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Retour vers Mars 2024

Après deux premiers mois chargés c’est un Mars plus calme, sans aucun doute dû à la période du Ramadan, auquel nous avons le droit. Toutefois, le rap ne s’arrête jamais et quelques artistes profitent de ce calme pour se mettre en lumière. Parmi eux on peut retrouver LK de l’Hôtel Moscou ou Malo. De la première mixtape de Keucheï, Gang ou rien, au retour d’Hatik avec La Vie de Tyler en passant par Malo et LK, on vous résume ce mois de Mars !

8 Mars

Malo – « 95° » 🌡

Il y a moins d’un an l’excellent iD nous ouvrait ses portes. Visuel en noir et blanc, rappant l’obscurité, ses blessures et sa détermination, Malo nous partageait une face sombre de sa vie et de sa musique. Avec une pochette plus colorée (signée Alyasmusic & Mickaelazules), bien que toujours empreinte de sa part d’ombre, Malo nous dévoile 95°, un 12 titres signé du numéro de son département. Deux collaborations, Dinos et Sofiane Pamart, accompagnées par les beatmakers et musiciens Bloody, Rivblazing, Big, Platiniumwav, Malo, Brido, Guapo du Soleil, Louis Marguier, Nassir, Amine D1 et Sofiane Pamart.

Froid comme dehors mais bouillant comme 95°, Malo délivre un rap des plus prenants. Des formats courts aux refrains entrainants, couplés à la nonchalance de ses flows emprunts de dextérité feraient croire au premier venu qu’acquérir cette aisance est à la portée de quiconque, mais il n’en n’est rien. « À la base, j’trouvais bizarre les grands qui fumaient des blondes, j’essaie d’couper les ponts mais il y a la ne-zo qui m’rattrape » (sur PRECIEUX). Des paroles de Malo émane une authenticité qui en fait son charme. Le parisien partage à la fois ses souffrances, son vécu, ce dont il est témoin, avec une justesse parfois presque distante comme s’il se narrait de l’extérieur. Cela le rend crédible car ce dernier est loin de chercher à attiser la pitié ou une tristesse forcée, qui semble trop souvent être la norme ailleurs. On en vient parfois à avoir le sentiment que Malo est assez dur et exigeant avec lui même, comme s’il ne pouvait pas se permettre l’échec ou de perdre du temps. « J’suis focus progrès moi j’tolère pas d’régression j’suis sous pression, froid comme dehors c’est pas juste une expression » (sur TELLEMENT BEAU). À la recherche de son « p’tit coin d’paradis » Malo laisse peu de place au doute tant sur ses intentions que sur sa confiance en lui et ses capacités. Ne se fiant pas à l’Homme, mais plein de foi en ses croyances, sa détermination parait sans faille comme un guide l’extirpant peu à peu de la noirceur dans laquelle il a longtemps baigné.

Ce volume marque l’évolution progressive de la mentalité du parisien. Avec des choix de prods plus lumineux, plus rythmés dans l’ensemble, jusqu’à des objectifs clairs pour s’en sortir et trouver la paix, Malo se montre prêt à prendre en main son destin, même si tout ne semble pas apaisé pour autant. Les sujets pesants, de sa dépression, la perte de ses proches, la dangerosité de son quotidien… ne sont pas encore derrière lui, mais l’espoir se dessine comme fil conducteur du projet, le guidant pas à pas vers la réussite.

Keuchei – « Gang ou rien » ❄️

Membre du Yakuza Gang au sein duquel il a effectué ses débuts, Keuchei, artiste issu des Baconnets à Antony (92), s’est lancé en solo en 2019. Après deux projets (Hazi Life (2021) et C’est le Gang (2023)) il dévoile en ce mois de Mars sa première mixtape intitulée Gang ou rien. Composé de 13 titres, ce projet abrite des collaborations avec Fresh LaDouille, Genezio, Beendo Z et Jok’Air. Concernant la production on note 15 beatmakers : Bankai, Bente, ETGYOTB, Floow On The Track, Fxnder, G2 Prodz, Kimo Beats, Lester, Nardey, NK Jones, Shiruken Music, Skiller, Smoky Beats, Wallaski et Yahia. La cover a elle été réalisée par David Delaplace.

Nombreux sont les artistes rap qui sortent de l’ombre chaque semaines, seulement, se faire une place durable est une autre paire de manche… Toutefois, pour Keuchei cela ne devrait pas être particulièrement compliqué. Bien entouré et signé chez Phantom, l’altoséquanais a déjà une certaine expérience de la musique et affiche d’ores et déjà un univers plutôt singulier grâce à un timbre de voix unique qui lui permet de varier ses flows et ses ambiances. En plus de cette empreinte vocale Keuchei possède une plume assez mature avec des phases qui sonnent percutantes et fraiches à l’oreille. Guerre de gang, police, drogue, argent, amitié, le natif d’Antony reprend les classiques de la rue tout en se creusant la tête sur les assonances, le vocabulaire et la construction des morceaux en y glissant des ponts fluides et des backs efficaces. Esthétique dans ses visuels, et notamment avec la cover du projet où se mêle neige et sang (violence et froideur de son univers), Keuchei s’est appliqué sur Gang ou rien pour montrer le meilleur de lui-même et ce sans concession. Sur ces 13 titres le rap est le mot d’ordre et les instrumentales glaciales sont de mise. Avec le guerrier et imposant « Position d’attente », le puissant « 3.40 », le bien nommé « Crapuleux » (avec Fresh LaDouille), le boom-bap nocturne « Bac de nuit » (avec Beendo Z) ou le plus sobre « Cali » Keuchei passe par différentes humeurs sans jamais délaisser sa base. Tout le long du projet nous avons l’impression de ne jamais entendre le même morceau du fait d’une belle cohérence, d’un timbre de voix tout-terrain et d’instrumentales plurielles. Bon kickeur, Keuchei a aussi proposé des choses différentes avec l’entrainant « Tous les jours », le mélancolique et personnel « Ni des uns, ni des autres », la balade crépusculaire « Gamins oubliés » (avec Jok’Air) ou le solaire « Ma folie » (avec Genezio). Bien structuré et cohérent, Gang ou rien a exposé sa polyvalence et son envie d’oser.

Solide et plaisante, cette première mixtape est une belle surprise qui nous amène à placer de beaux espoirs en Keuchei. Un artiste à suivre dont on a hâte de découvrir la suite de son parcours.

21 Mars

LK de l’Hôtel Moscou – « Wu Wei 2 » 🏩

Avec un vaste parcours, en solo comme au sein de son groupe Hôtel Moscou aux cotés de son compère Snuffomov, LK a beaucoup expérimenté durant deux décennies de rap français. Fort d’un vécu personnel mouvementé et d’une créativité l’invitant à sans cesse expérimenter, LK a fait son retour en solo après une longue pause sur Wu Wei 1 en 2023. Premier volet d’une trilogie, c’est Wu Wei 2 qui fait son apparition en ce mois de mars 2024. Ces 11 titres comptent la présence de Yuri J., Pasteur Carlos, Max D. Carter, Spice Programmers et R$kp en featuring, et sont produits par Kyrian Beats, Sean Is Bad, LVMX, LK, Pasteur Carlos, Coucou Pesto, Spice Programmers, Ylufreirense, Gizzle Beatz et R$kp.

La série des projets Wu Wei rassemble divers inédits, freestyles, inachevés, collaborations, et d’autres morceaux déjà sortis il y a quelques temps. L’occasion pour LK de dévoiler des exclusivités qui n’auront sans doute pas leurs places dans les disques à venir. Une invitation un peu chaotique dans la forme à entrer dans l’univers singulier de l’artiste. Le titre, Wu Wei, se réfère à une philosophie taoïste de non-action (merci Google). Il n’est pas question d’inactivité ni de passivité, mais plutôt de prendre les choses telles qu’elles sont. Sans doute une manière pour LK de prendre un nouveau départ après sa pause artistique. « Nous c’est la Chine comme Bolo, s’briser l’échine comme Bolo » (sur Bolo Yeung). Bien que la tape ne suive pas de ligne directrice, ni sur le fond ni sur la forme, le chemin de cette dernière est pourtant parsemé d’éléments de la vie et de l’identité de LK. Le premier qui saute aux oreilles est naturellement le coté inclassable de sa musique. La multiplicité des registres, si l’on compare « Antimatière », « Contrebande », « D’astreinte » ou « Résine » ferait froid dans le dos à quiconque serait en charge de mettre dans une case la musique de LK. On ne prendra donc pas de risque en disant que c’est du rap alternatif. « Zone à risques, la mélanine et niveau d’carence en vitamines D, pyramide d’Maslow s’inversant ». Pour ce qui est des textes, vous pourrez vous faire une idée de ce qui vous attend dans la discographie de LK avec ce projet. Assez intimiste dans sa carrière, vous serez accueilli pas une introduction explicitant presque discrètement son métissage franco-chinois. Par la suite vous pourrez entendre diverses phases sur son amour de la culture, sa paternité, son rapport bien particulier aux drogues, sur le racisme… le tout mêlé à un peu d’egotrip. Avec sa superbe plume il y a de quoi rendre curieux sur le reste de sa carrière.

Ce second volet vaut une seconde validation de notre coté. (re)Découvrir des morceaux teintés d’époques et de styles différents d’un rappeur aussi talentueux qu’unique par sa large palette nous pousse à surveiller de près ce que contiendra le troisième volume ainsi que son prochain album !

22 Mars

Hatik – « La vie de Tyler » 🥊

Révélé en 2020 aux yeux du grand-public en jouant le rôle principale de la série « Validé » réalisée par Franck Gastambide, on peut dire qu’Hatik a roulé sa bosse depuis… Après deux premiers albums assez ouverts et plutôt loins du rap le natif de Guyancourt fait son retour avec une mixtape intitulée La vie de Tyler. Bien fourni avec ses 20 titres, ce projet abrite de belles collaborations en les personnes de Fresh LaDouille, Mougli, Isha et Zokush. Coté production on note la présence de Baptiste Moal, Geo On The Track, Hatik, Kimo Beats, Lomsi, Marcelino, Medeline, Neva, Saydiq, Wysko, Yann Dakta & Rednose et Zack.

À ses débuts, grâce à sa mixtape Chaise Pliante, Hatik a imposé un rap puissant et porté par une voix appuyée qui lui a conféré une certaine prestance. Seulement, après son explosion grâce à « Validé » le rappeur du 77 a pris un tournant plus pop que rap avec des sonorités mélancoliques et douces et un flow beaucoup plus chanté que kické. Toutefois, Hatik reste un rappeur avant tout et ce rap n’a surement jamais quitté son esprit. De ce fait, c’est avec La vie de Tyler qu’il marque un retour aux sources. Ici Hatik n’a jamais semblé aussi fort et place le rap au centre du disque. Construit en storytelling inspiré du film « Fight Club », ce projet accueille des interludes en voix-off qui le mettent face à ses propres démons, ses doutes, ses échecs, son rapport à la réussite, son envie de batailler quoi qu’il arrive… Sincère et rempli de thèmes très personnels sur fond d’egotrip, ce projet est surement le plus introspectif d’Hatik sans tomber dans la mélancolie ambiante qui régnait sur vague à l’âme. « Trahi par des faux frères qui voulaient mon salaire, j’connais la fame et ses conséquences, j’suis comme bloqué dans un long plan séquence » (sur LA VIE EST BELLE). Solide sur ses appuies et vif sur le ring, Hatik fait ici preuve d’une grande (très grande) cohérence. En effet l’ambiance « Fight Club », sur le fond comme sur la forme (voix qui lui parle et combat physique), est ici respectée de A à Z. Soutenu par de belles prods qui naviguent entre puissance énergique et balades nocturnes en passant par quelques brins de lumières (comme sur la cover), l’ambassadeur de la chaise pliante peut alors varier ses flows, ses ambiances, ses thèmes, le tout avec une fluidité déconcertante. Les meilleurs exemples sont peut-etre « T&F » et « POUSSETTE » qui racontent son histoire et la malfaisance du quartier envers les jeunes rappeurs sur de beaux kickages – « C’est moi la star c’est moi le petit prince, j’éclate tous les charts […] j’sais qui y’a des traitres mais j’sais pas trop combien […] j’prends mes distances avec mon grand, mais j’lui fais des grands smiles, j’sais bien qu’c’était lui […] obligé de déménager, changer de bigo tous les mois » (sur POUSSETTE) – « LA VIE EST BELLE » qui revient sur son amour du rap, l’industrie et la religion sur un piano-voix – « On calcule pas la frime, matrixé par So et Salif, Melanie, Saïd, y’a pas longtemps j’étais dans le RER j’peaufinais ma rime, j’avais des rêves d’Olympia, des rêves de Zenith, j’rêvais pas d’faire un disque d’or juste de sortir des disques, j’apprenais à comprendre le monde en écoutant Médine » (sur LA VIE EST BELLE) – ou les « PETARD » et « HAUT LES MAINS » (avec Isha) qui sont purement egotrips et redoutablement rappés. Très efficace et performant grâce à des écrits de qualité, techniques, cohérents et biens référencés, Hatik est aussi porté par un beau travail de production qui est original et très marqué dans les ambiances prenantes. On pense notamment à « NAPOLI » qui intègre un bruit de moteur pour appuyer une punchline ou les excellents « JUNGLE », « UN BIDON, UN BRIQUET », « POUSSETTE », « HAUT LES MAINS » (avec Isha) et sa double prod ou le lumineux et entrainant « LE FOND » aux cotés de Zokush). Textes bossés avec sérieux, sonorités poussées et variées, belle construction digne d’un album et non d’une mixtape, Hatik est sur un magnifique projet qu’il amènera un peu plus loin avec des collaborations au niveau et des visuels très soignés.

À vrai dire nous n’attendions pas spécialement le retour d’Hatik et pourtant quelle claque nous avons pris ! Excellent de A à Z que ce soit dans l’authenticité, dans le rap, le son, Hatik met la barre très haute et signe là, à nos yeux, son meilleur projet. Rien de plus à dire que merci pour cette grosse patate à la Max Holloway !

NOS MORCEAUX DU MOIS

Malo – « Précieux »
Keucheï – « 3.40 »
Hatik – « Napoli »
Nessbeal – « Ecchymose »
JRK 19 – « Submvriner »
Josas – « Insuline »
LK de l’Hotel Moscou – « Antimatière »
Bouss – « Parler tout bas »
Ghetto Phénomène – « French Connexion » (ft. Don Choa, Fahar, 3ème Oeil, R.E.D.K. & Vincenzo)
Green Montana – « phileas fogg »
Malo – « Tellement beau »
Kamas Skuh – « SKO** »
Nyda – « Ça bouge pas »
KLS – « Combien de temps ? »
Keucheï – « Gamins oubliés » (ft. Jok’Air)
Hatik – « La vie est belle »
Elh Kmer – « KJU »
Bu$hi – « Poizon! »
NeS – « PDV »
Stavo – « Malette »

Hatik – « Haut les mains » (ft. Isha)
ELSO – « Nerveux »
Rvzmo – « Toujours moi »
Tedax Max – « BBL »
Skima – « Familia Profaci »
Lemon Haze – « Libérez La Rue 4 »
Soprano – « C24 »
Davodka – « Arc en ciel »
Rowjay – « Rowzin 2 » (ft. Jwles)
Hatik – « T&F »
Likma 140 – « SIM » (ft. SDM)
reezy – « Penny » (ft. Hamza)
Yung Poor Alo – « Mal aux autres »
BEN plg – « Guerres de pissenlits »
34murphy – « sans fin »
Malty 2BZ – « Détail »
DAU – « Je n’sais pas »
B.B. Jacques – « 25 »
Bob Marlich – « Kiwi »
Tedax Max – « Dernier Prêche »
Ratu$ – « L’armée des rats »