rythmés avec « Vive le gang » (avec Laylow), nulle doute que vous trouverez de quoi combler vos attentes.

Avec Melvin de Paris c’est un nouvel album couronné de succès pour la rockstar Jok’Air. Faisant de sa voix et de sa versatilité musicale une force, le parisien maintient son art à flot sans difficultés. Difficile d’avoir des attentes avec Jok’Air tant sa polyvalence nous invite à le laisser nous guider vers son monde et nous surprendre sans cesse. On lui souhaite une belle continuation en espérant (peut-être) qu’un projet commun avec Laylow verra le jour !

19 Mai

L’uZine – « La 26ème lettre » 🏭

Groupe incontournable de la scène underground française, L’uZine, composé de Cenza, TonyToxik, Tonio le Vakeso, Souffrance, DJ G-High Djo et Soul Intellect, a marqué son grand retour après trois ans d’absence avec son nouvel album intitulé La 26ème lettre. Nommé en référence à la lettre Z si chère à l’équipe de Montreuil/Romainville, ce projet se voit bien fourni avec 16 titres qui accueillent une collaboration aux cotés du groupe américain Onyx. En ce qui concerne la production, lorsque ce ne sont pas Cenza, ToniToxik, DJ G-High Duo et Soul Intellect qui composent on peut retrouver Effet Papillon Prod, Gash, Holdsoul Music, James Digger, Masto, Misère Record et Moogaloo aux manettes. La cover a elle été réalisée par HTAG ART.

Officiellement actif depuis 2011, date de sortie de son premier album nommé La goutte d’encre, L’uZine est un groupe que l’on ne présente plus, du moins aux auditeurs les plus assidus. Groupe loin des projecteurs, L’uZine a toutefois vu, ces derniers mois, un peu de lumière se projeter sur lui avec les succès critiques de Cenza mais surtout de Souffrance qui a figuré sur le Classico Organisé en plus de son superbe Tour de magie. Alors logiquement un peu plus exposés, les montreuillois et romainvillois se devaient de marquer un retour flamboyant avec un nouvel album… et c’est chose faite avec La 26ème lettre. Sans surprise, cet album est une véritable claque auditive, une démonstration de rap, une patate sonore, bref, un petit bijou qui rehausse le niveau. En effet, si les têtes d’affiches mainstream n’ont jamais parues aussi pauvres lyricalement parlant, L’uZine est lui un groupe qui affiche un niveau incroyablement bluffant en terme d’écriture. Assonances, punchlines marquantes, sincérité qui leur permet de se livrer sans impudeur, egotrip brut et affirmé, les textes sont minutieusement calibrés et affichent une sérénité déconcertante. Si Cenza, Souffrance, Tonio le Vakeso et TonyToxik crachent toute leur haine et leur arrogance en abordant l’argent, la drogue, la police, le sex, le matériel ou la violence, ils n’en n’oublient pas pour autant de détailler leurs déboires, leurs doutes, leurs échecs ou la morosité du quartier. Car oui si l’egotrip et la rue sont centraux dans leur univers, la maturité l’est aussi. Avec des punchlines toutes plus estomaquantes les unes que les autres, les différents MC’s affichent un gros niveau sur La 26ème lettre qui assure un peu plus leur exceptionnel talent et leurs profils originaux qui s’emboitent à merveille pour peut-être former le meilleur groupe français actuel. Si les textes nous laissent sans voix tout en nous déconcertant, c’est aussi le cas pour les productions, majoritairement boom-bap et old-school, qui abritent des détails subtiles qui amènent une grande cohérence avec les ambiances. Globalement très sombre, La 26ème lettre n’est pas pour autant un album déprimant. Morose et nuageux seraient des termes plus adéquates. Puissantes, orageuses, exotiques ou symphoniques, les instrumentales sont travaillées de façon à ce que la boom-bap, qui pourrait faire fuir certain, s’affiche comme plus « à la page ». Lyricalement et musicalement parfait, La 26ème lettre est un album qui nous transporte dans une atmosphère très hip-hop avec un arrière gout de souffre qui se voit renforcé par des visuels léchés qui illustrent à merveille leurs propos. Puisque la musique vaut mieux que milles mots, des titres comme « Fleuve », « La Rosée », « Or », « Échec et mat » ou « J’avance » (ainsi que les 11 autres) devraient appuyer nos propos comme il se doit.

Véritable délice, grande démonstration de rap, et consolidant l’immense talent de L’uZine, La 26ème lettre s’affiche sans doute comme l’album le plus impressionnant et plaisant de cette année 2023. Un projet à consommer d’urgence si on aime le rap… mais d’ailleurs, comment ne pas aimer L’uZine si on aime le rap ?!

Mairo – « omar chappier » 🪓

Tout droit sorti de la SuperWak Clique, voix incontournable du paysage suisse, Mairo n’a cessé d’impressionner la scène rap francophone à chacune de ses apparitions. Pour marquer 2023 le genevois nous a offert une petite sucrerie de 8 titres nommée omar chappier. Rappant aux cotés d’Implaccable, H JeuneCrack, NeS et Wallace Cleaver, on retrouve Hopital, $CO, 5bobble, H JeuneCrack, Lil Chick, RestonsFlex, Arturo et DJ Stresh à la production.

Mairo fait partie de ces artistes que l’on identifie en quelques mesures seulement. Rappeur plein d’attitude, constant, et aux phases percutantes, son style identifiable entre mille lui permet de se démarquer facilement dans ce game surchargé. Dans la continuité de ses précédents projets, omar chappier fait à nouveau la différence en faisant démonstration de ses armes sur un EP court mais très efficace. Talentueux et polyvalent, le suisse n’hésite pas à s’essayer à de multiples styles, démontrant ainsi l’étendue de ses qualités. Qu’il s’agisse de Detroit flow comme sur « la mouche », de Jersey drill avec « 2 jacket » ou d’un registre orienté boom-bap sur « dope sound »… rien ne semble hors de portée pour le talent genevois. Parmi ces éléments, ce qui fait la particularité de ce cracheur de feu (« nouvelle écriture » en est un bon exemple) c’est le soin apporté aux textes, aux phases et aux rimes qui ne passe pas inaperçu. Sur la forme comme sur le fond, on retrouve tout ce qu’on pourrait attendre d’un rappeur hors pair : belles rimes, egotrip sur fond de haine de la police, d’antiracisme, revendiquant un vécu précaire, etc. N’hésitant pas à citer le travail des gens qui l’ont inspiré, de son frère Hopital au sample de Sheryo en passant par Lino, Ninho, Mo’vez Lang, reprenant des phases de la Sexion d’Assaut… une belle manière de saluer tout ce qui a de près ou de loin contribué à bâtir l’artiste qu’il est aujourd’hui. Si besoin de le préciser, ajoutons que les collaborations sont très réussies. L’alchimie sur les morceaux est systématiquement présente entre les artistes au point même de souvent faire sauter la présence de refrains pour appuyer  de plus longs et nombreux couplets. Mention spéciale à « merci bonne journée » avec H JeuneCrack porté par une énergie similaire à leurs précédentes collaborations au niveau des passe-passe.

Pour ne pas nous paraphraser restons-en sur le fait qu’omar chappier est clairement l’un des meilleurs EPs de ce début de 2023. Découpage net, belle écriture et alchimie, chaque morceau se démarque des précédents. Mairo représente avec brio la scène suisse ! Nul doute sur la qualité des projets qui suivront, mais en attendant leur sortie on vous invite à vous pencher sur omar chappier ainsi que sur le reste de sa discographie.

26 Mai

i300 – « 3HUNNA » 🔮

Placé dans notre liste des 14 artistes à suivre en 2023, i300 a su monter en puissance pendant un an (2021/2022) avec sa série d’EPs ml. Au vue du potentiel affiché nous attendions de voir le duo exercer sur un long format, et c’est désormais chose faite avec cette première mixtape 3HUNNA. Armé de 15 titres, ce projet ne comporte aucune collaboration. La production est elle assurée par Bvdmario, Chipeur, Corleone Beats, Dorian Barreteau, G.One Prod, Gone, LJS, Max Killthem, Saint Cairo, Stushi, TM 43, Thatboyarnaud, Wanthiss et Yaska.

Sorti d’un obscur laboratoire à Levallois, i300 s’est affiché avec sa trilogie d’EPs comme un duo particulièrement bluffant que ce soit dans les flows, les sonorités ou les visuels. Professionnels, Stal et Nezo ne négligent rien dans leur univers inspiré par ce qui ce fait en outre-Atlantique, en terme d’attitude et d’esthétique, mais aussi très français dans les thèmes abordés. Drogue, argent, sex, mode, codéine, vie rapide, tous ces éléments permettent à i300 d’obtenir un cocktail succulent qui regroupe les classiques les plus efficaces du rap. Déjà très sûrs de où ils veulent s’orienter, on peut dire que les parisiens ont trouvé leur D.A. La cohérence affichée sur les trois volumes de ml atteste cela. Prometteurs donc, les altoséquanais se devaient de confirmer ces promesses sur un long format qui pourrait leur permettre de solidifier les bases mais aussi de montrer autre chose pour élargir leur socle d’auditeurs en vu d’un premier album. Concernant les bases, celles-ci sont ici assurées avec des titres comme « Impliqué », « Amen », « Course », « Bateau » ou « À bout de souffle » qui sont sombres, imposants, puissants, rapides et souvent accompagnés de sonorités drill. Gérées à merveille, ces ambiances egotrip et obscures exposent une réelle singularité qui fait d’i300 un duo à la marge de progression assez large. Si la noirceur rythmée des parisiens n’est plus à prouver, la luminosité ne l’est plus non plus. En effet, déjà par le passé, puis sur 3HUNNA avec des titres comme « Tours » ou « B1 Remix », i300 montre qu’il sait tout aussi bien évoluer dans ce registre situé aux antipodes de son domaine de prédilection. Artistiquement complets, Stal et Nezo distillent alors des performances remarquables et différentes tout le long de ce 15 titres. Déjà très bonne puisqu’elle affirme avec solidité son socle musical, cette mixtape l’est aussi car on peut noter la présence de prises de risque comme « Baby » qui reprend un morceau d’Akon, mais aussi d’autres comme « Rien de nouveau » ou « Dorénavant » qui sont enivrants et chantés avec « douceur » (toujours un fond de beat rapide). Des prestations intrigantes puisqu’elles ont jusqu’ici été peu ou jamais abordées. Si la confirmation et l’envie d’oser sont assurément présentent, on peut également apercevoir une introspection ou des thèmes plus sérieux sur « Brick », « Dorénavant » et surtout l’outro « Douleur des halls » qui dégage une grande mélancolie/nostalgie par le biais d’une écriture plus mature et appliquée.

Poussés par une alchimie hors du commun, avec une grande maitrise de leur univers unique, et efficaces dans leurs écrits, Stal et Nezo ont répondu à nos attentes avec 3HUNNA, un premier long format réussi et facile à écouter. Cette mixtape est une belle porte d’entrée vers la musique d’i300 (si l’on a pas déjà apprécié les ml) et laisse définitivement entrevoir un avenir radieux pour le duo. On a hâte de voir les altoséquanais sur un format album !

MIG – « 21 » 📸

Révélation de la scène drill en 2022, MIG n’a pas perdu de temps après Toujours +, son premier album, et nous a déjà dévoilé son second opus sobrement intitulé 21. Bien calibré avec ses 12 titres, cet album accueille des collaborations de poids en les personnes de Niska, ZKR et Maes sans oublier ses associés de la 02 Géné : Le Risque et Zokush. Coté production on retrouve du beau monde avec Alchimyst, Hoodstar, Point, Laks On The Track, Nardey, Odp, Ortega, Star, SHB, Skarus Beats, SNK, Uno Séis et Young KO. La cover a elle été shooté par 73shot.

Septembre 2022, et alors porté par un réel engouement autour de lui, MIG dévoilait son premier album, Toujours +. Peu convaincant, incohérent, et loin de ce que le natif du 91 avait l’habitude de nous proposer, à savoir un rap tranchant, imposant et sombre, cet album sonnait alors comme une déception. MIG a brulé les étapes et a voulu s’ouvrir avant même d’avoir confirmé son socle. De ce fait, nous attendions de voir comment la moula allait rebondir après une déconvenue artistique, car oui, MIG a toutes les qualités pour s’imposer comme un rappeur attractif et durable. Pour repartir de plus belle l’essonnien a décidé de revenir aux sources avec une grande majorité de morceaux sombres, rue, egotrip et agressifs qui cette fois-ci collent avec son univers. Ambiance horrifique sur « 10KG » (avec ZKR), prod imposante et flow guerrier sur l’intro et « Okok » ou boom-bap obscure sortie des halls avec « J’raconte ma vie », MIG prouve ici que son univers est encore grandement exploitable et que la drill méchante et sinistre est son terrain de jeu. Bon drilleur et découpeur, le courcouronnais s’est appliqué sur son écriture tout le long de 21 pour distiller des couplets assez plaisants dans les références et les flows, assez monotones certes, mais qui lui permettent de placer des assonances et des backs superlatifs. Si son analyse pointue de la rue et de tous ses aléas n’est plus à prouver, MIG s’est ici un peu plus livré avec des titres comme « J’raconte ma vie » mais surtout « 2Pac » qui aborde ses doutes, sa famille, le temps perdu en prison, ses amitiés bancales ou la dureté du monde de la musique. Si MIG a su se livrer avec sincérité et justesse c’est aussi en grande partie grâce à ses bons choix de prods qui abritent toutes un détail original et qui lui permettent de fournir un contenu varié malgré la petite redondance dans le flow. Homogène dans les atmosphères, 21 est un album cohérent, puisqu’en phase avec ce qu’on attend vraiment de la part de MIG, mais aussi complet avec le petit rayon de soleil qu’est « Cardio » (avec Niska). Ovni du projet, ce titre expose peut être le seul défaut de l’album : les collaborations avec Niska et Maes. En effet, ces derniers n’apportent aucune plus-value, avec des écrits d’une faiblesse abyssale et un flow fatiguant qu’ils usent depuis des années, pendant que les autres (ZKR, Le Risque et Zokush) performent en faisant preuve d’une bonne alchimie avec MIG.

Ni trop court ni trop long, facile à écouter, intime comme plus légers et brut dans les écrits, travaillé dans les ambiances et les placements, et surtout cohérent avec le socle artistique qui a permis à MIG de se révéler, 21 est un album globalement satisfaisant qui permet à l’essonnien de rassurer après un premier album comparable à une mixtape « bâclée ». Avec ce 12 titres MIG a prouvé qu’il faut laisser du temps aux artistes et peut repartir à toute vitesse vers le chemin qui le mènera au statut de rappeur important de la scène rap francophone actuelle.

GRËJ – « Restaurant » 🍜

Regorgeant d’artistes aussi divers que talentueux, la scène suisse n’a cessé de nous impressionner en dévoilant de multiples rappeurs tantôt prometteurs tantôt confirmés par leurs projets de qualité. Parmi eux se trouvent GRËJ. Grand passionné de la culture hip-hop depuis son enfance, ce dernier a pris les armes et le micro à partir de 2019 afin de partager cette musique qui l’anime tant. Avec Take Away EP, sorti fin Avril, GRËJ nous avait préparé à l’ouverture de son Restaurant. Entièrement produit par Eval et GRËJ, et composé de 9 titres, sont conviés à la table des featurings Scor Novy, Jeune Ras, Les, L’Don, El Yeidi, Iswearimtrayingfam et Djeemy RedUzi.

Projet haut en couleurs, commençons par saluer Docteurlulu et AlixDubs pour leur travail très soigné dans les visuels, tant sur les pochettes que pour le clip du morceau éponyme (en espérant que d’autres arrivent par la suite !). Coté musique vous risquez probablement d’avoir des airs de déjà entendu pour les prods (mais dans le bon sens du terme). Toutes basées sur des samples, il se pourrait que vous reconnaissiez certains airs sans forcement pouvoir les nommer. Cela donne un vrai charme au projet qui se retrouve avec des sonorités à mi-chemin entre celles de ses influences des années 80-90 et d’autres plus modernes. Entrons dans le vif de Restaurant dont le fil rouge est tout tracé par le choix des thèmes et la manière dont ceux-ci sont traités. L’un des premiers éléments qui frappe à l’écoute est la sincérité par laquelle GRËJ entame l’album sur « Intro argentée ». D’humeur palestinienne, le rappeur-producteur ne cache pas ses peines ni sa situation en racontant une histoire, la sienne. Ayant précédemment évoqué la disparition de l’un de ses proches, les remises en question, les blessures dures à cicatriser et sa dépression rendent impensable pour le suisse l’idée de surmonter ces épreuves. Sans tout vous raconter, l’helvétique se livre sur les obstacles qu’il a surmonté au fur et à mesure, et sur la manière dont la musique l’aide à sortir de ses idées les plus sordides. Au-delà de sa très forte introspection qui est au centre du projet, GRËJ nous démontre également ses qualités de découpeur de prods qui n’a rien à envier à d’autres artistes plus exposés. Entre références, clins d’œils à la musique de ceux qu’il a apprécié comme Zeblaski, quelques phases assez drôles où plus ciblées (notamment d’excellent namedroping sur « Raw Interlude »), le suisse se démarque tant par sa plume que par sa manière singulière de poser, tantôt percutante tantôt amusante, ce qui est assez rare pour être souligné. Coté collaborations, les profils sont assez divers, tant dans les styles que dans les langues pour un résultat toujours plutôt réussi. On ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre et le rendu est toujours bluffant de par son efficacité et sa fluidité. Mention spéciale à « Huggy Les Bons Tuyaux » (avec L’Don) où l’attitude et les phases détonantes sont particulièrement remarquables.

Tous comptes faits GRËJ maitrise la recette d’un rap réussi. En ouvrant ce Restaurant nulle doute qu’il saura séduire un public qui l’appréciera tant pour ses qualités de rappeur que pour la sincérité et l’originalité dont ses œuvres font preuve. Un conseil, penchez-vous sur sa musique… tout bon auditeur de rap qui se respecte saura y trouver de quoi se régaler !

NOS MORCEAUX DU MOIS

Nahir – « P.O.V »
Malo – « Médication »
Rousnam – « 28ème Avril »
GRËJ – « Buggy Les Bons Tuyaux » (ft. L’Don)
Diddi Trix – « Trix Interlude »
L’Allemand – « Remontada »
Moha MMZ – « Habitué »
Heuss L’enfoiré – « Get 27 »
Gazo & Damso – « La Rue »
JMK$ – « Extendo » (ft. ASHE22)
Gambino – « Batman »
Rimkus – « Ali » (ft. Lacrim, Mac Tyer & WeRenoi)
i300 – « Baby »
H JeuneCrack – « Au Max »
MIG – « 2Pac »
So La Zone – « QN CV » (ft. TK)
Jok’Air – « Vive le gang » (ft. Laylow)
L’uZine – « Fleuve »
Rémy – « Schumacher »

Nyda – « Mauvais mélange » (ft. Osirus Jack)
Kaaris – « Peña Duro »
Soso Maness – « Le Haqq »
Nevon – « Galope »
404Billy – « Enfant éternel »
Zed – « Opps » (ft. Guy2Bezbar)
Sadek – « Le Zin »
Gambi – « Guette »
3arbi – « Freestyle Interlope »
Kalash Criminel – « This Is Oim »
Mairo – « merci bonne journée » (ft. H JeuneCrack)
Ziak – « Halla »
Achim – « feugréjoi »
USKY – « 3.5.7 » (ft. Booba)
Nahir – « Piranha » (ft. Vacra)
Lacrim & Mister You – « Gogeta »
GRËJ – « Raw Interlude »
L’uZine – « La Rosée »
Jok’Air – « Je vis cette mélodie »