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Retour vers Novembre 2023

La fin d’année approche à grands pas et ça y est, les sorties sont plus nombreuses. Nous avons envie de dire enfin (!) après une année 2023 faible en termes de qualité et de quantité. Pour ce mois de novembre nous avons la chance d’apprécier un nouvel opus de Souffrance, les premiers albums de d’okis et Chanceko ou des mixtapes de Lujipeka et Mister You. D’okis à Lujipeka en passant par Guy2Bezbar, retour sur ce onzième mois de 2023.

3 Novembre

okis – « Rêve d’un rouilleur » 🚉

La scène lyonnaise n’est pas nécessairement la première qui nous vient en tête quand on s’interroge sur les berceaux du rap français. Pourtant, de Lucio Bukowski à ASHE 22 et L’Animalerie, de Casus Belli à Tedax Max ou Lala &ce, ce paysage musical a su imposer des artistes aux styles multiples, faisant du 6.9 un lieu éminent du HipHop français. Tout droit sorti de la Croix-Rousse, un rappeur répondant au nom d’okis a particulièrement attiré notre attention avec ses deux projets Ok et Rappeur de Lyon en 2022. Fort d’un rap chauvin fier de ses origines et revendicateur portant ses valeurs, ses qualités de découpeur ont intrigué le légendaire producteur Mani Deïz, résultant en un album commun, Rêve d’un rouilleur, entièrement produit par ce dernier. Comprenant 17 titres, on y retrouve deux collaborations : Limsa d’Aulnay et Casus Belli.

Pur produit de son environnement, okis nous propose un véritable tour d’horizon de sa vie et de sa ville, irrémédiablement connectées l’une à l’autre. De la « Tour crayon » à son argot lyonnais unique (banaveur, pelo, …), des tacos de la ville à son militantisme antifasciste fièrement revendiqué, son art est reconnaissable entre mille. Épaulé par Mani Deïz aux prods, on ne doutait pas une seconde que ces dernières seraient excellentes. L’album maintient des sonorités assez proches du « boom-bap » du début à la fin, accompagnées de divers samples comme celui d’un saxophone sur « Le bruit des bots ». okis se défend néanmoins (à raison) de faire du rap « à l’ancienne », sous prétexte qu’il découpe efficacement. En tous cas, le disque est assez homogène dans la forme et varié dans les textes, sans jamais donner l’impression d’une répétitivité d’un coté ou de l’autre. Rêve d’un rouilleur. okis expliquait dans Le Code que ce terme désigne un flâneur, quelqu’un qui ne fait pas grand chose de son temps libre. Cette histoire, c’est la sienne et il la raconte : « On est nés dans l’chômage, pelo on fait tache dans l’futur » (sur Islam Slimani) / « L’voisin du 3 il met des coups d’table à son ex, j’sais qu’c’est un batard mais j’me sens vite fait moins mal d’être un raté, t’as capté, j’aurais pu être un batard » / « J’fais deux siestes, douze pauses bose, j’tousse, j’fais pas beaucoup d’choses j’fous l’camp et doucement » (sur Derrière la tête). Le lyonnais se décrit comme plutôt paresseux de nature, voir même un peu durement en s’associant à un raté, coté de vie qu’il assume et qui semble changer peu à peu grâce au rap. Malgré des années d’écriture et de musique dans l’ombre, okis ne finit par se motiver à sortir son premier EP qu’en 2022, loin d’imaginer les nombreux retours positifs à sa sortie. C’est ce qui l’a encouragé à persévérer jusqu’à la sortie de son premier album Rêve d’un rouilleur, celui de vivre de sa musique. « Nique un flic, un costard, j’veux des frites, un cos-ta » (sur Rappeur de Lyon) / « Les déchets passent avec des pulls Cocarde, j’étais éméché, mais j’sais pas d’où m’est venu ce cocard, vu d’coté j’ai l’air d’un vil coco sans biscotos » (sur Paresse Saine) / « À tous mes traders qu’ont assez d’la C, c’est con, dommage, j’m’en bats les couilles, contentez-vous d’brasser et d’payer mon chômage, moi, j’suis marxiste et j’suis à sec, ils sont blindés eux, ils sont racistes, ils sont incestueux » (sur Tinkiet). Élément assez distinctif de la musique d’okis pour être souligné, ce dernier n’hésite pas à revendiquer ses idées politiques, son militantisme dans sa musique, le tout avec justesse. Un juste équilibre entre ses revendications et ses valeurs, sans changer sa musique en un tract militant un peu trop pénible à écouter. Au-delà de son egotrip, de son rapport à la drogue, des passages d’amour sur les morceaux « Maman Fromage » ou « Textile », son écriture plutôt dense, imagée et bourrée de références donne autant de relief à son vécu qu’à la ville de Lyon qui prend vie le long du CD. Le tout, sans jamais trop en faire.

En somme, Rêve d’un rouilleur transpire à la fois passion et amour pour cette musique et pour la ville qui l’a vu grandir. Tant par la présence de Limsa d’Aulnay, Casus Belli, que de Mani Deïz, ce premier album est autant une déclaration d’amour à la ville de Lyon qu’au rap français, devenu source de motivation et d’ambitions pour un jeune rouilleur.

10 Novembre

Mister You – « HLM 3 » 🏢

Plus de deux ans après la sortie de Hasta La Muerte 2 Mister You est de retour en cette fin d’année 2023 avec le troisième volume de cette série de mixtapes. Très libre dans sa construction, ce projet accueille un grand nombre de collaborations avec pas moins de 20 invités qui sont DJ Kader K, Djalito, Bimbim, ISK, Moha K, Ahmidouch (son fils), S.Pri Noir, Still Fresh, Redouan Jebrane, Banban, Dyloxx, Kroco Blv, Tisma, Walter, Krilino, K-Reen, Oxmo Puccino, Many GT, 3robi et Jul. En ce qui concerne la production le nombre de beatmakers est lui plus restreint avec AL PROD, Ani Beatz, DJ Kader K, Hades, Nabz, SHK, Stef Becker et Voluptyk.

Présent depuis plus de 15 ans, Mister You est un artiste que l’on ne présente plus et qui n’a assurément plus ses preuves à faire. Des projets biens accueillis par la critique, des tubes et grands morceaux de rap à son actif, source d’inspiration pour la nouvelle génération, le natif de Belleville a une carrière remplie de succès et peut aujourd’hui s’amuser sur ses projets sans se soucier de savoir si ces derniers vont marcher. Et justement, cela se ressent sur HLM 3 qui est un projet sans colonne vertébrale, seulement un enchainement de morceaux où défilent des invités tous assez différents. Lumineux dans son ensemble mais aussi rappé dans l’obscurité, rythmé ou plus introspectif, ce troisième opus est idéal pour fournir nos playlists. Très solide dans son registre de rappeur hargneux et plein de fougue, Mister You a ici satisfait (comme d’habitude) en livrant de grosses performances sur « CATAMARAN », « LIGNE DE MIRE » (avec Djalito), « PAS DE CINÉ » (avec ISK), « BELLEVILLE HALL STAR ZOO » (avec Walter, Kroco, Dyloxx, Banban & Tisma) ou « EL TIBURON ». Reprenant ses classiques d’écriture comme la drogue, la prison, la police, son quartier, Mister You a aussi laché des titres plus intimes comme « YOUKIPEDIA » où il retrace son parcours ou « EL TIBURON » qui expose ses opinions sur différents sujets : « J’bicravais du shit à l’école et j’avais trois carnets, pour les absences, pour les renvois et pour les heures de colles […] J’ai commencé mes premiers flirts puis j’ai gouté à l’alcool, Aux meufs j’offrais pas des fleures mais de l’herbe pour qu’on décolle […] Dix-neuf balais mandat d’dépôt bâtiment D4 […] J’ai vingt printemps j’ai plus l’temps pour les histoires de merde » (sur YOUKIPEDIA) – « Le sheitan fait bien son travail on r’trouve des bébés dans des frigos […] Y’a des orphelins qui servent de plaque tournante, ils nous cachent des histoires de ouf demande à Karl Zéro […] Jean-Marc a pris du sursis pour attouchement sur mineur, moi j’ai pris vingt-quatre mois ferme pour un p’tit délit mineur » (sur EL TIBURON). Si le Grand Méchant You fait bien son travail on peut en dire autant concernant les invités qui ramènent chacun leurs touches personnelles. Oxmo Puccino rap sur une prod lumineuse aux sonorités drill (bien accompagné au chant par la voix de K-Reen), Djalito délivre un couplet brutal et change de flow en montant dans les aiguës sur un refrain détonant, ISK s’illustre en rappant avec l’aisance qu’on lui connait et S.Pri Noir et Still Fresh varient leurs placements pour alterner chant et rap sur une instrumentale rythmée et lumineuse. Aussi, Mister You s’est amusé avec légèreté, et cela se ressent sur « LA DOUCHE » où il confie les manettes à son fils de six ans sur une prod club/funk qui passe plutôt bien. Très facile car écrit par un enfant, ce titre montre bien son sérieux en toutes circonstances avec une belle instrumentale qui a tout d’un gros tube à succès.

Sur HLM 3 Mister You est libéré, il s’amuse, et cela se voit dans le rendu fluide et sans prise de tête qui coule tout seul. Bien armé avec ses 17 titres, ce projet d’écoute facilement et n’est jamais trop long. Mister You sait s’adapter aux époques changeantes et a encore de belles années devant lui. On apprécie !

Souffrance – « Eau de source » 🌊

« 2.23 nouvel opus j’ai besoin d’ça ». Depuis son retour dans le rap français, Souffrance ne cache pas son intention d’être aussi actif qu’impressionnant par son rap. Lui qui n’avait jamais franchi le cap de l’album avant sa pause, c’est désormais son troisième en 3 ans, Eau de source, qui a vu le jour en cette année 2023. Comprenant 13 titres + 1 bonus, on y retrouve à ses cotés ZKR, Vald et Oxmo Puccino. Aux commandes des productions, Mani Deïz, TonyToxik, Max Kdch, Itam, JP Manova, Bakstothegroove, Young Dreadz et Misère Record.

« Personne va laisser passer la chance même si on a dépassé la trentaine » (sur Authentique). Le plus difficile dans son histoire ça a été de lancer ce foutu train. Après des années d’un parcours aussi sinueux qu’ambitieux pour faire carrière dans ce rap jeu, Souffrance y est enfin. De ses débuts dans le groupe l’uZine à son passage sur Grünt en 2014, jusqu’à son freestyle sur Skyrock en 2022, celui qui a d’abord renoncé pour s’accrocher encore plus fort à son désire de faire carrière y est enfin. Dans ce disque, comme dans les précédents, Souffrance délivre un rap aussi incisif et puissant que sincère dans lequel il se livre sans filtres. Le premier mot qui vient à l’esprit de quiconque lance sa musique pour la première fois n’est autre qu’authenticité. De la perte de ses deux parents avant sa majorité à sa période de bicraveur, de sa percée miraculeuse dans l’industrie musicale passé 30 ans à sa paternité… Souffrance dévoile une musique pleine d’humanité et de sincérité qui, même si empreinte d’obscurité, offre une lueur d’espoir au bout du tunnel en voyant sa réussite. Le montreuillois ne rappe rien de plus que lui même, mais tout le monde trouve de la souffrance (et du Souffrance) en son vécu. Cela va du plus terrible au plus « léger » : « préfecture d’Bobigny, la queue est interminable » (sur Appuie-tête). Pour ce qui est de savoir rapper, avec près de 20 ans d’expérience dans les pattes, le montreuillois n’a plus grand chose à prouver tant sa découpe est chirurgicale. Au-delà de ses expériences, son écriture est sa grande qualité d’artiste. Le choix de ses mots, souvent crus, couplé à ses multiples références, ainsi qu’à des phrases imagées, transpire des paroles que l’on peut voir en fermant les yeux. Tout cela, en étant très simplement compréhensible, avec une touche de dérision parfois morbide – « Même s’il y a ni queue ni tête ça sent la Russe comme Bobigny de Fabio Lucci » (sur Authentique) / « Elle fume du crack, elle est enceinte, j’me d’mande qui est l’fils de pute qui lui vend sa dose, Est-ce qu’il double le prix ? Ou est-ce qu’le bébé fume gratuit ? » (sur Métro) / « Nique sa mère les miettes, j’veux faire des ravages comme le crack à Porte de la Villette » (sur Ciel gris kebab grill). Pour ce qui est des prods on y trouve de tout, mais surtout du rap sous son essence la plus pure. Entre des morceaux aux ambiances ténébreuses comme « Authentique » ou « Pendu », d’autres teintés d’espoir avec « Tempête » et « Ciel gris kebab grill », d’autres comme « Appuie-tête » (avec ZKR) laissent place au saccage de prods. On retrouve sur Eau de source un paysage d’ambiances larges, tantôt teintées de fatalité, tantôt guidées par les accalmies, les lueurs d’espoir de s’en sortir, à l’image du trajet de vie de Souffrance. Plus globalement, de sa composition aux choix des collaborations, toutes très réussies, le membre de l’uZine nous offre l’album référence de sa carrière. On y découvre une partie de sa vie, de ses facettes, de son vécu… tout en étant très accessible avec trois artistes influents du rap sous divers critères.

Plus court, plus synthétique, moins expérimental que ses prédécesseurs, l’Eau de source a pris vie. L’album témoigne d’une victoire, la réussite de Souffrance dans un combat qu’il a perçu plus d’une fois voué à l’échec pour se faire une place parmi ceux qui vivent du rap. Son vécu inspire autant que ses qualités de rappeur, qu’on salue pour ce marathon qui porte enfin ses fruits.

17 Novembre

Guy2Bezbar – « Ambition » 🐉

Deux ans après la sortie de son premier album Coco Jojo, Guy2Bezbar est de retour avec un nouveau projet intitulé Ambition. Composé de 14 titres, ce disque abrite de belles collaborations avec SDM, Jey Brownie, Josman et Koba LaD. Concernant la production, le panel de beatmakers est lui aussi de haut niveau : Chapo, Draco, DST The Danger, Finvy, Flem, Heizenberg, Junior Alaprod, Karmen, Ken & Ryu, Marti, Narcos, Nardey, Nassir, Rayane Beats, Richie Beats, $ami Beats, SHK, Some-1ne et Wav Maker.

Actif depuis près de 10 ans, Guy2Bezbar est ce qu’on appel un jeune ancien. Jeune dans ses sonorités actuelles et son explosion récente, ancien dans son parcours et son vécu d’artiste, le natif du 18ème arrondissement de Paname n’aura jamais laché et le destin lui a donné raison avec son premier album, Coco Jojo, plutôt convaincant. Très représentatif de son univers drip et énergique qui plait à plus d’un, cet album laissait entrevoir un avenir plutôt lumineux pour Guy2Bezbar. De ce fait, nous attendions avec Ambition une confirmation de ce que nous avions entrevu en 2021 mais aussi un projet peut être plus structuré avec une « réelle » direction artistique claire et précise. Et sans surprises, car travailleur et motivé, Jojo de Barbès est allé dans ce sens sur Ambition. En effet, ce 14 titres a une direction, celle du combat, de l’effort, de la gagne, et cela se ressent dès l’introduction, « Victory », avec son titre, sa prod galvanisante, son flow chantonné qui se réfère à la cover, et ses écrits qui instaurent le thème principal du projet – « Ressentir la pression ça fait ni chaud ni froid, des fautes, mais finir en haut j’y crois […] J’me dois d’être meilleur que les autres, c’est pas d’ma faute à moi, c’est la compétition qui fait qu’on dirait qu’on persistent ». Cette compétition, gagner, ce dépassement de soi, la dureté des épreuves, l’ambition, sont tous présents tout le long du projet et ressortent grandement dans des titres comme « ADN » ou « A.P ». Si les textes sont cohérents et faciles dans la compréhension (normal pour du rap dit mainstream), ce coté guerrier de la vie se ressent aussi grandement dans les backs, qui appuient ses dires, mais surtout dans ses ambiances avec des prods motivantes comme sur « Ambition », énergiques avec « Henny Bu » (avec Koba LaD) ou plus symphoniques et mélodieuses comme « Logan » ou « Tout l’été ». Faites pour lui, ces différentes instrumentales collent parfaitement à son univers chic, friqué et plein de paillettes, et lui permettent alors de jouer avec ses flows (chant coulant, kickage furtif, fin de phases appuyées) qui amènent une bonne construction des morceaux. Effectivement, les différents titres sont biens structurés avec des ponts, des couplets qui contrastent avec les refrains et des timbres de voix qui varient selon les dires. Par exemple, sur le brutal et trap « On dégaine » le timbre de voix nous fait grandement penser à Gradur, sur « Pas de remords » le flow est appuyé et aéré ce qui lui permet de bien conclure le projet avec un titre nocturne et froid, sur « Cracklanders – Part. II » le flow est haché et les écrits egotrips, soit l’illustration de sa couleur musicale. Sur Ambition Guy2Bezbar a donc consolidé ses acquis tout en livrant des performances comme « Mamy Chula » ou « Hello » (avec Jey Brownie & Josman) qui lui permettent d’explorer d’autres sonorités et de toucher d’autres publics. Concernant les collaborations ces dernières ont toutes répondues présentes avec des prestations qui leur ressemblent : SDM et sa topline aiguisée et entrainante, Jey Brownie & Josman lumineux et doux, et Koba LaD original dans son coté imposant et méchant. Si l’on doit donner un petit bémol ce serait le trop peu de morceaux comme l’excellent « Pas de remords » ou quelques titres qui se ressemblent dans l’écriture avec des phases et des backs qui sonnent redondants. Rien d’alarmant, c’est juste l’effet mainstream, mais toutefois, attention à ne pas tomber dans la facilité.

Cohérent et travaillé avec sérieux pour rester fidèle à cette direction artistique qui lui va plutôt bien, Ambition est un projet satisfaisant qui permet à Guy2Bezbar de continuer dans sa lancée et de s’assumer comme un rappeur mainstream qui peut durer et se faire apprécier par le public et ses pairs. Coco Jojo est solide, il ne tremble pas devant la cage, le ballon est au fond des filets.

24 Novembre

Chanceko – « La voix dans ma tête » ☘️

Durant l’été 2020 nous découvrions Chanceko à travers le single « Bad Luv ». Une voix unique poussée par l’autotune, des refrains envoutants, souvent proéminents, le chanteur/rappeur s’est fait une spécialité dans les morceaux ensoleillés où egotrip d’amour, drogue, trahison, vêtements de luxe, voyages étaient monnaie courante. C’est à travers son premier album La voix dans ma tête que Chanceko tente de nous livrer une nouvelle facette de son univers, plus poussée sur ce dernier qu’à son habitude. Sur ces 15 titres, Khali, Josman et Jazzy Bazz répondent à l’appel. Coté beats, Chanceko peut compter sur les (très) nombreux Rivblazing, Bigdrum, Hugo Fourlin, Azhur, Wayme, Damask, Some-1ne, JK the Sage, Eazy Dew, Mielle, Gracy Hopkins, Idem, Blasé, Lyes Kaci, Laly Rasoloharison, Nep Amadeus, Shabzbeatz, Prodthj, 99, Elvy, BlackDoe, Brido, Ryan Koffi, SHK et Gizmo.

Habitués par l’artiste à des morceaux plutôt dansants, positifs, mais surtout en surface sur des thèmes assez récurrents du rap, Chanceko s’est ici risqué à faire un premier album à thématique. Titre explicite, visuel d’album aux ambiances de folie, interlude d’un psy qui suivrait l’artiste pour une thérapie dès l’introduction… de quoi soulever quelques questions chez les auditeurs. Toujours est-il que le long du projet, c’est un Chanceko plus vulnérable que d’habitude que l’on découvre. Une motivation cassée par les échecs et les trahisons, la fatigue et la pression qui empiètent sur la santé du rappeur, l’impression constante de solitude, envies de suicide… Le natif du 7.7 se livre le long de son projet sur une grande partie du négatif traversé durant ces dernières années. Commençons par le positif du disque. Malgré des sujets nébuleux, le parisien conserve une formule plutôt mélodique. Les refrains restent entraînant et le contraste des thèmes et de leurs formes donne un résultat très plaisant à écouter. La voix dans ma tête sonne comme une douce mélancolie, un moyen pour Chancelin de tirer un trait sur une période sombre de sa vie. Pour les instrumentales, l’intervention des musiciens studios donne une sonorité assez différente des précédents projets du chanteur, et malgré certaines imperfections (volontaires d’après Chanceko), l’impression d’authenticité qui en ressort est d’autant plus agréable à l’écoute. Les collaborations que l’on imaginait pas forcément arriver entre ces artistes nous a surpris. Parfois un peu courts lorsqu’il s’agit de simples couplets, mais l’idée de laisser Jazzy Bazz en solo pour développer une partie des idées est plutôt bonne. Les morceaux s’écoutent aussi bien en album qu’individuellement, ce qui rend le projet réussi dans son ensemble. Les jeux de voix, d’ambiances, d’effets, comme sur « Balance » sont très appréciables. Pour ce qui nous a moins plu, c’est le contenu. Chanceko reste à notre sens bien trop en surface sur ses raisons. Pourquoi cette pression, ces soucis de sommeil, ces envies de suicide, ces pleurs le jour de son anniversaire… d’autant que ce dernier les expliquent en interview. Si l’idée d’avoir « deux » Chanceko (Chance et Lucky) pour symboliser les aspects plus innocents, vulnérables et plus arrogants du rappeur semblait bien partie, on ne les distingue pas vraiment lors de l’écoute car tout reste assez superficiel dans les paroles. Sans compter les couplets très courts. Si l’idée est développée lors de l’intro avec le psy et lors du couplet de Jazzy Bazz, l’introspection, elle, est absente sur presque tout le reste du projet. Pas de suite à cet entretien, d’évolution de ces deux personnages. Le clip aide à comprendre la naissance des deux personnages mais sans cela, rien de plus à se mettre sous la dent.

Malgré cela La voix dans ma tête reste un bel album. Très accessible et agréable à écouter, Chanceko a pris le pari d’aborder une partie plus terne de sa vie et de ses sentiments. Si tout n’est pas parfait, cela reste un premier album que l’on réécoutera avec plaisir !

Lujipeka – « Week-end à Marseille » 🇫🇮

Dès ses débuts Lujipeka n’a jamais caché l’amour qu’il portait à Marseille, sa musique et ses artistes. Que ce soit en interview, où il mentionne son affect pour Soso Maness, Jul et SCH, ou en musique, à travers ses collaborations récentes avec TK, quelques indices nous laissaient percevoir de futures collaborations avec des artistes du 13. Pourtant, ce qui devait être un simple EP aux sonorités de la ville est devenu un album de 16 titres intitulé Week-end à Marseille. Avec lui, le Luj’ réunit diverses générations et styles de rappeurs de la cité phocéenne. On y compte Stony Stone, Achim, Metah, TK, Missan, Soprano et BEN. C. Coté productions on retrouve Marty Boko, Daiki, Skary, Nicolas Romano, Miixii Beats, Yota Prods, ProvoKind, Wysko, Noan et Seak.

Lujipeka nous offre en toute discrétion son second album en rendant un bel hommage au(x) rap(s) de Marseille en plein mois de Novembre. Habile mélange entre son registre initiale et des sonorités typiques du rap du 13, le résultat nous happe aisément. Oscillant entre son intense productivité et son désir de se prélasser sous le soleil autour d’un barbecue entre amis, le rennais rappe et raconte ses conquêtes, la drogue qu’il évite, son enfance dans la pauvreté, son amour pour la métropole du sud et le soleil… Lujipeka s’amuse sur les thèmes qu’il maitrise le mieux, le tout, non sans une certaine aisance. Loin de tomber dans les clichés des morceaux aux sonorités club (que certains utilisent pour résumer le très riche rap marseillais), le rennais nous offre une superbe démonstration de styles et de versatilité, dans lesquels il s’adapte et adapte avec brio à son monde. Sans prise de tête, la moitié de Columbine se laisse aller à ce qui l’inspire, tantôt sur du rap plus brut avec « Ligue des Champions » et « Drive By », tantôt sur des sons plus festifs comme « Elon » ou « Zaza ». L’ensemble du projet est réussi et se réécoute facilement, on en demande pas plus ! Au-delà d’une volonté évidente de faire découvrir à son public les scènes musicales de la ville qui l’ont inspiré des années durant, se dégage sur Week-end à Marseille l’envie de partager des artistes dont les générations et les univers se côtoient sans forcement se croiser. De BEN. C à Stony Stone, de Soprano à Missan, Lujipeka accepte chacune des invitations en s’adaptant aux propositions des rappeurs et de leurs univers uniques. On y fait ainsi un superbe tour d’horizon de ce que la seconde (ou première pour d’autres) capitale du rap français a vue naitre depuis les débuts de ce genre en France.

La connexion Bretagne-Marseille n’est pas celle que l’on imaginait spontanément en parlant des projets rap de 2023, mais c’est une initiative aussi surprenante que réussie que nous a livré Lujipeka avec Week-end à Marseille. S’offrant une liberté totale, l’occasion de (re)découvrir sa palette sous un angle nouveau nous a particulièrement plu. On sait déjà quel projet relancer pour l’été 2024.

NOS MORCEAUX DU MOIS

Guy2Bezbar – « Tout l’été »
okis – « La meuf du snack »
Jolagreen23 – « GANGTAKA »
Gambino – « En bas »
Benjamin Epps – « Belle rage »
Remy – « Le fils de la gardienne »
Lujipeka – « Ligue des Champions »
Slkrack – « En même temps » (ft. Zed)
Hös Copperfield – « Photo » (ft. WeRenoi)
Chanceko – « Balance »
Bob Marlich – « Grand cou » (ft. Jwles)
Sheldon – « Focus » (ft. 3010)
Mister You – « Pas de ciné » (ft. ISK)
Souffrance – « Métro »
USKY – « Cicatrices »
YL – « Hollandaise »
Souffrance – « Rats des villes » (ft. Oxmo Puccino)

ElGrandeToto – « Dellali » (ft. Hamza)
Diddi Trix – « La Pente »
Dany Dan & Kyo Itachi – « Rarissime »
BEN plg – « Le goût du sel »
Kaaris – « Mobalpa »
ASHE22 – « KH-22 »
So La Zone – « Transfert »
Norsacce Berlusconi – « 2 STEP »
DTF – « Loin »
YL – « A6-A7 » (ft. MIG)
Mac Tyer – « Désert » (ft. DA Uzi)
okis – « Rappeur de Lyon »
Mister You – « Ligne de mire » (ft. Djalito)
Souffrance – « Authentique »
Guy2Bezbar – « Henny Bu » (ft. Koba LaD)
Chanceko – « Pyjama Party »
ElGrandeToto – « Sarcelles »