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Retour vers Septembre

Apres un mois d’Août très (très) vide en termes de sorties la machine se remet tout doucement en marche. Parmi les différentes sorties on peut noter le retour de têtes d’affiches comme Lomepal ou Dosseh qui ont respectivement publiés leurs troisièmes albums : Mauvais Ordre et Trop tôt pour mourir. Aussi, on a pu apprécier les premiers albums de MIG et Prince Waly. De Frenetik à Zikxo en passant par le petit nouveau Zéphir, on vous résume ce mois de Septembre alléchant !

16 Septembre

Lomepal – « Mauvais Ordre » 📸

Après Palmer Wild Story et Le Tournesol qui n’ont fait qu’accroître l’engouement autour de lui, Khali a dévoilé avec LAÏLA le premier gros projet de sa jeune carrière. Composé de 11 titres, LAÏLA accueille une collaboration avec Chanceko mais surtout un large panel de producteurs dont Kosei avec qui Khali avait pu collaborer sur le projet KOLAF (La Fève X Kosei). À l’image de sa cover (scindée en deux) ce projet regorgera de prods très différentes que ce soit en termes d’instruments utilisés (piano, guitare, instruments orientaux), d’ambiances véhiculées, de drums ou bien d’effets en tous genres. Millionaire dans ses sonorités, l’aspect musical viendra renforcer la voix originale et singulière de Khali qui pourra alors se permettre de placer des échos, des hachures ou bien de la saturation. Introspective à son paroxysme, son écriture dégage une grande maturité sur le monde qui l’entoure et une tristesse profonde qui laisse quelques fois ressortir des rayons de soleil. Abouti que ce soit dans ses sonorités, dans son écriture et dans la construction de ses morceaux, LAÏLA s’affiche comme un des projets les plus marquants de cette année et confirme que Khali est un artiste à surveiller de très (très) près.

23 Septembre

Frenetik – « Rose Noire » 🌹

Un peu plus d’un an après Couleurs du jeu, la réédition de sa première mixtape, le bruxellois a fait son retour en cette rentrée avec son troisième projet : Rose Noire. Composée de 15 titres, cette mixtape n’accueille aucune collaboration mais un beau casting de 18 beatmakers qui sont Amine Farsi, Artro, Bloody, Born Like Malik, Crisostum, D1gri, Drama State, HoloMobb, Hoodstar, Junior Alaprod, Nardey, Richie Beats, Scar Productions, Sean, Sexy, SHK, Stork et THESCAM.

Artiste prometteur à la grande marge de progression, Frenetik avait posé ses bases obscures et pessimistes sur Jeu de couleurs, toutefois, ce dernier avait été trop brouillon dans l’organisation de son projet, dans ses écrits et ses sonorités qui semblaient toutes identiques. Logiquement, nous attendions sur Rose Noire une certaine cohérence avec une direction artistique nouvelle et des ambiances plus singulières. Nous n’avons pas été déçus ! Intime, nuageux, pessimiste et original dans ses visuels, ce projet est relativement bien construit avec une intro aérienne et personnelle qui résume bien les thèmes d’un disc qui semble plus se rapprocher d’un album que d’une simple mixtape. Kickage puissant, egotrip et sombre sur « Dédicace »,, « Dans le noir » ou « Sang Froid », sonorités nocturnes et enivrantes avec « Sacoche » et « Night » ou douceur sur « Poussiere », « Tout Plaint », « Ruinart » ou « Rose Noire », le bruxellois varie ses humeurs tout en gardant son socle oppressant et défaitiste. Cette noirceur mélancolique et nostalgique est ici omniprésente et peut se retrouver dans sa voix qui est mieux mise en avant que sur Jeu de couleurs. Mi dans de bonnes conditions avec des instrumentales hérissées et obscures qui lui vont comme un gant, Frenetik peut se permettre d’insérer des effets de Prod comme sur « Vaccin » ou « Sang froid » et des backs efficaces dans « Seul » mais également de varier ses flows qui pouvaient sembler très répétitifs sur ses précédentes réalisations. Biens construits et riches en sonorités avec des instruments différents (piano, guitare, Synthé), ces quinze morceaux transpirent le travail et l’envie de pousser la chose plus loin. Même si Rose Noire est un projet plus qu’appréciable à l’écoute, il reste quelques points noirs et notamment l’écriture de Frenetik qui tantôt est très bateau tantôt originale et bien amenée avec des phases bruts et chocs. Un point à travailler qui n’entache pas les énormes progrès du belge à qui il faut laisser du temps pour aiguiser sa plume. Cette patience de la part des auditeurs est primordiale ne l’oublions pas…

Avec une direction assez claire, des ambiances maitrisées et des thèmes encore un peu plus personnels, Frenetik a répondu à nos attentes et signe un retour intéressant, encourageant et plein de promesses. Aucun doute sur le potentiel du bruxellois… reste maintenant à travailler les points noirs pour acquérir cette solidité qui fera de lui un artiste unique qui manque au sein de la scène rap francophone.

Zéphir – « ZOR » 😤

Quatre mois après l’excellente première mixtape de son collectif KOB, Zéphir a décidé d’accentuer son empreinte sur 2022 avec un projet solo intitulé ZOR. Composé de 10 titres, cet EP n’accueille aucune collaboration et est intégralement produit par FlekProduction.

Sorti du brouillard comme Zabuza, Zéphir est un artiste à l’univers nocturne et abyssal dans les sonorités et drip/egotrip dans les écrits. Carte de visite solo, ZOR est un projet à la direction artistique solide et cohérente avec ses réalisations antérieures. Polyvalent, Zéphir livre des morceaux puissants comme « Technique secrète », « Fly Fly » ou « M.M », oppressants et sous-terrains avec « Zorgarisme » et « Maestria » ou plus mélodieux sur « Novel : Antares », « Hooshenerie » et surtout « Triste époque ». Complet et varié sans jamais quitter son socle obscur, ce 10 titres met en valeur un potentiel prometteur et plein d’opportunités qui attire deja notre attention. Habillement référencée, technique et remplie de comparaisons/metaphores, son écriture est appréciable et permet d’avoir un tout bien huilé qui rend fluide le résultat final. Confiant de son orientation artistique et possédant des bases résistantes, Zéphir semble très à l’aise avec ses flows, ses ambiances et ses éléments de construction (pont, refrain, backs) à l’intérieur meme des morceaux. Aucun doute que sa période d’essaie au sein du rap français sera courte et que de nombreux auditeurs rejoindront à court/moyen terme ses rangs.

Plein de ressources et singulier dans ses ambiances, Zéphir affiche une grande marge de progression et s’assume à nos yeux comme un artiste à suivre de toute urgence (tout comme KOB). On se tient prêt pour la suite qui s’annonce délicieuse !

30 Septembre

Prince Waly – « Moussa » 🐊

Trois ans après son EP BO Y Z le natif de Montreuil a mi fin à son absence avec la sortie de son premier album sobrement intitulé Moussa (son prénom civil). Composé de 14 titres, ce projet accueille 7 collaborations forts plaisantes qui sont Feu! Chaterton, Ali (Lunatic), Freeze Corleone, Enchantée Julia, Jazzy Bazz, Luidji et Makala. Coté production on note la présence de 9 artisans du béat : 3010, AAyhasis, Crayon, Ford Stens, High Klassified, The Hop, JayJay, LamaOnTheBeat et Selman. La magnifique pochette a elle été réalisée par Fifou.

En 2019 Prince Waly dévoilait BO Y Z, un EP d’une grande qualité qui exposait un talent qui ne demandait alors qu’à exploser à la face du public rap français. Et une chose est sure, son premier album, Moussa, a fait l’effet d’une détonation dans nos oreilles. Ni trop court ni trop long avec 14 tracks, cet album apparait comme bien construit avec une première partie axée sur un rap egotrip, sombre et technique et une seconde plus douce, introspective et sentimentale. Chaque morceaux a sa place bien définie et cette fluidité se voit renforcée par des interludes ou dialogues qui introduisent les extraits suivants. Par exemple « Moussa (Part II) – Interlude » tease cinématographiquement le lumineux et chic « Cash » avec Enchantée Julia et Jazzy Bazz. « Messe », quant à lui, accueille un passage de film qui renforce l’ambiance nocturne, nonchalante et grisonnante renvoyée. Comme nous l’avons dit Moussa est donc construit en deux parties. La première regroupe des titres comme « Movie », « Balotelli » (avec Freeze Corleone), « Rottweiler » (avec Ali), « Avertisseurs (Part II) » ou « Walygator » qui sont très rappés, assez nocturnes et idéalement produits avec des instrumentales toutes différentes qui se regroupent autour d’écrits techniques, egotrips et merveilleusement référencés. En parlant de ses écrits, ces derniers dégagent une grosse prestance, une assurance hors-norme et nous rappellent par moment le niveau affiché par Lunatic sur Mauvais Œil. D’ailleurs, ce classique est omniprésent au sein de Moussa avec des références directes – « On écoutait Mauvais Œil avant d’aller prier » – , la présence d’Ali, le titre « Avertisseurs (Part II) » qui est dans la continuité d' »Avertisseurs » du duo ou bien avec des sonorités très début 2000. Parfaitement maitrisé, ce style amene un véritable souffle de fraicheur sur un rap français qui a tendance à oublier d’où il vient. Sur la seconde moitié de l’album notre prince adopte un flow plus entrainant, des sonorités plus douces, lumineuses et harmoniques et des écrits un degrés plus personnels et intimes. Avec « Ca$h », « Problème » (avec Luidji & Makala) et « BBF » le romantisme et le charnel sont de la partie. Sur « Broke » l’ambiance y est très orchestrale et fait guise de bon prélude à « Miroir » qui rappel que, meme lorsque Prince Waly opte pour la tendresse, il n’en n’oublie pas sa base artistique : le rap pur. Placé en outro, « Mercy » s’apparente à un bon condensé de son univers qui revient sur ses trois ans d’absence durant lesquels il a du lutter contre un cancer. Musicalement bluffant, Moussa l’est aussi en termes de visuels avec une superbe cover et des clips esthétiques et cinématographiques qui mettent fabuleusement en image ses ambiances et propos.

Maitrisé, complet et dégageant une grande maturité artistique, Moussa est un magnifique album qui a tout pour être une pièce importante du rap français dans les années à venir. Aucun doute sur le fait que Moussa est l’un de nos albums préférés de ces dernières années et que Prince Waly s’impose comme un artiste au potentiel immense. L’avenir du montreuillois s’annonce radieux et cela nous ravi. Merci pour ce disc !

Dosseh – « Trop tôt pour mourir » ⚔️

Suite à trois ans d’absence Dosseh a fait son grand retour en ce 30 Septembre 2022 avec son troisième album intitulé Trop tôt pour mourir. Composé de 19 titres, ce long-métrage accueille 7 collaborations en les personnes de Tiakola, Zed, WeRenoi, Leto, Lacrim, Dinos et Momsii, un jeune artiste issu de Sein-et-Marne. En ce qui concerne la production on peut retrouver 17 beatmakers : BBP, Boumidjal, Chapo, DST The Danger, Focus Beatz, HoloMobb, Iksma, Josh, Ken & Ryu, L$30, Mighty Max, Pbl, Rilcy, Tarik Azzouz, Twenty9 et Wladimir Pariente. Encore une fois l’artwork a été confié à Fifou.

Présent depuis près de 20 ans, Dosseh est un artiste qui a connu le succès commerciale assez tard, toutefois, son succès d’estime lui a permis d’engranger une grande expérience au fil des années et d’imposer un univers solide et unique. Rappeur confirmé qui gère plutôt bien les prises de risques, Dosseh n’a donc presque plus rien à prouver, cependant, depuis son dernier projet, Summer Crack 4, les tendances ont changées. C’est la tout l’enjeu de ce troisième album, revenir en force tout en liant le Dosseh d’un Pérestroïka à celui d’un VIDALO$$A. Dès l’intro, « Dina Sanichar », qui renvoie à l’enfant indien élevé par les loups, l’orléanais rentre à grand coup de pied dans la porte avec un titre brut et puissant à la prod oppressante. Ce kickage guerrier et imposant Dosseh le maitrise à merveille et le prouve à de nombreuses reprises tout le long du projet avec les « RS-28 », « Mode S », « La vie de Cesar » (avec WeRenoi) et « Sky Dweller ». Tous agressifs et énergiques, ces différents extraits, qui confirment son statut d’artiste confirmé, possèdent tous des détails originaux finement dissimulés et s’encrent bien à l’univers obscure et narratif de Dosseh. Ce qui devrait être la base pour tout rappeur est ici parfaitement appliqué avec des ponts, des backs sublimateurs et des refrains coup de poing. Jeune ancien, le natif d’Orléans n’en n’oublie pas pour autant les bases avec le boom-bap « L’algorithme de Dieu ». Rapper, Dosseh sait le faire et ce genre de performances ne nous surprennent pas vraiment. Ce que nous attendions réellement c’était une diversification des ambiances à travers des prises de risques et des touches singulières… et justement, ces caractéristiques sont belles et bien présentes ! Avec le poignant et véridique « Djamel » qui raconte l’histoire d’un de ses amis qui est miraculé des attentats du 13 Novembre, « Branché » (avec Momsii) qui narre une relation prisonnier-homme libre ou « Je te pardonne » qui positionne un mort face à son assassin, Dosseh manie habillement le storytelling et s’adapte donc à cette mode particulièrement en vogue ces derniers temps (pratiqué par Laylow, Lacrim, SCH…). En parallèle de ces histoires réelles et fictives (ou pas) notre Lossa amène des éclaircies et de la bonne humeur avec le club « Smooth Criminel » (avec ZED) et les chantés « Plus belle la vie, plus belle la mort », « Destinée », « N’écoute pas tes copines » (avec Leto) ou « Rien n’a changé ». Avec cette grande diversité Trop tôt pour mourir est déjà un album réussi, toutefois, il nous manque de l’introspection… et cela Dosseh ne l’a pas oublié. En effet, sur le piano voix « Fleur d’Automne » il se livre sans concessions sur la perte de sa mère et avec « Trop tôt pour mourir » il aborde ses doutes et son chemin semé d’embuches. Sincères et sentimentaux, ces morceaux viennent saupoudrer le tout d’une touche intime non surfaite. Si l’on doit noter la présence de points noirs, ces derniers ce porterons, au-delà de la cover qui a tout l’air d’un mauvais single, sur les titres « Amsterdam » (avec Lacrim) et « Demain j’arrête » (avec Dinos) qui sont terriblement creux et qui n’apportent aucune (mais vraiment aucune) plus value. Lacrim n’est pas dans son registre et Dinos est fade et épuisant. Minoritaires, ces défauts de fabrication n’entachent pas la qualité globale du projet… suffit juste de passer aux morceaux suivants.

Fidèle à lui meme, à l’être humain et artiste qu’il est, Dosseh a surement livré avec Trop tôt pour mourir son meilleur album. Avec une direction artistique très claire, une réelle diversité d’ambiances et une cohérence avec son univers et les exigences d’aujourd’hui, ce troisième opus est une véritable reussite qui permet à Dosseh de confirmer son statut d’artiste incontournable de la scène rap française. Voila ce qu’on attend des rappeurs actuels !

MIG – « Toujours + » 

Actif depuis près de trois ans, MIG s’est rapidement imposé comme un rookie de poids au sein de la scène drill française. Fort de ses succès avec des titres comme « Barbara Kean » ou sa série « Pas ralentir », le natif du 91 nous a livré en ce 30 Septembre son premier album studio intitulé Toujours +. Composé de 14 titres, ce dernier accueille trois collaborations en les personnes de Tiakola, Leto et Heuss L’enfoiré. Coté production on retrouve 16 beatmakers qui ne nous sont pas inconnus : Alchimyst, Boumidjal, Cellulaire, HoloMobb, Keybee On The Track, Lil Rayon, LSB, Nardey, Neyt’s B, Rad, RJacks & Masta, Scvrla, Shiruken Music, SHK, Unfazzed et Young Chencs. Minimaliste, la cover a été confiée au collectif Blakhat.

Depuis ses débuts MIG s’est efforcé d’imposer un univers sombre, quartier et violent qui s’inscrit parfaitement bien dans la tendance drill. Drilleur original et atypique, le natif de Saint-Genevieve-des-Bois possède donc des bases solides et un socle bien carré, toutefois, ce genre qu’est la drill peut très vite tourner en rond et cela MIG l’a bien compris. En effet, Toujours + est un projet très different dans les sonorités et les ambiances que ce qu’il avait l’habitude de nous proposer. Sur ce premier album on peut noter, en grande majorité, la présence de titres lumineux. ou plus mélancoliques et introspectifs avec des instruments différents (guitare, piano). En ce qui concerne ces éclaircies on peut apprécier les romantiques « Jamais fini » et « À la mode » ou bien les ensoleillés « La Chance », « La Beuh », « Quand j’y repense » (avec Tiakola), « Dans ma tête » et « Dans nos blocks » (avec Leto). Avec ces différents extraits MIG fait dans la douceur et la joie avec des thèmes plus légers et beaucoup moins violents. Au sein de cette masse plus accessible pour le grand public notre moula en profite pour se livrer à travers les personnels « Encore une fois », « Haut parleur », « À la mode » et « À toute à l’heure ». Maitrisés, ces morceaux nous permettent d’en apprendre plus sur MIG et lui donnent l’occasion de fournir autre chose que des titres méchants et énergiques. Mais attention cette agressivité reste néanmoins son domaine de prédilection et un projet sans ces ambiances serait un peu trop déstabilisant venant de MIG. Pour cela on peut s’attarder sur l’excellent « Les frères » (avec Heuss L’enfoiré) qui abrite des couplets bruts et un refrain originalement chanté, sur l’obscur et puissant « Trafic » ou bien sur l’intro plus qu’efficace « Toujours + ». « Bouge ton boule » apparait lui comme un ovni et semble calibré pour TikTok (comment lui en vouloir…). Assez ouvert donc, Toujours + est satisfaisant dans sa globalité mais semble arriver un peu tôt dans la carrière du parisien. En effet, sans réelle structure et très différent de ses standards (même si la base drill est toujours présente), ce projet apparait comme brouillon et reste à voir s’il restera dans les mémoires…

Avec une masse lumineuse et introspective MIG s’est présenté sous une autre facette et a surement conquis un autre public, seulement, son public des débuts pourrait. ne pas s’y reconnaitre. Un album plus équilibré aurait sans doute était préférable pour marquer les esprits et commencer sur les chapeaux de roue. Attention, Toujours + n’est que. son premier album et MIG est loin d’être mort dans l’œuf. On attend juste mieux pour le prochain !

Zikxo – « INTEMPOREL » 

Plus d’un an après la sortie de son premier album Jeune & Ambitieux suite à quoi il a été assez discret, Zikxo a marqué son retour en cette rentrée avec sa mixtape intitulée Intemporel. Au casting, six collaborations avec Jazzy Bazz, Zefor, Lesram, Zamdane, S.Pri Noir et DA Uzi. Pour produire cette mixtape 15 beatmakers ont été mobilisés : BBP, Beany, Enigma Beats, Guilty, Hazzy, JY Prod, Kayna, Mehsah, Prince, Stushi, Timo Prod, Twinsmatic, Tyron808, Wave Makers et Wayv-n. Comme pour son précédent projet, l’artwork a été confié au collectif Blakhat.

Février 2021 le natif de Bondy publiait son premier album qui exposait une envie de montrer autre chose avec des titres plus chantés et ouverts. Toutefois, cet autre visage n’aura pas réellement convaincu malgré un projet globalement réussi. Cette diversification est peut-être survenue un peu trop tôt et cela, Zikxo l’a bien compris en revenant, avec Intemporel, à ses fondamentaux. En effet, cette troisième mixtape (si l’on considère Freestyles Temps comme une mixtape et non une compilation) est globalement très rappée. Kickeur et lyriciste d’exception qui connait ses classiques, Zikxo livre des extraits puissants et obscures avec « BONDYNOIS », « B.A.C », « PAVÉ » (avec Jazzy Bazz & Zefor) et « QUALITÉ » ou d’autres plus nocturnes et différents dans les flows sur « INTEMPOREL », « TOUT SEUL » et « CASH MONEY ». Cette diversité au sein même du kickage se ressent réellement sur les boom-bap « MISSION SUICIDE » (avec Lesram) et « OUTRO » ou les plus mélancoliques et introspectifs « RAP ET RATURES », « CIEL » et « CONSÉQUENCES ». Les « Z.Z » (avec Zamdane) et « ÇA PAYE » (avec S.Pri Noir & DA Uzi) s’apparentent eux à des ovnis originaux destinés à toucher un public plus large. Tous très biens construits avec des ponts et répétitions qui fluidifient la chose, des flows singuliers et intéressants et des refrains imposants et maitrisés, ces différents morceaux ne présentent aucun points noirs… au contraire, ils représentent de véritables démonstrations de rap pur. Mais voila, à la première écoute Intemporel se dessine comme une déception, au vu de l’indéniable talent du bondynois, car les morceaux semblent tous uniforme et s’enchainent sans véritable gifle. La première écoute n’est pas une claque et ne dégage pas à première vue, malgré sa grande maitrise, de réelle performance qui met la barre plus haute. Cependant rassurez-vous, ce phénomène s’explique (comme pour la majorité des artistes et encore plus pour Zikxo)… une deuxième écoute est obligatoire. En effet, depuis ses débuts, et en tant que passionné, Zikxo a toujours entretenu une relation étroite avec ses producteurs jusqu’à les considérer comme des collaborations à part entière. Guilty, BBP ou Mehsah, tous jouent un grand rôle et glissent des prods riches en sonorités, effets et rebondissements. D’ailleurs ces dernières tournent souvent 20 ou 30 secondes à la fin de chaque titres ce qui consolide alors ce duo « artiste-producteur ». Primordiales pour son épanouissement artistique, ces instrumentales jouent donc un grand rôle dans ses réalisations et ces subtilités sont réellement visibles lors d’une deuxième, voir troisième écoute. Légèrement frustrant à la première écoute, Intemporel est en finalité comme tous les projets de Zikxo, un disc qu’il faut réécouter pour l’apprécier pleinement.

Échantillon de rap sous sa plus belle forme, Intemporel est un beau projet qui consolide le statut de Zikxo : un artiste sentimental et rue à la plume sincère et aiguisée. Une mixtape à découvrir et à redécouvrir pour éviter de passer à coté de quelque chose de travaillé avec passion qui manque cruellement au sein du rap français actuel. Merci Zikxo !

NOS MORCEAUX DU MOIS

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