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Retour vers Octobre 2023

Alors que la fin d’année approche et que certaines grosses têtes vont refaire surface, les sorties commencent, doucement mais sûrement, à se bousculer. Intriguant, ce mois d’Octobre nous livre des projets aux univers très différents. Du retour tant attendu de Krisy au premier album de Jewel Usain en passant par le troisième volume de TRAP$TAR de Leto ou L’Art de la Guerre d’ISK, on vous résume tout de suite ce mois d’Octobre 2023. C’est parti !

6 Octobre

Krisy – « Euphoria » 💞

Parmi les artistes pépite de la scène bruxelloise, Krisy y occupe une place particulièrement importante. Rappeur, chanteur, beatmaker, ingénieur du son… Tant sur ses projets qu’aux cotés de gros artistes du rap game, le belge n’a cessé de faire démonstration de ses qualités et de sa maitrise du son, sans pour autant chercher à se propulser sur le devant de la scène. Depuis Paradis d’amour sorti en 2017, Krisy s’était fait plus discret, sans être inactif pour autant, préparant minutieusement l’arrivée de euphoria, initialement prévue pour 2019. C’est en ce mois d’Octobre 2023 que la patience de ses fans se voit récompensée par 22 titres comprenant 6 interludes. À ses cotés, Marc Lavoine, Alpha Wann et Lous and The Yakuza prêtent leurs voix respectives. Egalement présent sur certaines de ses compositions, il y est épaulé par Gxldenboy, ChrisUpTown, Twxntytwo, Vito Bendinelli, Ekany, Freakey!, Ponko, Chuki Beats, NegDee, Ekany, JeuneDaiko, Yung G, Kxmal music, Gospel Team, Gabbo Prod et Ozhora Miyagi.

Rares sont ceux qui osent prendre leur temps pour un projet longuement pensé à l’ère du streaming et de l’hyperactivité musicale. Un pari osé mais réussi. Et euphoria fut ! Fruit de plusieurs années de réflexion et de travail, il s’agit d’un album au storytelling proprement ficelé, navigant entre autobiographie et fiction inspirée de faits réels. Elle raconte l’histoire d’un artiste, qui contre son gré, délaisse progressivement le style de musique qu’il apprécie pour faire son trou dans le milieu de la musique. Si les résultats sont probants, les conséquences ne sont elles pas toutes réjouissantes. Sa nouvelle vie l’impact pour le meilleur comme pour le pire… et on ne vous en dit pas plus pour vous laisser découvrir tout ça en musique ! En complément de l’album, il vous sera possible d’acheter une bande dessinée associée. Réalisée aux cotés de l’artiste Hoobooh (@m.hoobooh sur Instagram), les deux œuvres suivent la même trame en se complétant et se répondant, un projet unique en francophonie mais très réussi. Krisy reste fidèle à lui-même sur le projet. Le bruxellois livre un véritable plan de son existence dans ce disque, sans honte d’exposer les déroutes de ses comportements, les trahisons subies, en assumant son style un peu unique dans ce rap jeu, jugé parfois trop fragile ou trop pop dans le registre. Pour autant, Lord Krisy laisse aller son imagination pour ce qui est du choix des prods et des ambiances. De la douce balade « lucy & les chanteurs pour dames » à la présence d’un gospel sur « god save my life », du très envoutant « sensuellement votre » au découpage brutal sur « Tu sais » ou « euphorie », qui transite d’ailleurs sur un troisième couplet plus intime… Nul besoin d’insister dessus, la qualité des compositions accompagne parfaitement le périple qui nous est raconté. Parmi les qualités de l’album, l’écriture est sans doute le point le plus important à souligner. À la fois très simple à comprendre, crédible même en se plongeant dans la peau des autres, juste et touchant sans tomber dans le pathos, il est aussi simple de suivre le fil rouge que de relater à certaines situations vécues par le protagoniste. Sa polyvalence assumée, Krisy nous démontre qu’il assure toujours autant, que ce soit aux cotés de chanteurs iconiques comme Marc Lavoine, tout comme lorsqu’il se voit épaulé du très pimpant rimeur Alpha Wann. Toutes les connexions sont particulièrement réussies, l’alchimie sur chaque morceau est palpable. Et si toutes les belles histoires ont une fin, celle d’euphoria l’est un peu moins, nous laissant sur une note quelque peu amère. S’adressant directement aux auditeurs se reconnaissant dans le récit à peine digéré, c’est à eux seuls que revient le moment de faire leur propre conclusion sur leur individualité afin de réussir à aller de l’avant.

euphoria est de ces albums qui pourraient être commentés longtemps tant l’attente en valait la chandelle, mais gâcher ce plaisir serait sans doute mal venu pour celles et ceux n’ayant pas encore saisi l’occasion de lancer ce disque. Définitivement l’un des projets les plus aboutis de 2023, il nous tarde de voir quelle page se tourne pour Krisy !

13 Octobre

Beendo Z – « De la Fontaine » 🎭

Positionné comme un rookie important au sein de la scène rap francophone, grâce à de bons chiffres de ventes et une drill (mais pas que) attrayante, Beendo Z a décidé de passer l’étape du premier album avec De la Fontaine sorti ce 13 Octobre. Bien chargé avec ses 18 titres, ce projet accueille quatre collaborations : MIG, Zed, Leto et H. LA DROGUE (qui n’avait pas été annoncé au préalable). Pour produire De la Fontaine le natif du 9.5 a fait appel à pas moins de 23 beatmakers qui sont Boreyx, C2s, Cartier, D1gri, DJ Wiwi’x, Dotinc, DVGZ, Erwan Tornel, ExodusLeMagnifique, Fulltrap Alchemist, Futtry, Larzz, Lisa tz, Meel B, Numbeatz Maker, Ozcqn, PC Beatz, Ray Da Prince, Rich Anthony, Shadow, SkalzurProd, SkbBeats et Skuna.

Il y a un peu plus d’un an Beendo Z publiait son premier projet, l’EP L’Élu. Encourageant, ce dernier nous avait permis de voir autre chose de la part du natif de Saint-Gratien, à savoir des titres plus personnels, lumineux et originaux dans les sonorités. De ce fait, nous attendions une consolidation et une confirmation de cette « originalité » sur son premier album. Hélas, la déception est ici immense et dégager des éléments intéressants s’avère être une tache difficile. Sur ces 18 titres (ce qui est conséquent pour un album) qui donnent lieu à 48 minutes d’écoute, rien ne sort du lot… Pour faire simple, tous les morceaux se ressemblent, que ce soit dans les flows, les prods et les écrits. Les instrumentales sont toutes identiques et assez creuses, les placements ne varient que très peu et les textes sont vus et revus. Même lorsqu’il essaie d’instaurer un storytelling basé sur son vécu, qui est un passage de footballeur à rappeur en passant par dealer (sur Jordy), cela n’a rien de très original. Drogue, argent, football, rue, règlements de comptes, tous ces thèmes sont abordés avec un angle de vue redondant qui nous lasse au bout de deux morceaux. S’il tente quelques brins d’humour comme sur « Début du mois » avec « Lionel Messi est blanc mais l’vrai Messi est noir », Beendo Z reste très (très) fragile dans son écriture et sa marge de progression semble alors limitée. Aussi, on attendait beaucoup plus d’introspection sur ce premier album, or, en en ne retrouve quasiment pas hormis sur « X. INSPIRÉ DE FAITS RÉELS #6 » qui plus est est un titre bonus. Par conséquent nous avons espéré que les collaborations rehausseraient le niveau, mais non, ces dernières sont à l’image de cet album ennuyeux. MIG maitrise son sujet mais le morceau est trop « lambda », Zed aussi mais le « tube » est trop fade pour le considérer comme réussi, Leto est lui comme à son habitude cantonné à trois mots de vocabulaire : boloss, cafards, bâtiment… Seul H. LA DROGUE amène un vrai sentiment de satisfaction avec son timbre de voix atypique qui colle parfaitement à la prod obscure. D’ailleurs, ce coté obscur de la drill auquel nous avait habitué Beendo Z se fait ici très rare. Si on doit noter quelques points positifs on peut mentionner la bonne intro « Garde à vue », l’original « McGregor » ou « Pendule » qui abrite un refrain plus travaillé. Hormis ça, on ne compte malheureusement aucune fulgurance…

Inquiétant dans sa production très peu poussée, dans les textes vides, ses collaborations inintéressantes, De la Fontaine est un album au niveau très faible qui nous laisse perplexe quant à la marge de progression de Beendo Z. On espère que cela ne soit qu’une erreur de casting…

20 Octobre

Leto – « TRAP$TAR 3 » 💲

Révélé en 2015 aux cotés d’Aéro avec qui il forme le duo PSO Thug, Leto a su depuis rouler sa bosse pour s’imposer comme un artiste reconnu du grand public. Cinq ans après le premier volume qui lui a permis de se lancer en solo, le natif de Porte de Saint-Ouen revient avec TRAP$TAR 3, dernier opus de cette trilogie de mixtapes. Chargé avec ses 18 titres, ce projet accueille des collaborations avec des artistes de rang eux aussi connus par la majorité des auditeurs rap français : Gazo, SDM, Rsko, Tiakola, Ninho et Koba LaD. Concernant la production on retrouve une grosse équipe constituée de 18 beatmakers considérés comme le gratin de ce qui se fait en France : Aurélien Mazin, Boumidjal, Dylem, Flem, HoloMobb, Junior Alaprod, Kore, LaGarde2Nuit, MCL, Nardey, Nasser, Raed, Scvrla, SHABZBEATZ, SHK, Sauna, VLZM et ZS.

Avec six projets publiés entre 2018 et 2023, plus de nombreuses collaborations, Leto est aujourd’hui un artiste qu’on ne présente plus. Profil mainstream par excellence avec des mélodies très accessibles et des écrits faciles, le parisien possède un univers qui n’a pas grand chose de plus à proposer que plein d’autres rappeurs actuels. Cependant, s’il fait ça bien pourquoi lui reprocher ce manque de touche singulier et atypique ? C’est ce que nous allons voir en abordant ce projet qu’est TRAP$TAR 3. Composée de 18 titres, cette mixtape est à la première écoute (et aux suivantes) beaucoup trop longue… Quand dans le même temps un artiste comme WeRenoi livre un 19 titres frais et ouvert aux auditeurs mainstream qui passe comme une lettre à la poste, Leto peine lui à convaincre avec cette masse de morceaux qui semble uniforme. En effet, même si on note la présence de producteurs qui ont le talent pour sublimer un artiste, les instrumentales s’inscrivent toutes dans le même registre, une trap lumineuse ou pluvieuse, hormis les titres « Vovo », « Je m’en souviens » ou « Tchtouchouchou » qui sont eux plus poussés et « osés » pour l’univers de Leto. En se concentrant seulement sur les prods, la redondance arrive très vite et nous fait déjà décrocher d’un projet où Leto a pourtant mis de l’envie sur certains aspects. Les flows par exemple, sont ici plus intéressants et variés et permettent à Leto de mieux organiser ses titres et donc de faciliter l’écoute. « Libérez mes gars » et « Ze Pequeno » illustrent bien cela car avec des flows plus aérés, la moitié de PSO Thug fusionne bien avec la prod (idéale pour lui) et livre un rendu plus poussé. Autre gros point faible, et pas des moindres, qui le suit depuis ses débuts : l’écriture. Trop fade, trop facile, manquant cruellement de références en répétant sans cesse la même chose (cafard, block, ballon de zipette) et gimmicks usées, cette plume est surement l’objet de notre désintérêt profond pour Leto depuis 100 Visages sorti en 2020. Toutefois sur TRAP$TAR 3 Leto a fait un réel effort en tentant d’aborder des thèmes plus sérieux comme sur « Un monde imparfait » où il livre sa vision du monde – « On vit dans un monde où Internet a prit des vos-cer, Dans un monde ou ta daronne j’peux la visser, Dans un monde où y’a autant de misère que d’vice » – ou sur « Koke » ou « Liberez mes gars » qui sont plus riches en terme de vocabulaire – « Chaque jour la vie nous percute on sait que t’es mal attentionné et perfide / En plein dans relation père-fils faut que j’lui laisse des millions des entreprises » / « J’écris des crimes pas des putains de poèmes, j’t’envoie dans un éternel sommeil / Maintenant que y’a du biff j’me sens mieux, j’suis Sauron dans la Terre du Milieu, j’éteins, direct, j’ai d’ja quitté les lieux ». Concernant les collaborations, ces dernières sont assez réussies, surtout celle avec SDM, et s’inscrivent bien dans l’univers de la mixtape qui se veut drip et egotrip. Le feat aux cotés de Ninho est à nouveau remarquable (à quand un projet commun ?), celui avec Rsko et Tiakola est lui beaucoup plus oubliable…

Après écoute on peut dire que TRAP$TAR 3 est un projet en demi-teinte. Trop longue et générique mais quelques fois un peu plus poussée, très facile et déjà vue mais aussi plus appliquée dans les textes, cette mixtape nous laisse perplexe… Est-ce qu’on en attend trop de Leto, peut-il aller plus loin, en tout cas ce projet saura toucher ses fans les plus fidèles. Pour nous, TRAP$TAR 3 n’est pas une mixtape mémorable et sûrement la moins bonne de cette trilogie…

27 Octobre

Jewel Usain – « Où les garçons grandissent » 💐

Performeur marathonien dont les performances subjuguent depuis longtemps, Jewel Usain n’a cessé de rapper son parcours et les épreuves sur son chemin depuis de nombreuses années. Malgré une belle longévité, le natif du 9.5 ne s’était jamais prêté à l’exercice de l’album… jusqu’à ce jour. C’est sous le nom de Où les garçons grandissent que Jewel Usain nous dévoile 17 titres comprenant quatre collaborations qui sont Prince Waly, Béeseau & Hedges et Tuerie. Les compositions sont elles assurées par Béeseau, Edouard Monnin, Lossapardo, Jim Henderson, OGCeleste, ChrisUpTown, Ch0ps, Corlean Jones, eeryskies, Saintdoss, StillNaS, BGRZ, Peu Magnum, Zack et Kozbeatz.

« La dernière fois que je sortais un projet je sauvais la fille sur la pochette, noyé en plein océan, d’ailleurs je sais pas vraiment si je sauverais la prochaine » (sur Compliqué). Jewel Usain nous reprend là où il nous avait laissé sur Mode Difficile, à savoir dans un océan d’indécisions, de tristesse et de quelques regrets non cachés. Pas d’inquiétude, rien ne vous oblige à écouter le précédent projet avant l’album (bien qu’on vous le recommande pour sa qualité). En tous cas, deux années se sont écoulées depuis, et cette intro fait office de mise au point pour le parisien : « Le soir j’ai le monde à mes pieds, le lendemain je vends des chaussures à ce monde ». L’occasion est trop belle pour ne pas faire une retrospective sur quelques aspects de sa vie, à savoir le ménage réalisé dans ses proches, son ancien travail pénible, l’intérêt soudain des médias spécialisés proportionnel à son succès… Au détour de quelques skits, auto-références et clins d’œils cinématographiques ou littéraires, Jewel Usain nous dévoile de multiples thèmes qui, tantôt relèvent de son histoire personnelle, tantôt s’orientent plutôt vers des idées liées à son vécu. On peut évoquer « Eleanor », l’excellent passe-passe accompagné de Prince Waly dont le titre évoque la voiture phare du film « 60 secondes chrono ». Au-delà de l’idée même du succès, le parisien appuie à plusieurs reprises l’idée de l’égocentrisme, d’un désire initial de mettre à l’abri les siens, qui, peu à peu, se voit dépassé par ses propres ambitions, quitte à trahir ses proches. Cela pourrait aussi faire écho au fameux ménage dans ses rangs évoqué sur l’introduction. Les concepts et passages de vies narrés sont nombreux, de la volonté de faire de l’argent aux ambitions perso, la pression sur ses épaules, l’amour, le racisme, allant de la perte de son oncle à la naissance de son deuxième enfant… tout le monde pourra s’identifier de près ou de loin aux différentes bribes de vies rappées ici. On vous laissera le plaisir de découvrir ça plus en détail à l’écoute. De l’écriture aux prods, on n’en fera pas des caisses, mais difficile de nier la maitrise de son art sous tous ses détails. Pour les instrumentales, variété rime avec qualité. On alterne entre mélodies avec « Je reste là » et « Pastille bleue » et rythmiques plus brutes sur « Les journées se ressemblent » ou « The Hustler’s Book », ce qui offre un joli mélange assez équilibré. Pour ce qui est de l’écriture, Jewel Usain est adepte de la justesse. Beaucoup d’attitude sur ses phases les plus insolentes, ne surjoue pas la tristesse ni dans les mots ni dans l’interprétation, le tout, restant fidèle à l’univers qu’il à su bâtir durant toutes ces années. Peu importe le fond ou la forme, le natif du 9.5 est crédible sous toutes les coutures, ce qui permet sans doute plus facilement de s’identifier ou de compatir vis-à-vis des notions traitées.

Sincère, émotionnel, fin, minutieux, haut en couleurs, Jewel Usain nous a servit un bon petit plat avec son premier album. Touchant, car là Où les garçons grandissent c’est autant chez lui, dans son 9.5, à travers son vécu, que chez vous, par les expériences qui vous ont forgé.

ISK – « L’art de la guerre » ⚔️

Un peu plus d’un an après Racines ISK est de retour avec L’Art de la Guerre, son troisième album studio. Bien garni avec 17 titres, cet opus accueille des collaborations de choix avec ASHE 22, Kalash Criminel, Leto, Lyna Mahyem et Niro. Coté production on retrouve 10 beatmakers qui sont 9th Beatz, Ani Beatz, Beany, Boumidjal, DJ Ritmin, Fxnder, Guilty, Hazer, Hoodstar et Timo Prod.

En 2022, après un premier album en demi-teinte qui n’exposait pas réellement son immense talent, ISK nous avait bluffé avec Racines, un projet percutant, complet et frais. Par conséquent, nos attentes furent très élevées pour ce nouvel album nommé L’Art de la Guerre, qui rien qu’à sa belle cover annonçait une véritable démonstration de rap sombre et méchant. Ici, comme pour ses précédents projets, ISK n’a pas eu peur de livrer un long format avec plus d’une quinzaine de morceaux. Bien organisés pour donner un vrai fil conducteur, ces différents morceaux ont tous à leurs manières un élément qui les rassemblent, celui de la guerre, mot d’ordre de l’album. En effet, que ce soit dans les prods puissantes et guerrières, dans les thèmes de la violence et du combat contre la dureté de la vie, ou dans les flows mélancoliques ou plus brutaux, ISK s’est appliqué à respecter en toutes circonstances sa ligne de conduite artistique. Obscurité et méchanceté sur « Par Amour », « 9mm Uzi », « La Cosa » (avec Kalash Criminel) ou « Jeux » (avec ASHE 22), rap plus classique mais habillement exécuté avec « Enterré » ou mélancolie nocturne/pluvieuse et introspective sur « Réanimer, « LDLG », « Tundra » ou « Sang Vie », L’Art de la Guerre est un album pluriel avec même quelques éclaircies comme « Vie de Lossa » et « L’Est ». Varié donc, ce troisième opus reste quand même, dans sa globalité, très intime et triste. La douce introduction emplie de spleen qu’est « LDLG » annonçait bien la couleur. Cette couleur est ici très prononcée grâce au fabuleux travail de production des beatmakers (mention spéciale à Guilty) qui ont su mettre ISK dans de parfaites conditions. En ce qui concerne son écriture celle-ci semble encore un cran au-dessus sur L’Art de la Guerre avec de grosses performances egotrip et crapuleuses qui narrent la vie de rue ou d’autres plus personnelles et sentimentales. Drogue, violence, doutes, remise en question, constat amer, amour, haine, famille, ISK aborde énormément de choses avec maturité grâce à sa plume qui, selon nous, est l’une des meilleurs du rap français actuel. « L’art de la guerre se maitrise on gagne sans être agressifs, Un soldat bête c’est comme un poisson tout seul loin du récif, Y’a que le Très Haut qui décide et j’vois qu’ma mort se dessine, Plus l’soleil frappe la terre ferme moins y’a d’eau dans la piscine » (sur LDLG) / « Les frères s’enquillent à mort ou pillavent pour oublier, ils m’trouvent tellement à part ils pensent que j’suis bousillé […] mes plaies mes balafres m’ont grave endurci, angoissé quand j’prie l’impression que j’crie c’est Dieu que j’remercie » (sur Réanimer) / « Train d’vie trafiquant, fatiguant, j’met les gants j’pochton tout, j’suis devant la plaque, rempli d’manigances, bresom, élégant, j’sors du four, j’ai vidé un sac » (sur Par Amour). Extra lyricalement parlant, ISK est en pleine forme et affamé. Très à l’aise, il peut alors travailler en toute sérénité pour varier ses flows (coulent, haché, rapide, chantonné), pour glisser des backs qui renforcent les ambiances ou pour construire ses morceaux avec des ponts, des répétitions ou des intonations appuyées. Concernant les invités, ces derniers ont ici bien joués le jeu en livrant de beaux couplets comme ASHE 22 sur l’oppressant et maghrébin « Jeux », Kalash Criminel sur le conquérant « La Cosa » ou Niro avec le doux et nostalgique « Étoile ». Seul point faible, Leto, qui n’amène rien si ce n’est son coté mainstream fade et répétitif.

En somme L’Art de la Guerre est un très bel album qui a été travaillé avec sérieux et cohérence. La direction artistique de la guerre est respectée à tous les niveaux et le talent d’ISK ne cesse de gagner en puissance. Assurément l’un des albums qui font (et sauvent) cette année 2023, L’Art de la Guerre est un grand oui ! Repos bien mérité pour l’étoile du 7.7.

Zbig – « Docteur Zbig » 💊

Révélé aux yeux du grand public avec 13 Organisé, Zbig, issu du quartier de Barriol à Arles, a décidé de marquer 2023 de son empreinte vocale avec son second album intitulé Docteur Zbig. Bien fourni avec ses 15 titres, cet album accueille une collaboration avec Osirus Jack ainsi qu’un rassemblement arlésien avec 3Ress, Atlas, BKR, Deudz et Wassim. Coté instrumentale, la production a été confiée à Nass Prod, TLC Beatz et Tommy_3blocks. La cover est réalisée par BoskoArts et Hamza Treizedos.

Artiste bousillé de rap, Zbig avait attiré notre attention avec son premier album, Dans La Gorge, qui avait bien illustré son univers artistique. Cet univers est celui d’un profil moderne qui sait jongler entre énergie, egotrip, mélancolie, sérieux et légèreté, le tout sur des prods qui s’inscrivent bien dans les tendances de sa scène. Si on cherche un équivalent on peut citer le toulousain Rousnam qui se rapproche de son style. Sur Docteur Zbig l’arlésien a affiché une véritable fougue et une grosse envie de démontrer de quel bois il se chauffe. Très à l’aise dans son registre, Zbig a ici exposé son talent de kickeur sur des titres puissants et sombres comme « Docteur Zbig » ou « Frozen Bleu Ciel » (avec Osirus Jack) ou sur d’autres plus lumineux comme « Très grave ce qui se passe », « Les Khanez » ou « J’en doute ». Polyvalent, le sudiste s’illustre également sur des sonorités plus nocturnes comme « Le 9 » et « Fais doucement ». Tous très rappés, ces différents morceaux pourraient apparaitre comme semblables au premier coup d’oreille, mais non, ils ont tous leur identité unique. Cela est du à son travail minutieux en ce qui concerne les toplines et la construction de ses morceaux. En effet, ses flows varient de façon à ce qu’il puisse kicker/rapper en chantonnant avec « Les Khanez » ou en donnant l’impression de mettre un coup de pression comme sur « Docteur Zbig ». Cette multiplicité de flows lui permet alors d’oser des choses différentes que ce soit dans les prods (funk, piano voix, type Jul, obscurité), les thèmes (légers en abordant les classiques du rap ou plus mélancoliques et personnels) ou la construction des morceaux avec des ponts aguicheurs, des refrains ravageurs et des couplets emballants. Comme un poisson dans l’eau, Zbig a assuré ses bases (bien aidé par TLC Beats qui le met dans de parfaites conditions avec de belles prods originales et biens ciblées pour son profil) et a pu alors se permettre de se livrer un peu plus sur quelques morceaux comme « Docteur Allo » ou « Paré pour la bataille ». Tentant de se dévoiler sans pour autant délaisser le rap (présent sur la quasi totalité des tracks), Zbig a osé bouleverser ses codes sur « Californienne », un titre chanté et très lumineux qui a sûrement pour but de s’ouvrir à un tout autre public que celui qui le suit depuis ses débuts. Concernant les collaborations, on apprécie fortement la présence d’Osirus Jack qui amène sa touche (la prod est pour lui). Au-delà de la bonne alchimie entre les deux compères de la Vrunky Family, on aime voir deux profils différents s’unir car même si leurs univers sont biens distincts, ces derniers collent à merveille et donnent lieu à un résultat inédit plaisant. Sur « Pour tous les zanek » Zbig a convié des têtes inconnues du grand public mais qui répondent présentes avec des timbres de voix et des flows variés qui amènent à un résultat très efficace à l’image des rassemblement de Jul.

Sûr de lui, progressant à vue d’oeil, kickeur de talent, mais surtout très investi dans toutes les étapes de la création de son disque (écriture, D.A, cover, clip, sonorités), Zbig a livré avec Docteur Zbig un très bon second album qui confirme son statut d’artiste à ne pas négliger au sein de la scène marseillaise. Amenant un vent de fraicheur sur le rap dit de « rue », Zbig nous l’a mise dans la gorge ! On reprendrait bien un Zbigopaïne !

NOS MORCEAUX DU MOIS

Jwles & Mad Rey – « Aléas » (ft. V900)
4QUARANTE2 – « Chemin »
OldPee – « Lobster » (ft. Slkrack)
ASHE 22 – « Splash Pt. 5 »
Chanceko – « Un dimanche »
Georgio – « Les Alizés » (ft. Patrick Watson)
Mac Tyer – « Douleurs »
Shay – « Commando »
Cacahouète – « Banlieue Parisienne 3 »
Janis – « Optimus »
Zbig – « Frozen Bleu Ciel » (ft. Osirus Jack)
Landy – « Encore Plus »
ISK – « Réanimer »
Limsa d’Aulnay & ISHA – « Inna Di Club »
Sheldon – « Arrondissement » (ft. BEN plg)
Souffrance – « Appuie-tête » (ft. ZKR)
Ilal – « Chroniques Pt. 1 »
Mehdi YZ – « Mia »
Krisy – « sensuellement votre »

Zbig – « Très grave ce qui se passe »
3arbi – « John Abruzzi »
Rémy – « La vérité »
Gambino – « Eh Toi »
ISK – « Par Amour »
Rsko – « Comme ça »
Take A Mic – « No Skip »
Uzi – « Akrapo 7 »
ASHE 22 – « Caracas » (ft. Baby Gang)
S.Pri Noir – « Bonsoir Paris » (ft. Tiakola)
Hatik – « Chaise Pliante Part. 10 »
VVES – « Faut que ça paie » (ft. C.O.R)
Jewel Usain – « Les journées se ressemblent »
GLK – « Train de vie »