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Retour vers Septembre 2023

Ça y est, les vacances sont finies, place à la rentrée ! Qui dit rentrée dit reprise d’un rythme de sorties plus soutenu, et donc de quoi se mettre plein de belles choses sous la dent. Rempli de petites sorties d’artistes encore assez peu exposés, Septembre est surtout marqué par le retour du boss de La Ligue des Ombres, Freeze Corleone, mais aussi du beatmaker incontournable Ikaz Boi. De Freeze Corleone à Niaks en passant par Nyda ou Hornet La Frappe, on vous résume ce mois de Septembre !

11 Septembre

Freeze Corleone – « ADC » 🌪

Depuis La Menace Fantôme Freeze Corleone a connu un véritable engouement populaire. Disque de platine, invité en featuring partout depuis 2020/2021, inspirant un grand nombre de ses pairs à suivre son créneau dans l’espoir de se faire une place aussi solide que lui dans le rap… le succès autour du sénégalais et de son univers ont autant suscité le respect que l’indignation sur certains aspects. Toujours est-il que Freeze Corleone a fait de son monde sombre et violent aux teintes complotistes une marque de fabrique (comme le prouve la date de sortie de ce disque, 11 Septembre ndlr) tout en cultivant le mystère autour de lui. C’est avec L’Attaque Des Clones que le boss du 667 a cherché à consolider son empire avec 13 titres majoritairement signés Flem, lui même accompagné par Rayane Beats, Chapo, Therapy 2093, SHK, Narcos, Skuna, Ken & Ryu, Ocho, Gouap, Hoodstar, Nassir, Elias et CashMoneyAP.

Avec un titre toujours en référence à Star Wars, ce second opus s’inscrit comme une suite évidente à LMF (La Menace Fantôme). Les deux formats sont similaires dans la forme, dans le contenu qui n’a pas tant changé depuis ses débuts, ainsi que par la présence de samples de différents médias et de célébrités souvent horrifiées par les propos provocateurs du jeune Sith. Contrairement à La Menace Fantôme cela n’a pas suffit pour créer coup de comm et buzz dans la sphère médiatique (même après avoir mentionné la LICRA sur Twitter), ce qui n’a pas empêché Freeze Corleone d’obtenir un nouveau disque d’or peu de temps après la sortie du projet. Quoi qu’il en soit, il souhaitait prouver que son premier album n’était pas qu’un coup de chance et que même en solo il parviendrait à remettre le couvert. Même si peu doutaient de ses qualités rapologiques, c’est chose faite, et il faut le dire… ADC est un bon album. « J’suis que à propos du poison comme à Parmanie » (sur Amerique du Sud). Distillant de multiples références populaires allant de Pokemon à la mafia, avec la Ndrangheta, saluant ses proches comme Zuukou Mayzie ou Stavo, en passant par les sportifs de haut niveau ou Le Parrain, Freeze Corleone ne cesse de s’amuser en semant nombre de références différentes, fictives ou réelles pour ses fans fascinés. Le sénégalais reste comme à son habitude assez fermé sur ses pensées intimes si l’on dépasse le cadre de ses valeurs, mis à part sur ses croyances et ses consommations d’opiacées. « J’préfère être accusé d’antisémitisme que de viol comme Gérald Darmanin » (sur Shavkat). Toujours maitre dans l’art de l’écriture aussi provocatrice qu’insolente, Freeze Corleone ne trahit ni son univers ni les thématiques qui rendent sa musique si unique. Conspirationniste et clivante sont deux mots qui collent bien à cette dernière, pour le meilleur lorsqu’il s’agit de mettre en avant racisme ou impunité des agresseurs dans notre pays : « Demande toi pourquoi en France on protège les pédophiles et les violeurs » (sur Amerique du Sud), ou pour le pire lorsque l’on observe une partie de son public trop fasciné par l’antisémitisme et les références nazies pour lesquelles le chef de file du 667 ne semble ni se lasser ni s’intéresser à éviter l’ambiguïté de ses propres positions. Coté prods cette nouvelle association avec Flem sur la quasi totalité du projet appuie fortement cet univers ténébreux. Leur complémentarité reste assez efficace dans l’ensemble et Freeze en profite pour se faire plaisir sur de la drill (Kpop), sur du kickage énergique (Shavkat), sur de l’obscurité oppressante (Voldemort) ou sur de la 2step avec l’original et inattendu « Jour de plus ». Les deux derniers morceaux d’ADC (Jour de plus et Lamborghini bénie) sont d’ailleurs ceux qui se démarquent le plus via leurs sonorités à l’opposé du reste de l’album. Si cet album contentera sans doute les fans de Freeze, car réussi, reste que L’Attaque Des Clones souffre de la comparaison avec LMF, son semblable prédécesseur. Moins d’impact à la sortie, moins prenant dans l’ensemble, moins intriguant dans les choix de samples d’interviews et de polémiques liées au rappeur, ADC résonne comme un La Menace Fantôme 2 car très, voir trop proche dans la forme.

Si Freeze Corleone a réussi à formater sa musique et à la rendre reconnaissable (au point de se faire singer par Django), reste que nous en attendions un peu plus (à tort ou à raison) pour un second album. On imagine que l’omniprésence de Freeze Corleone en featuring depuis 2020 n’a pas aidé sur ce plan, bien qu’elle n’enlève en rien la qualité des différents morceaux de ADC.

15 Septembre

Nyda – « Acte II : Le loup dans la bergerie » 🐺

Deux ans après l’excellent Acte I : Le réveil du loup, Nyda nous revient avec le deuxième volume de sa série, Acte II : Le loup dans la bergerie. Bien fournie avec ses 17 titres, cette mixtape accueille une belle équipe d’invités aux profils tous assez singuliers : KR Malsain, Gaulois, Osirus Jack, Gradur, Roshi, Douma et Kalash Criminel. Coté production on retrouve du beau monde avec 16 beatmakers de renom : A1 Rocky, Amertume, C2s, Chapo, JH Beatz, Jolly Roger, Ken & Ryu, Laysi, Marcelino, Mehsah, Noxious, Rim’s, Shaz, Teddy Hitmakerz et Traplysse.

Proche du rappeur Gradur, et actif depuis à peu près six ans, Nyda a juqu’à la sortie de Acte I : Le réveil du loup connu un parcours dans l’ombre loin de la scène mainstream qui affole les charts. Seulement, avec ce projet qui marque le début d’une trilogie, Nyda a exposé son potentiel et a affirmé son envie d’être un artiste qui compte. Réussie et aboutie, cette mixtape nous a fait l’effet d’une gifle et nous a fait réaliser que le roubaisien mérite beaucoup plus que ce qu’il a aujourd’hui. De ce fait, nous attendions avec impatience la sortie de cet Acte II qui confirmerait nos dires et qui abreuverait notre soif de rap comme il y en a peu ces dernières années. Et autant vous le dire tout de suite, Acte II : Le loup dans la bergerie est un véritable souffle de fraicheur que nous avons adoré. De A à Z, cette mixtape, qui a tout d’un formidable album, est parfaite ! Par où commencer… Tout d’abord les prods. Ces dernières sont ici toutes travaillées avec un grand sérieux et surtout avec un grand investissement. Petite guitare mélancolique sur le somptueux « Parle moi » (avec Roshi), puissance guerrière avec « Crapules » (avec Douma & Kalash Criminel), boom-bap nuageuse au piano par le biais de la magnifique outro « Temps de partir » ou obscurité sur « Mauvais mélange » (avec Osirus Jack) et « Sans se retourner » (avec KR Malsain), ces différentes instrumentales sont d’une grande richesse et favorisent par la même occasion sa diversité de flows, de placements, de kickages et de chants. En plus d’être très variées, car on retrouve aussi de la luminosité avec « H24 », « C’est comme ça la vida » ou « Comme un diamant » (avec Gaulois), ces prods dégagent des ambiances très profondes qui amènent de gros sentiments de sincérité. Le travail est phénoménal et Nyda est mis dans de parfaites conditions. Concernant ses flows, ceux ci sont tous très précis et collent idéalement aux atmosphères. Chant entrainant sur « H24 » ou plus coulant sur « Comme un diamant » (avec Gaulois), gros kickage avec « Vie de Biggie et Pac » (avec Gradur) ou « Crapules » (avec Douma & Kalash Criminel), rap serein et classieux sur « Temps de partir », « Je vis, j’observe » et « Plus pareil » ou jeu de voix qui monte dans les aiguës par le biais de « Parle moi » (avec Roshi), Nyda montre avec une grande facilité qu’il est un rappeur d’une immense qualité et qu’aucun terrain ne lui est inaccessible. S’il rappe incroyablement bien, le natif du 5.9 est aussi un lyriciste d’excellence. Ici les codes de la rues sont bien évidement repris mais on y retrouve également un coté très introspectif qui nous rapproche de cet artiste qu’on souhaite voir exploser. Doutes, regrets, envie d’aller de l’avant, triste réalité de la rue, sentiments romantiques ou pur egotrip, Nyda nous éclabousse de son authenticité et s’impose comme l’une des plumes les plus intéressantes de la scène rap francophone – « Askip les biens mal acquis ne profitent pas, t’as mal appris, pour ceux qui ont mal à la vie, fais gaffe l’impact vient par la vitre » (sur Temps de partir) – « Toujours en mode énervé avec la prod en synergie, des rues on a émergé, pour notre art on aura servi […] Toujours dans l’sah, quand j’vis j’observe, pas d’vies d’gangsters, un cadre austère, j’vieilli j’prospère, tout c’que j’dis j’ose faire, vrai c’est pas pareil entre eux et moi un fossé qui nous sépare maméne » (sur Je vis, j’observe). Une simple revue ne pourrait suffire à aborder tous les thèmes et éléments de sa vie placés dans ses textes. Une écoute (voir dix) vaut mieux que nos mots. Splendide, bluffant et très serein, Nyda nous régale sur chacun de ses solos qui sont aux nombres de onze. Concernant les collaborations, celles-ci sont tout simplement réussies. Chacun des convives a respecté l’invitation en livrant des performances de haut niveau et en amenant sa touche perso (flow guerrier pour Kalash Criminel, chant envoutant et mélancolique pour Roshi ou présence démoniaque pour Osirus Jack). Tout-terrain, Nyda n’a eu aucune difficulté pour se lier avec ses collaborateurs. D’ailleurs, sa connexion aux cotés d’Osirus Jack prouve un peu plus que sa palette artistique n’a aucune limite. Des prods aux feats en passant par les flows (qui priorisent toujours le rap) et les écrits touchants, tout est tout bonnement parfait !

Véritable claque auditive, Acte II : Le loup dans la bergerie est tout ce qu’on attend d’un album de rap en 2023. Rap sans concession, originalité, travail de fond comme de forme, le roubaisien gagne en puissance à chaque projets et s’impose petit à petit comme l’un des meilleurs rappeurs français. Nyda doit tout prendre… on est derrière lui !

18 Septembre

Radou – « Noblesse & Gratitude » 🌹

Si Radou n’a cessé de surfer dans ce rap jeu depuis une dizaine d’années, c’est aujourd’hui au sein du 18ème arrondissement de Paris que ce dernier nous invite à naviguer. Avec Noblesse & Gratitude nous voilà plongés dans un 12 titres qui accueille deux collaborations : Daniboy et Xedia. Pour la production, Radou s’est tourné vers LOTUS JXJO, MKC, ZZ Prod Noizy Neighbor, MEAG, Ivory, Samoss, Balatch beatz, Marchborn, Jaidrius, Ner Varrotsine et Palaze.

Vetu d’habits sombres avec une lame et une rose dans chaque main, Noblesse & Gratitude s’offre à nous (et se revendique) comme le projet des rues et des dames à juste titre. Ces deux objets symbolisent les deux styles qui se distinguent du projet. D’un coté les morceaux plus bruts, au rap plus traditionnel. De l’autre, ceux plus chantés ou plus intimes dans les sujets abordés. À l’image d’un Joe Lucazz qui nous a fait visiter la capitale avec Paris Dernière, Radou s’établit comme guide touristique du 7.5… « ces rues qu’aucun touriste ne visite » (sur Le Schéma). Au rythme d’une douzaine de titres comptant deux interludes, le prince de l’underground nous fait naviguer entre les avenues de la rive droite qu’il connait comme sa poche, tout en narrant des passages de sa jeunesse vécue à Montreuil dans le 9.3. Si les clins d’œils aux artistes l’ayant inspirés sont multiples (s/o à Gizo Evoracci pour Houston-Rochechouart), les thèmes sont assez divers, tant dans leur nature que dans leur profondeur. Entre sa volonté de s’en sortir, ses sentiments, ses doutes, son quotidien, les vices, la difficulté de la vie par chez lui, la mort… l’authenticité et l’amour du rap transpirent du projet. Dans sa forme, ce disque contient tout ce que l’on attendrait d’un album. Chaque ingrédient se voit agrémenté par le secret du Jeune R : sa sincérité. « Demander à l’aide est un péché grave chez moi, s’en sortir par nous-mêmes en construisant le même schéma » (sur Le Schéma). Dès les premiers morceaux, le numéro 10 nous offre un aperçu de ce qui nous attend. Des titres variés, mêlant egotrip et belles phases à quelques instants de vie et d’intimité de ce qu’est sa vie dans le 7.5. Evoquant ses croyances, porte parole des garçons sans histoires armés d’un Opinel (sur Une âme pour une lame), narrant ses amours, clamant sa haine de Polanski aussi fort que ses valeurs, Radou se livre et assume ses convictions, même face aux contradictions auxquelles elles font face. Vous en apprendrez autant sur lui avec des morceaux plus personnels comme « Le Schéma » que vous découvrirez ses qualités de rappeur sur « Le Retour du Mack » si vous ne le connaissez pas encore ! Et coté diversité, vous serez servis. Radou nous fait plaisir autant qu’il s’amuse à travers la multiplicité des registres auxquels il s’essaie. S’il dédie « Prince de l’underground » aux open-mics auxquels il n’a cessé de se frotter, « Mauvais Garçon » est une superbe démonstration de rap sur de la 2step. Mention spéciale au titre « Les Bandits Sortent Le Soir », très mélodique hymne aux baroudeurs de nuit. Mentionnons brièvement les deux interludes « Temps Mort Interlude » et « Houston-Roch » qui nous offrent une brève mais agréable pause au cœur du projet pour repartir de plus belle.

Noblesse & Gratitude fait partie des projets marquants de 2023. Un rap maitrisé sur de belles prods qui nous raconte une histoire, la vie d’un homme. La recette d’un projet de qualité est parfois bien plus simple qu’on ne l’imagine. Épaulé par son no-stress clan, Radou s’offre à nous dans la plus belle et convaincante des formes. Il ne tient plus qu’à vous de le rejoindre en lançant le projet !

22 Septembre

Hornet La Frappe – « Avant Cités d’or » 🦅

Assez discret depuis la sortie de son projet Toujours nous-mêmes en 2021, Hornet La Frappe a décidé de marquer son retour avec une mixtape de 12 titres nommée Avant Cités d’or. Censé faire patienter jusqu’à son prochain album, logiquement intitulé Cités d’or, ce projet n’accueille aucune collaboration. Coté production on note la présence de 16 beatmakers plus ou moins connus : AKS Prod, Baille Broliker, Freeze Beatz, Flem, Green Master Beats, HuFel Beats, Josh, Ken & Ryu, LSB, MacMuzik, Mozilla, Neits, Oui Canto Claro, Shiruken Music, Therapy 2093 et Yota Prods.

Absent depuis plus d’un an, le natif d’Epinay-sur-Seine a choisi le format mixtape pour revenir au sein de la scène rap française. Et sans profonde réflexion, on peut affirmer que ce choix de format est idéal. En effet, ici pas de prise de tête en ce qui concerne la construction du projet, la ligne conductrice, les thèmes, les collaborations… seul la musique parle. Sur Avant Cités d’or Hornet a proposé un large panel de sonorités et d’ambiances qui expose assez bien sa palette artistique fournie. Prod club sur « Hakuna », exotisme avec « Allo ? C’est les cités », luminosité sur « Matinal », obscurité avec « Canon Scié » ou ambiance nocturne par le biais de « Drama » ou « À l’abri », le rappeur du 9.3 donne à manger à tout le monde. Il ne reste qu’à piocher pour trouver son bonheur. Outre cette diversité d’ambiance plutôt appréciable, on note aussi deux autres bons points. Le premier est la construction de ses morceaux ainsi que ses placements et ses flows. Ne délaissant pas le rap avec des titres comme « Canon Scié », « À l’abri », « La Peuf 6 » ou « Drama », usant du chant sur « Matinal » et « Mains liées », Hornet manie avec aisance ces différents styles et en profite donc pour placer des ponts fluides, des refrains performants et des couplet carrés. La forme est plaisante, mais attention à ne pas tomber dans la facilité (ce qu’on a déjà pu lui reprocher sur ses précédents projets). Le deuxième bon point de Avant Cités d’or est l’investissement sur l’écriture. Ici, cette dernière est approfondie et apparait comme très intime (peut-être l’un de ses projets les plus personnelles). Famille, doutes, motivation, difficulté de la vie en banlieue, La Frappe décrit avec sincérité tous ces éléments et expose une plume aiguisée qui fait plaisir à voir : « En dépression j’irais voir les miens, Ma petite sœur médecin pourrait faire mes soins, J’m’accroche j’fais mes sons toujours en mission, J’peux pas cher-la pas comme ça chez moi » (sur Venum) / « J’pensais qu’le temps qui passait pouvait m’assagir, Y’a que les vrais coté passager, J’fais la guerre comme si j’avais rien à perdre, Pourtant j’ai d’ja mis ma famille à l’abris » (sur À l’abris). Si Avant Cités d’or est satisfaisant sur quelques points, de notre coté un sentiment d’insatisfaction règne encore une fois. Comme pour ses précédents projets, on attend (peut-être à tord) un peu plus de la part d’Hornet La Frappe. Le spinassien a toutes les cartes en main pour mettre la barre encore un peu plus haute, et on espère que ce ressenti de « plafond de verre » disparaitra avec Cités d’or, car rappelons le, Avant Cités d’or est une mixtape et nous ne pouvons avoir ce genres d’exigences pour ce format.

Ouverte, travaillée avec soin et envie, assez personnelle, Avant Cités d’or est une mixtape appréciable qui nous permet de patienter sereinement jusqu’à son prochain album. En espérant que ce dernier soit la pièce centrale de sa discographie qui peine à nous époustoufler.

26 Septembre

Tipi Mobb – « FAIS CE QUE T’AS A FAIRE VOL.1 » 🐎

Tout droit sortis de Rennes, Don K et YA$$ forment le Tipi Mobb. Enchainant projets de groupe et individuels, tout en faisant démonstration de leur art en featuring, jusqu’ici les deux comparses ont surtout brillé sur des rythmiques boom-bap. Avec FAIS CE QUE T’AS A FAIRE VOL. 1 le duo élargit son registre pour montrer ce dont il est capable le temps de 12 titres. Si les rennais nous ont habitué à peu d’invités jusqu’ici, c’est pourtant une foule d’artistes qui répondent présents : Nosek, PAPI TeddyBear, Scaletta, Jack’, Batel et L’Don. Majoritairement produit par 3.14, on retrouve également Nomdeuxzeus et Lowtens sur le projet.

« Fais c’que t’as à faire frère, et si t’as rien à faire, trouve un truc à faire frère ». Telle est la devise de ce projet. Pour le Tipi Mobb cracher ce foutu feu c’est leur travail et ils le font à merveille. Avec une magnifique cover signée @4damobb_ (sur Twitter), le projet met l’eau à la bouche. Si le style du duo s’aiguise un peu plus après chaque projet, c’est particulièrement le cas des prods et du mix sur celui-ci. Avec 3.14 sur la plupart des titres, le projet gagne en qualité et en grande maitrise musicale pour notre plus grand plaisir. On se retrouve avec une forte présence d’autotune jusqu’ici peu explorée, offrant une belle démonstration de la palette des rennais comme sur « KAYNE PAUVRE ». « J’ai plus peur de crever, j’ai plus peur de perdre » (sur VAN GOGH & REMBRANDT) – « J’fais q’penser au futur, j’suis même pas sûr d’y arriver » (sur HISSER L’INDEX). Si YA$$ nous faisait part de ses doutes plus tôt dans l’année sur FUTUR BOSS, ces derniers persistent. Néanmoins, YA$$ semble définitivement plus confiant en ses capacités, bien que toujours incertain sur l’avenir qui l’attend. « J’dois mener le projet à terme […] Pour l’instant on l’fait à perte » (sur VG&R). Pour Don K, peu importe l’issue ou la rentabilité, rien ne l’empêchera d’épauler son frère YA$$ pour atteindre les sommets de ce rap jeu, et si l’instant présent est difficile, l’avenir sera sans doute plus radieux. En vertu des valeurs du hip-hop, Tipi Mobb fait honneur à la culture en quelques phases : « Pour un flic je n’peux qu’hisser l’index » (sur HISSER L’INDEX) / « J’aime pas les porcs, les fachos non plus […] Sont ok pour piller l’Afrique, font les choqués pour des coups de mortier » (sur NO GLOCK). En ces temps brumeux où racisme, xénophobie, islamophobie ne cessent d’empiéter sur nos vies, le Tipi Mobb est là pour rappeler à l’ordre sur des sujets qui comptent autant pour eux que pour nous. « Ils s’en battent les couilles des retraites nous on s’arrête à 40 […] Ils prennent toute la viande, ils nous laissent qu’les os » (sur TRAILER PARK BOYS INTERLUDE). Loin de se laisser affamer, leurs objectifs sont clairs, on ne peut que souhaiter la réussite au Tipi. Si le duo rennais est en parfaite synergie sur les thèmes lui tenant à cœur, ce dernier aborde également à de multiples reprises son rapport à l’amour, aux relations, à la célébrité… le tout au cœur d’un egotrip efficace. C’est par exemple le cas sur le très réussi « CELEBRE » : « Bats les couilles de l’image, je dévoile mon gros ventre à la cam » (YA$$ sur MAZEL TOV). « Y’a les follows mais pas l’compte en banque c’est la faute de Arnault de Lagardère, le jour où il cannent on sera tous en blanc » (Don K sur VG&R). Si YA$$ joue l’autodérision à travers une écriture assez crue mais efficace, Don K se charge des namedrop réguliers et incisifs, remarquant ainsi les deux découpeurs par leurs spécialités.

Le Tipi Mobb a fait ce qu’il avait à faire, à savoir une démonstration de leurs armes sur FAIS CE QUE T’AS À FAIRE VOL. 1. N’hésitant pas à inviter d’excellents rookies pour des performances assez diverses, cette belle carte de visite nous conforte dans l’idée que le duo rennais est à suivre de près durant les années qui arrivent !

29 Septembre

Niaks – « Mandat de dépôt » 🚔

En 2021 le rap français voyait naitre une belle promesse de la scène rue en la personne de Niaks. Bluffant avec ses deux EPs Commission rogatoire et Comparution immédiate, le natif de Mantes-la-Jolie a alors gagné en expérience et en force de frappe. Cette dernière lui permet alors de dévoiler cette année son premier album intitulé Mandat de dépôt. Composé de 14 morceaux, on ne retrouve aucune collaboration mais une belle brochette de compositeurs : AchProdd, Baki, Chryziz Beats, Dorian Barreteau, Dosh, Geo On The Track, Narcos, Nells Prod, Saydiq, Suko Beats, Théo Hamel, Tony Scott Beats, Voluptyk, Wild MT et Younes Beats. Comme pour ses deux EPs, la cover a été assurée par Nzo Graphic.

Dès son premier EP, Commission rogatoire, Niaks affichait déjà une grande maitrise de son univers crapuleux très réaliste. De plus, il ne s’est jamais contenté de seulement lâcher une compilation de morceaux et a poussé au maximum son travail en livrant deux EPs construits sous forme de storytelling avec des interludes qui narrent une traque « charbonneur-police ». Biens réalisés et différents de ce qui se fait habituellement, ces deux projets préparaient idéalement la sortie de son premier album Mandat de dépôt. Ici pas de storytelling (cela aurait été intéressant de le voir évoluer en prison par exemple) mais rassurez vous le manque ne se fait pas réellement ressentir grâce à la solidité de ses thèmes qui peuvent servir à eux seuls de trame narrative. Et puis l’objectif est ici de faire décoller sa carrière en touchant un public plus large, non pas en montrant ce qu’il a déjà fait avec Commission rogatoire et Comparution immédiate. Drogue, argent, violence, vie en banlieue, trahison ou prison (thème récurent que l’on retrouve dans chaque titres de ses projet), tous ces sujets sont minutieusement détaillés avec des éléments précis qu’on peine à retrouver chez les artistes mainstream. Ses écrits sont fluides, techniques, authentiques et leurs véracité n’est pas à remettre en question – « Les poucaves sont soudées comme les dockers du Havre, une légende éteint par un petit minot, J’te suis jusqu’en enfer, Si j’mange dans un conteneur gé-char à Envers, Toka et le fer » (sur A10/E19) / « La drogue c’est moi qui la ramène, si j’perds j’suis pas endetté, Le mousseux passe par la mer et l’filtré part en TP […] Big up ceux qui tapent en perm, et ceux qui bossent sur long terme, les rottes-ca payent que si tu t’attends à t’là prendre dans la tête » (sur Perm). Par le biais de grosses performances de rap comme « Oussama », « Tour d’la Tess », « Perm » ou « A10/E19 », Niaks étale toute sa classe en restant fidèle à son cap : celui de rapper haut et fort la froideur de la rue. Solide dans ses dires, le natif du Val-Fourré l’est aussi dans ses ambiances avec d’excellents choix de prod, la plupart du temps pluvieuses et sombres, qui associées à ses flows et son allure imposante assurent un coté cinématographique. Avec cette bonne dizaine de morceaux méchants qui le représentent bien Niaks a déjà fait le plus gros du travail, toutefois, cela ne lui suffit pas et il a bien raison. En effet sur Mandat de dépôt on a pu apprécier un Niaks plus ouvert sur certains titres comme « Mahmouma », « Under Armour » ou « À la base » qui ont pour but de grappiller des auditeurs loins de ses standards habituels. Avec des refrains chantés avec légèreté, des ponts fluides, des flows entonnés, mais surtout avec des sonorités plus hit/tube, ces morceaux s’apparentent à de bons hybrides qui lui permettent de rendre la chose plus accessible tout en gardant son socle. « BLVOLP » est un bon exemple de ce mix. L’outro, « Tour d’la Tess », résume bien Mandat de dépôt avec des écrits crapuleux, des flows imposants, un refrain entrainant et une grosse prod riche en sonorités… en bref tout son potentiel est résumé en 2 minutes 38. Aussi, Niaks s’est un peu plus livré sur ce premier album avec des phases plus personnelles qui abordent son état mental ou sa mélancolie : « J’ai même plus le gout de la vie j’ai encore perdu deux re-frés récemment » (sur Oussama) / « J’aurais pas croisé la BP je serais avec des hayawans à récupérer des hazis » (sur Le rap après les assises). Mélancolie, chant, énergie mais surtout rap, Niaks s’est ouvert sans concession, et pour cela on lui tire notre chapeau.

Pour tout dire Mandat de dépôt est un très bon premier album qui permet à Niaks d’exposer toute sa marge de progression, de montrer que sa palette artistique peut s’élargir et que son nom parmi les futures têtes d’affiches est à prendre en considération. Un album qui illumine cette année assez décevante. Merci le bon vieux !

Ikaz Boi – « BRUT4L » 🌃

Derrière des rappeurs de renom aux carrières prospères tels que 13 Block, Damso, Ateyaba, Veerus, Laylow, Niska… l’empreinte du beatmaker Ikaz Boi a sans l’ombre d’un doute contribué au succès de ces artistes. Fine oreille et compositeur de talent, le lyonnais a su démontrer ses qualités tant sur les projets d’autrui que sur les albums dont il est auteur. Chef d’orchestre de la série Brutal, où le mélomane alterne entre démonstrations de prods et invitations de découpeurs, c’est le quatrième volet, BRUT4L, qui marque 2023. Sur ces 8 titres on retrouve un casting 5 étoiles avec TH, La Fève, Tiakola, Laylow, Olazermi et Stavo. Pour l’épauler dans sa tache Ikaz Boi a fait appel à quatre producteurs qui sont 6xgunn, Eazy Dew, JayJay et Kosei.

« Dis-moi où es-tu ? Je cherche le thème de ma vie… » (sur Introduction : Life Thème). S’introduisant sur un doux son d’un magnifique sample, Ikaz Boi nous fait voyager entre rappeurs plieurs de prods et douces balades sur un projet synthétique et agréable. On sent que le beatmaker n’en n’est pas à son coup d’essai, et ce BRUT4L vous donnera peut-être l’envie de relancer les précédents volumes. Disparate et varié, vous pouvez l’écouter d’une traite ou vous servir et ne garder que les titres qui vous plaisent… tout le monde y trouve son compte. Ici, chaque invité fait démonstration de ses meilleurs faits d’armes, qu’ils soient rappés avec Stavo, digitaux et nocturnes avec Laylow ou chantés comme pour Tiakola. On y retrouve les actuelles et futures têtes d’affiches comme La Fève, TH, Laylow ou Stavo. Tous restent dans leurs univers habituels sublimés par la patte d’Ikaz Boi qui offre un certain vent de fraicheur à ces derniers. Entre ambiances de violence sur « 46 ET DEMI » (avec Olazermi & Stavo), de mélancolie sur « BALLE DANS LE CŒUR » (avec Tiakola) ou de jeu-vidéo avec l’instrumentale « NARITA », nul doutes sur la diversité du projet qui peut alors toucher plusieurs publics très distincts.

Fidèle à lui même, le natif de La Roche-sur-Yon poursuit avec solidité sa série Brutal. Toujours est-il que l’un de ceux qui a insufflé la tendance des projets de producteurs en France peut se satisfaire de sa dernière création que l’on vous recommande si vous aimez son travail et les précédents opus.

NOS MORCEAUX DU MOIS

DA Uzi – « WeLaRue #8 »
Nyda – « Parle moi » (ft. Roshi)
Niaks – « Oussama »
La Plaie – « Phénomène »
Freeze Corleone – « Jour de plus »
Irko & amne – « MOTORSPORT KEVLAR NOS COMPETITION »
Jey Brownie – « Bad Vibes »
So La Zone – « Traceur 2 »
YL – « LARLAR 8 (Ma 6-T A Cracker) »
Tipi Mobb – « Mazel Tov » (ft. Jack’)
3arbi – « Bénéfice »
Slayeur Slace – « Requiem »
Reda – « Sang pour 100 »
Jwles & Mad Rey – « 7 sur 7 » (ft. Mézigue)
Hornet La Frappe – « Mains liées »
Freeze Corleone – « Voldemort »
GLK – « Appart des Apes »
Guapo Cartel – « Bonnie »
Beendo Z – « Différent »
okis – « J’arrive »
Mairo & JeanJass – « Cléopâtre »
Niaks – « A10/E19 »

Nyda – « Temps de partir »
Ormaz – « Totti »
Ichon – « Souvent »
WeRenoi – « CR »
Souffrance – « Khalass »
Hornet La Frappe – « Drama »
H JeuneCrack – « La Preuve »
Slkrack – « Vie » (ft. SDM)
Cinco – « BBM »
B.B. Jacques – « Pétales » (ft. Oxmo Puccino)
Freeze Corleone – « Lamborghini bénie »
Guy2Bezbar – « Opération Dragon #1 »
OSO – « Sugar »
Jewel Usain – « Eleanor » (ft. Prince Waly)
Niaks – « Under Armour »
3arbi – « A3 » (ft. La Kadrilla)
Lost – « FTG »
Irko & amne – « iEIGHT »
ASHE 22 – « Splash, Pt. 4 »
ISK – « La Cosa » (ft. Kalash Criminel)
Médine – « Paratonnerre »
Ikaz Boi – « 911 » (ft. Laylow)
Radou – « Le Schéma »
Nyda – « Je vis, j’observe »