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Retour vers Mars 2023

Comme à son habitude, le mois de Mars fut très chargé en sorties. Parmi cette masse de projets on peut retrouver le retour de poids lourds comme Djadja & Dinaz ou Zola mais aussi les premiers projets d’artistes prometteurs comme WeRenoi, Prinzly ou H.LA DROGUE. Pas une seconde à perdre, de TripleGo à winnterzuko en passant par A2H et Houdi, on vous résume tout de suite ce gros mois de Mars qui conclu en beauté le premier trimestre de 2022 !

3 Mars

TripleGo – « Gibraltar » 🇲🇦

Depuis 2019 TripleGo nous a inondé de projets à la cadence d’un à deux par an. Avec les deux volumes de En attendant Gibraltar sortis en 2022 le duo montreuillois a su nous faire patienter jusqu’à la publication de Gibraltar en ce mois de mars. D’ordinaire plutôt intime sur leurs propres projets, ce 18 titres accueille quatre profils variés avec Kekra, RAF Camora, Tagne et Leila Fadda. Coté production la quasi-totalité de l’album est produite par MoMo Spazz, la moitié du duo, aidé par HRNN, The Royals et Voluptyk.

Avec un album plus affiné que jamais, TripleGo pousse toujours plus loin son univers planant et mélodieux qui saura transporter chaque auditeurs. Constamment appuyée par des choix d’instruments très divers, couplés aux moultes genres musicaux dont MoMo Spazz s’inspire pour produire, la discographie du duo ne cesse de donner l’impression d’un long voyage mélodique entre les continents. Grâce à sa voix caverneuse, démarquée par l’autotune la contrastant, Sanguee continu de porter les instrumentales tantôt en découpant tantôt en poussant les toplines, particulièrement sur des refrains dont lui seul possède le secret. Gibraltar nous propose de multiples facettes de la grande fresque qu’est la musique de TripleGo, à savoir un monde sombre pourtant enivrant, rythmé par des histoires de cœur, de drogues, d’armes et du passé difficile de Sanguee qui reste assez vague sur ses expériences. Entres des titres tantôt estivaux avec « CONSEQUENCES » ou « NOCHE » tantôt rythmés sur « CRUELLE », le très club/house « BOMBARDER » (avec RAF Camora) parfait pour la ride, ou encore les plus obscurs « CARTIER » et « DROGA »… on retrouve tout ce qui fait la singularité du duo montreuillois ; un univers brumeux, entrainant, porté par une vie rapide pleine de relations instables, de trahisons, de consommations d’opiacées, bousculées par leurs croyances, la volonté d’amasser un maximum de biens, et les douleurs du passé. Si TripleGo ne réinvente pas ses propos, l’écriture reste assez légère sur tous les aspects puisque le duo mise clairement plus sur l’ambiance globale que sur le fond. Toujours assez flou sur sa vie intime, Sanguee ne nous livre que le strict minimum sur son vécu rempli de trahisons, du regret d’avoir fait souffrir sa mère ou du train de vie d’un Vakesso (en référence à leur titre du même nom)… Accoutumés à peu de collaborations sur leurs projets, c’est pourtant quatre featurings que l’on retrouve sur Gibraltar. À l’image des larges inspirations musicales des instrumentales, les profils et styles des artistes sont divers. D’abord apparait Kekra sur « FAILLE », un morceaux exotique, kické mais planant. Vient ensuite RAF Camora sur « BOMBARDER », rappeur autrichien également producteur de rap et de dancehall, style que l’on ressent tout spécifiquement sur la collaboration. Plus tard vient « DROGA », titre porté par un piano laissant place à un couplet de Tagne, un artiste marocain (tout comme TripleGo). Enfin, Lella Fadda (chanteuse, musicienne et actrice égyptienne) pose sa voix sur l’instrumentale de « TWAREG LATINO », courte performance néanmoins très puissante et efficace. Finalement, Gibraltar s’avère être un 18 titres très percutant. Vagabondant entre morceaux rappés et chantonnés, TripleGo s’impose définitivement comme l’un des groupes de cloud-rap les plus talentueux de la scène francophone. De l’interprétation aux instrumentales, le duo ne cesse de nous surprendre malgré sa forte productivité. Malgré tout, on peut reprocher une certaine facilité/légèreté dans l’écriture, par moments plus perceptible que dans leurs précédents opus. Cela frappera sans doute plus les auditeurs de la première heure que celles et ceux qui les découvriront sur Gibraltar.

En somme Gibraltar est sans doute la meilleure synthèse de ce qu’est la musique du groupe que nous vous invitons à découvrir si ce n’est pas déjà fait. Ce 18 titres est assurément l’un des projets les plus marquants de ce début d’année et une chose est sûre… TripleGo n’a pas fini de faire parler sa musique !

Houdi – « La Folie des Grandeurs » 💫

Sorti de l’obscurité des studios en 2022 avec ses projets WOKA et LA BÊTE, Houdi s’est très vite imposé comme un grand prospect de la nouvelle génération d’artistes français. Pour accentuer son ascension le visage aux lunettes de ski a dévoilé en ce début mars un 9 titres intitulé La Folie des Grandeurs. Épaulé par Stony Stone et 34murphy au chant, Houdi a confié la production du projet à Bayadis, DANCE, Giovanni21K, PushK et Sobek.

Ni trop court ni trop long, l’EP est peut être le format idéal pour découvrir un univers musical. Cela, Houdi l’a bien compris et a décidé de nous livrer 9 titres qui résument à merveille tout ce dont il est capable. En effet, La Folie des Grandeurs nous permet d’apprécier des morceaux sombres, lumineux, énergiques ou harmonieux et mélancoliques qui exposent une large palette d’ambiances et de sentiments. Egotrip agité et dansant sur « DJINN » (avec Stony Stone), chant lumineux avec « MONACO » ou « CIEL », obscurité sur « LA FOLIE DES GRANDEURS » et « MUSIQUE GROSSE QUANTITÉ » ou mélancolie symphonique avec « SOUS LE MANTEAU », Houdi se balade avec aisance sur différents types de prods et nous éclabousse avec sa grande polyvalence. Tout terrain, la bête masquée nous marque également de par son originalité qui survient avec ses placements, ses flows rapides ou plus hachés ou avec le contraste écrits bruts/instrumentales orchestrales planantes et douces. Ce contraste se manifeste particulièrement au sein du titre éponyme avec une prod harmonieuse qui monte crescendo jusqu’à un effet de voix (répétition de ah-ah-ah-ah) qui marque le décollage de l’instrumentale et l’accélération du flow. Minutieusement travaillés et très professionnels, les différents morceaux, biens construits avec des couplets uniques, des ponts fluides, des répétitions ou des backs qui nous plongent idéalement dans l’ambiance qu’il souhaite véhiculer, nous amènent à considérer Houdi comme un rappeur déjà très mature artistiquement parlant. Si ses sonorités sont toutes trouvées et singulières, son écriture l’est tout autant avec des lyrics qui abordent l’argent, la drogue, le trafic, la famille, son vécu, sa solitude et des phases très courtes qui lui permettent d’adapter ses flows comme bon lui semble – « J’ai crié on m’entend pas / C’est sûrement qu’on vient d’en bas / L’équipe voulait faire du foot / On a fini à 11 dans l’bat » (MONACO). Solide sur ses appuies en solo, Houdi l’est également aux cotés de Stony Stone et 34murphy qui lui permettent d’exercer sur de la jersey ou sur une instrumentale lumineuse au style incernable. Ultra performant, le rookie frappe fort sur chaque titre et affiche une efficacité particulièrement remarquable qui fait de cet EP un cocktail explosif facile à écouter qui peut toucher à peu près tout le monde.

Très illustratif de son immense palette artistique et de son potentiel sans limites, La Folie des Grandeurs permet à Houdi d’imposer avec finesse et rigueur son univers singulier. Aucun doute, Houdi est un artiste qui va faire du bruit et qu’il faut par conséquent suivre à tout prix.

10 Mars

WeRenoi – « Carré » 🔱

Grande révélation de ces derniers mois, WeRenoi a connu une ascension fulgurante (un disque d’or avec son EP Telegram) et s’impose d’or et déjà comme l’une des plus belles promesses de la scène française. Affamé, le natif de Montreuil a tout de suite enchainé pour nous livrer son premier album intitulé Carré. Composé de 18 titres, ce projet accueille quatre collaborations de choix avec Ninho, Tiakola, Lacrim et PLK. En ce qui concerne la production on peut retrouver du beau monde avec de nombreux beatmakers de rang : 2K, 8Keey, Boumidjal, Camaya, CashMoneyAP, Dark Brass, DJ Bellek, EEEMPTY, Evi Beats, Floow On The Track, Gancho, HoloMobb, Jerzeÿ, Julien Poinsotte, Laks On The Track, Le Fluide, Matojah, Noxious, Shaman Beatz, Shiruken Music, SHK, Wild MT et Yann Dakta & Rednose. Sans surprise, on retrouve Fifou à la cover.

Avec un flow froid et imposant, des instrumentales nocturnes ou plus ensoleillées et des écrits qui renvoient aux codes et aux modes de consommation de la banlieue, WeRenoi n’a pas eu grande difficulté à s’assumer comme un immense espoir mais surtout comme un artiste qui peut donner un nouvel élan à la rue française. En effet, avec un jargon « d’ancien » et des références bien précises, le montreuillois transpire l’illicite et s’affiche comme authentique et vrai. D’ailleurs, cet univers crapuleux si réaliste a éveillé chez les auditeurs un sentiment intriguant : WeRenoi se servirait-il du rap pour blanchir son argent ? Quoi qu’il en soit, ce dernier n’est pas la pour blaguer ni dormir, et il le prouve avec un solide et cohérent premier album. Sur Carré WeRenoi est resté fidèle à ce qu’il avait l’habitude de proposer jusqu’ici, c’est à dire une obscurité sonore et des flows nonchalants ou plus vifs qui ne manquent pas de prestance et de charisme. Justement, on peut retrouver des titres comme « Maison Hantée » et sa prod guerrière et puissante, « Grisaille » avec son flow haché et son instrumentale oppressante, le démoniaque et tranchant « Satan II » ou bien « Nos labels c’est du papel » (avec Lacrim) qui pue le crime et le sang à des kilomètres à la ronde. Démoniaques et méchants dans les ambiances, ces différents extraits exposent également sa qualité lyricale avec des assonances, des backs dévastateurs et des phases peu chaleureuses : « Y’a sept ans, j’vendais trop dans le parking, transaction par la vitre / Envoies l’adresse, le code, j’viens t’visser jusqu’à Maison-Laffitte / On est très pragmatique, j’sais qu’ton corps tient dans un sac plastique / On arrive en 4Matic et tu l’sais qu’on est très sarcastiques » (sur Maison Hantée). Seulement, WeRenoi ne s’est ici pas seulement contenté de confirmer son univers unique, il est allé plus loin avec une grande utilisation du chant entrainant tantôt mélancolique, comme sur les sublimes « Figaro » et « Tout seul » (avec Tiakola), tantôt lumineux avec « Boussole » et « Ciao » (avec Ninho). Polyvalent mais surtout très à l’aise, le montreuillois affiche une facilité déconcertante lors de la construction de ses morceaux : les placements sont millimétrés, les backs sont appuyés et les refrains biens amenés. Tout terrain sans véritablement lâcher son socle ténébreux, WeRenoi enchaine performances sur performances. Les redoutablement efficaces « Laboratoire », « Virus » et « Vroum Vroum » illustrent à merveille ce mix entre dureté du quartier et toplines entrainantes. Pour boucler le tout on peut noter la présence de titres beaucoup plus ouverts comme « Boussole », « Chemin d’or » ou « Salaire » qui de par leur douceur et leurs mélodies enivrantes semblent êtres faits pour toucher un tout autre public que celui de ses débuts. Pour élargir cette audience le montreuillois s’est habillement entouré avec des Ninho et Tiakola sereins dans leurs registres, un Lacrim plus venimeux que jamais et PLK qui se fond bien dans son univers. Aussi, aucun détail n’est négligé en ce qui concerne les visuels. De la cover au clip de « Escorte » (avec PLK), l’imagerie est esthétique, travaillée et en phase avec ses écrits : argent, drogue, gros cylindrés, femmes dénudées, armes, intérieurs chics comme plus lugubres, tous ces éléments sont de la partie.

Tout bien considéré, Carré est un sublime premier album. Solide, cohérent et minutieusement bossé, ce projet est un petit diamant qui permet à WeRenoi de frapper un grand coup et d’assumer ses responsabilités. La rue a trouvé son nouveau porte parole… c’est CARRÉ !!

A2H – « Une Rose et Une Lame 2 » 🔪

Une année après la sortie de son dernier album A2H nous présente Une rose et une lame II, un 12 titres divisé en deux parties qui n’est autre que la suite directe du premier volume. Quatre invités sont ici présents : Ajar, Isha, Souffrance et Jewel Usain. Producteur sur une partie, on retrouve Ohleogan, Draedfull, Clyde Bessi, Noé Berne, Pinkman, Belze, HadesFromHeaven et Nello aux coté d’A2H.

À la fois suite et conclusion de la série Une Rose et une lame comme le suggère la cover, cette seconde partie se veut plus courte, plus synthétique, plus efficace. A2H maintient sa formule mêlant genres, instruments et styles de chants afin de rester affranchi des cases dans lesquelles les artistes sont souvent enfermés. Ce format lui permet d’assouvir sa liberté, de créer, et d’aborder des thèmes assez larges dans l’ensemble. Du coté de la fleur c’est un chanteur pour qui l’amour, le sexe et la drogue sont une partie intégrante du quotidien. Avec une écriture crue mais peu grossièrement, le mélomane contraste les beats doux et rythmés par ses propos très explicites. Face à des traits malsains pour la violence, sans doute en lien avec les traumatismes intégrés depuis l’adolescence qu’il aborde sur « SM », A2H semble tantôt se laisser aller à ses pulsions, tantôt les retenir comme sur « Paradis » : « J’suis au bord de la falaise mais l’ange ne veut pas m’pousser ». Si certains titres se veulent plus légers comme « Uber X » qui raconte son épopée sur OnlyFan, les thèmes se contrastent par la présence de « Non », un morceau qui aborde l’histoire d’une proche victime de viol. La deuxième partie du projet, cette fois du coté du fer, s’oriente clairement vers du kickage, comme le suggèrent les invités. « Diplo Black » introduit ce volet entrecoupé d’interludes sous formes d’une fausse interview. Cette dernière met en scène une fausse journaliste ne comprenant pas et dénigrant les choix artistiques d’un A2H qui la recarde avec de puissants couplets. Ce morceau est évidemment un prétexte pour le natif de Melun afin de ne plus avoir à se justifier sur ses choix par la suite. Plus globalement, on retrouve un rap chargé d’egotrip et de phases percutantes telles que sur les rappeurs faussement riches, la haine des flics, sa vie rapide et festive… A2H n’hésite d’ailleurs pas à envoyer des morceaux sans refrain pour laisser plus de liberté à son écriture et ses placements. Face à des gros kickeurs francophones du moment le parisien prouve une énième fois qu’il maitrise son art et réalise d’excellents morceaux à leurs cotés, que vous avez tout intérêt à écouter au plus tôt ! Mention spéciale au featuring avec Souffrance qui nous a particulièrement marqué.

Plus concis que son prédécesseur, Une Rose et une lame II est un projet très efficace. On assiste ici à la démonstration d’un musicien polyvalent tant dans les prods, le chant, que le rap. Pour A2H il est clair que sa liberté fait la force de sa musique, et si ce second opus vient clore la dilogie dont il est question, il nous tarde de voir par quelle formule celui-ci se renouvellera !

17 Mars

winnterzuko – « WINNTERMANIA » 🧸

Figurant parmi les étoiles montantes du moment, winnterzuko fait sans l’ombre d’un doute partie de celles et ceux dont l’avenir s’annonce plus que prometteur. Avec déjà cinq EPs sortis en deux ans, le polonais d’origine a su se montrer actif sans trop en livrer sur lui même sur ses courts formats. Avec un univers sombre aux sonorités atypiques, WINNTERMANIA continu de tracer le chemin d’un artiste surprenant et unique. C’est cette fois sur 12 titres que winnterzuko nous embarque, accompagné par Khali, So La Lune, Realo et wasting shit. En ce qui concerne les prods, le jeune rappeur s’est tourné vers Tony Sang, Vilhelm, Koboi, Badème, 143, Amnezzia, Guapo du Soleil, Louis Marguier, Mei, wasting shit et abel 31.

Des prods jusqu’à l’écriture, l’inspiration de winnterzuko, pour définir son monde musical, est assez large. Il faut dire que les sonorités, souvent proches de l’électro, de l’eurodance, pouvant même évoquer des bandes-sons de jeux videos, sur lesquelles l’artiste pose, définissent son identité de manière unique. Peu importe l’ambiance des morceaux, on retrouve quasi systématiquement cette idée de titres rythmés, rapides et prenants. Couplée à la durée, souvent courte à quelques exceptions près, l’efficacité est clairement l’un des maitres mots de ses compositions. Parmi ses spécificités, le W renforce la particularité de ses prods avec un rap à la voix calme, parfois autotuné, ou chantonné. Une belle manière de renforcer le coté presque dansant voir planant de ses productions. Cet aspect est particulièrement marqué sur des extraits comme « LA RUCHE » (avec So La Lune & Realo) ou plus généralement sur chacunes des collaborations qui sont de beaux mélanges des univers déjà définis de chacun des artistes invités. Bien que sa musique puisse évoquer des ambiances festives dans les atmosphères, les thèmes abordés sont souvent à l’opposé de ce que l’on pourrait attendre du contenu de ce genre de morceaux. Enfance précaire, instabilité, absence de la figure paternelle, violences conjugales subies par sa mère au quotidien, tristesse, refus d’abandonner face aux difficultés… la musique de winnterzuko est empreinte de mélancolie du fait d’un vécu assez nébuleux qu’il ne livre qu’à travers sa musique. Cet aspect se veut contrasté par sa volonté de se battre pour changer ce qu’il refuse être une fatalité. Tout en restant plutôt mystérieux, le polonais se livre au fil de WINNTERMANIA sur son vécu, son ressenti et les objectifs qui l’animent, c’est à dire s’offrir, à lui et à sa famille, une vie meilleure loin de cette misère ayant longtemps pesé sur eux. « SUZUKI » synthétise assez bien ces aspects, à savoir cette envie de s’éloigner de la violence, l’appel de l’argent qui est pourtant monnaie courante dans le rap, ou de l’amour silencieux que lui porte sa mère. Sur d’autres thèmes comme l’amour, « NAKAMA » raconte une histoire entre winnterzuko et une personne qu’il fréquente. S’il souhaite une relation discrète, celle-ci reste bercée de conflits, de comportements qui ne cesseraient d’agacer son âme sœur ou des copines de cette dernières qui l’inviteraient à ne plus le fréquenter. On suppose qu’il s’agit là d’une histoire vraie, mais celle ci pourrait aussi bien être fictive, témoignant alors de la vision qu’il a de lui même dans ses relations, à savoir un destin prédestiné à une solitude ou à une incapacité à être « lui-même » sans créer un écart avec ses fréquentations. Coté écriture le tout est assez simple et efficace, parsemé de phases aux multiples références en tous genres : Lara Croft, Avatar, Peter Pan, Tom & Jerry, Kery James, Tsew the Kid, Aphex Twix… Qu’il s’agisse de références populaires ou plus spécifiques à ses inspirations de tous genres musicaux, winnterzuko ne semble avoir aucun complexe à les assumer ou les revendiquer. Sans trop en divulguer sur le contenu de sa musique qui vaut bien plus le coup d’être écoutée qu’expliquée, nous ne pouvons que vous conseiller de lancer ce disque qui nous a particulièrement marqué en ce début d’année.

Transporté par ce style de rap aux mélodies uniques, winnterzuko est clairement l’un des visages masqués du rap français qui nous a le plus percuté sur l’an 2023. Avec d’autres calibres de la nouvelle génération aux styles uniques comme Khali ou So La Lune, winnterzuko s’inscrit comme l’un de ceux qui risquent d’imposer leurs univers comme un incontournable du rap francophone. Belle synthèse de ses créations musicales jusqu’à présent, ce projet semble parfait pour découvrir un profil atypique et prometteur. Longue vie à WINNTERMANIA !

Zola – « Diamant du Bled » 🇨🇩

Solidement imposé comme une tête d’affiche du rap français grâce à la publication de ses deux premiers albums, Cicatrices (2019) et Survie (2020), Zola est revenu sur le devant de la scène en ce mois de mars 2023 avec son troisième opus intitulé Diamant du Bled. Comme à son habitude, le plus américain du 91 a convié peu d’invités. En effet on retrouve deux collaborations, et pas des moindres, en les personnes de Damso et Tiakola. Ateyaba est lui présent sur un titre exclusivement destiné aux plateformes de streaming. Composé de 15 titres (+7 bonus), ce projet est produit par 14 beatmakers qui sont Atake, Aurélien Mazin, Cosmo, EmiSphere, Futtry, Gramz, Jin Doubla, Kore, NASKID, Prince, Shayaa, SHK, Traplysse et Wonda.

Toujours très attendu par son public de la première heure comme celui plus récent, Zola a effectué un retour loin d’être dépaysant avec Diamant du Bled. En effet, on retrouve ici un bon nombre de morceaux qu’il avait l’habitude de nous proposer jusqu’à présent. Que ce soit l’entrainant « NOCHEY », le lumineux « L’ARMOIRE » ou le contrasté « FROSTIES », la grande majorité des titres s’encrent bien à son univers drip, egotrip, luxueux et grandement inspiré de l’outre-atlantique dans les sonorités. Biens construites et fluides, ces différentes performances ne nous étonnent pas vraiment et font pour la plupart le boulot qu’on leur demande. Assez diversifié dans ses ambiances, ce 15 titres abrite donc des morceaux obscurs comme « CŒUR DE ICE » (avec Damso) ou « CARTIER PANTHERE », des plus lumineux et chaleureux avec « L’ARMOIRE », « ZAZA » et « TOUTE LA JOURNÉE » (avec Tiakola) ou d’autres plus sensuels et énergiques comme « AMBER », « BRULURES INDIENNES » et « ENVIE7VIE ». Tous biens produits, ces derniers permettent à Zola de varier ses flows avec habileté et de lâcher des punchlines toujours assez crues et egotrips quand il s’agit de parler d’argent ou de matériel : « La monnaie n’impressionne personne sauf ceux qui n’en n’ont pas, Dans l’club j’me sens tout seul avec mes bouteilles de Dom Pé » (sur NOCHEY) / « J’ai du flouz j’laisse la France aux français, peu de souvenirs que des billets froissés, les turbulences renversent mon verre, troisième coupe de champ’ me donne des frissons » (sur COTÉ HUBLOT). Cependant, à la première écoute Diamant du Bled affiche par moments certaines longueurs dues à une facilité dans les écrits et les prods. « ZAZA » et « L’ARMOIRE » sont par exemples des titres assez lambda qu’on aura surement oublié demain, mais attention, Zola n’est pas un novice et a su pousser son art avec des performances originales comme l’électro et risqué « ELECTRO » ou « COTÉ HUBLOT » qui affiche une grande cohérence avec des effets de prods qui renvoient à l’aviation. C’est la toute la problématique de ce troisième album : c’est inégal. Zola passe d’un morceau basique à une bonne dynamique sur deux titres pour revenir avec un extrait sans intérêt qui sera suivi d’un autre plus osé. La colonne vertébrale de l’album est floue et le résultat est en demi-teinte. Avec du bon comme du moins bon, le natif d’Évry assure quand même, rassurez-vous, un niveau à la hauteur de son talent. Il suffit juste de piocher dans ce qui nous intéresse. Solide dans ses placements, ses backs et atmosphères, le congolais l’est aussi dans ses visuels toujours très diamantés et remplis d’argent, de drogue ou de femmes. Pour résumer, la base est solide, les points noirs ne sont pas choquants.

Satisfaisant, Diamant du Bled n’est en soit pas un mauvais album mais s’affiche un peu comme une petite déception du fait de son déséquilibre qualitatif. Tantôt original et efficace, tantôt assez basique et moins fulgurant, ce troisième projet est sûrement le moins bon de la discographie de Zola. Toutefois, ce dernier n’a rien perdu de son talent… maintenant place à la suite avec « ENVIE7VIE » dans les oreilles !

Prinzly – « Passager (((8))) » 🚀

Présent depuis plus d’une décennie au sein du rap francophone, Prinzly est un visage connu chez les auditeurs de rap. Collaborateur d’artistes comme Damso, Disiz mais surtout Hamza qu’il suit depuis ses débuts, le bruxellois s’est lancé un nouveau défi : celui de laisser de coté son statut de producteur qui n’a désormais plus rien à prouver pour s’afficher comme un rappeur à part entière. Après deux 3 titres (qu’on retrouve dans l’album), dont les covers s’emboitent pour ne former qu’une, Prinzly a dévoilé en ce mois de mars son premier album intitulé Passager (((8))). Composé de 17 titres ce projet accueille des collaborations peu surprenantes (connaissant Prinzly) qui sont Hamza (x2), Tiakola, Disiz et Laylow. Bien qu’il soit beatmaker de métier, le bruxellois a ici décidé de confier cette tache de production à d’autres comme AURAA THE KIDDO, Dagz, Dilemma, Hamza, Jules Fradet, LUCASV, Muddy Monk, Paco Del Rosso, Ponko, San Hucci et SwyV. La cover a elle été réalisée par 3DREAM3R et Romain Garcin.

De plus en plus diversifié, le rap français voit ses artistes tenter de plus en plus de choses, que ce soit dans les formats (EP, albums communs, storytelling) ou dans les stratégies marketing. Eux aussi artistes, les beatmakers commencent à assoir leur autorité en livrant des projets perso ou en essayant de passer de l’autre coté du micro. Exercice périlleux car le métier est totalement différent, cela n’effraie pas des hommes comme Myth Syzer qui a publié Poison en février mais aussi Prinzly et son Passager (((8))). Nommé en référence au classique du cinema « Alien : le huitième passager », ce projet ne laisse que très peu de doutes quant à son ambiance et à sa direction artistique. En effet Passager (((8))) est un album empli de références à la science fiction et au voyage spatial, de plus, une trame « narrative » est instaurée avec l’intro, les interludes et l’outro, et le coté aérien/extraterrestre se voit alors renforcé en cohérence. Tout au long de l’album l’auditeur est positionné dans le rôle d’un voyageur du Nostromo qui passe par toutes sortes d’émotions. « PROPULSION », l’intro, dégage de par sa prod une ambiance épique, sur « ZOUM! » (avec Hamza) et « GAMMA » on peut ressentir les turbulences avec des basses grasses/puissantes et un flow egotrip où les placements sont fins et habilles. Les autres titres alternent entre mélancolie et luminosité flottante. Que ce soit dans le rap ou dans le chant, Prinzly affiche une grande sérénité et assume avec brio cette D.A périlleuse. Même si certains morceaux se ressemblent (un 13 titres aurait été idéal), les belge s’est toujours efforcé de proposer à chaque fois quelque chose de différent avec des instruments variés, des placements singuliers, mais surtout avec des effets de voix (robotique, étouffé, stridents) et de prod qui renforcent cette cohérence. L’univers est maitrisé et Prinzly sait où il souhaite aller. Si on se penche sur ses écrits ces derniers abordent de nombreux thèmes comme l’amour, la condition humaine, la technologie futuriste, Dieu ou d’autres plus classiques comme l’argent, les armes ou les violences policières. Travaillés avec minutie, ces textes coulent sur les prods avec légèreté et ne quittent jamais vraiment l’espace comme lorsqu’il semble analyser l’univers de sa soucoupe sur « MONDE ». Très attaché à son domaine de prédilection, Prinzly s’est également permis une petite interlude qui n’est autre qu’une instrumentale d’une minute. Justement, ces différentes interludes exposent à merveille sa large palette technique et sa double casquette. Artistiquement complet, Prinzly a bien fusionné avec ses invités et a su leur donner la bonne direction pour tirer le meilleur d’eux. Du grand Laylow qui rappe quasi seul sur « STATION II – DIGITAL EMOTION », un chant plus original de la part de Tiakola (assez différent de d’habitude) et un Hamza solide qui ne fait qu’un peu plus prouver leur grande alchimie, les collaborations ont répondues présentes. Seul Disiz apparait en deçà des autres, peut être à cause de ses textes gentillés qu’il use depuis longtemps…

Bien fourni, travaillé dans tous ses aspects (visuel et sonore), cohérent avec la direction artistique choisie, Passager (((8))) est au final une bonne expérience qui nous fait presque oublier que Prinzly est un beatmaker de métier. Avec une transition réussie le belge a prouvé qu’il faut compter sur lui et ce quelque soit le terrain. Prenez votre billet pour les exoplanètes !

H.LA DROGUE – « Drogue » 💉

Issu de Clamart dans le 92, H.LA DROGUE s’est révélé en 2022, grâce à son EP Beretta et de bons singles, comme l’un des plus gros prospects de la banlieue parisienne. Pour consolider ce statut l’altosequanais a décidé de ne pas perdre de temps en délivrant son premier album sobrement intitulé Drogue. Ni trop court ni trop long avec ses 13 titres, ce premier opus accueille deux invités : 1PLIKÉ140 et Le Risque. En ce qui concerne la production, cette dernière est assurée par 1societyy, 256minaj, 3lackondabeat, BRIDO, Elovan Raptors, Franklin, Hl8uk, Isaac Beats, Leto, MKThePlug, MoreMoney, SJ Beats et Yowstvn.

Sorti des bas-fonds du bendo, H.LA DROGUE a connu un réel engouement autour de lui ces derniers mois, ce qui lui a d’ailleurs valu d’être propulsé dans la liste des 11 rappeurs à suivre de Booska-P. Original avec un timbre de voix unique qui peut nous rappeler celui de Ze Pequeño dans « La Cité de Dieu », le clamartois possède un univers assez classique qui reprend tous les codes de la rue, à savoir l’argent, le sex, la police, le trafic, toutefois, ses placements, flows et intonations font de lui un artiste intéressant qui ne se contente pas de rapper de la même manière ce que rappent les autres. Et justement, Drogue se devait d’être un projet qui montre ce dont il est capable en termes d’écrits et sonorités. Rappé sans concession et ouvertures, cet album évite déjà, de par son homogénéité, l’erreur que font beaucoup d’artistes : un premier long format trop différent de ce qu’il avait l’habitude de proposer jusqu’ici. En effet, on retrouve tout au long de Drogue des titres egotrips et crus aux flows rapides, nonchalants, saccadés et aux ambiances assez diverses qui se réunissent toujours autour d’un socle betoneux et quartier. Biens gérées avec des effets de prods (digital sur Analogue, animal sur Reptile) et cohérentes avec le titre des morceaux, les instrumentales sont biens travaillées de façon à ce que H.LA DROGUE surfe habillement sur la prod. Jamais en difficulté que ce soit sur le tube type Gambi « H », l’entrainant « REPTILE », l’obscur « DANS LE CRIME » ou le puissant « 183 » (avec Le Risque), l’altosequanais peut alors se permettre de pousser la chose avec des backs dévastateurs (cris, répétitions, gimmicks) qui fluidifient le tout. Car oui, Drogue est un album qui s’écoute facilement du fait de la bonne construction des titres. Mi dans de bonnes conditions avec un réel travail de production, mais aussi avec sa voix singulière et ses flows variés, H.LA DROGUE déverse alors toute sa fougue dans ses écrits qui sont crus, bruts et réalistes en ce qui concerne le quotidien en bas des bâtiments de Clamart : « Ça sent la mort quand j’viens, on les encule quand j’veux, j’suis démarré et j’allume un gros tamien pendant que ta salope elle suce ma queue » (sur 183) / « Mmh ça sent bon ton pilon, il sort d’où ? La question qu’j’entends sans tabou. J’entends sans tabou, j’écoutais « SeklenLand 5″, j’ai ché-cra sans sa bouche » (sur FILON). Avec ses 32 minutes Drogue n’est pas trop long et permet à H.LA DROGUE de fournir un travail appliqué qui correspond à nos attentes. Les visuels (cover, tracklist, clips) sont eux esthétiques et peuvent à eux seuls résumer son univers cité peu chaleureux.

Satisfaisant pour un premier album, Drogue est un projet qui a permis à H.LA DROGUE de pousser un peu plus loin son univers tout en le consolidant et en l’exposant peut être à un public plus large (notamment son feat avec 1PLIKÉ140 qui lui a offert une plus grande notoriété). En bref Drogue a su répondre à nos attentes et a confirmé le légitime engouement autour d’un H.LA DROGUE qui lance bien son parcours au sein de la scène rap francophone. Encourageant !

NOS MORCEAUX DU MOIS

TripleGo – « TWAREG LATINO » (avec Lella Fadda)
BEN.C – « Baw »
Diddi Trix – « Fondu »
Bob Marlich & Jwles – « Unique » (avec Rim’k)
M Le Maudit – « Arnaque au CO2 »
Djadja & Dinaz – « L’escalier »
Houdi – « SOUS LE MANTEAU »
WeRenoi – « Vroum Vroum »
Rvzmo – « Kiri Village » (avec So La Lune)
Yung Poor Alo – « Malade mon sourire »
Sheldon – « Mars »
Chaax – « Dilemme »
L’As – « Fugazi »
So La Zone – « Rentre dans l’porche 10 »
Rim’K – « Loup Blanc »
Wood – « Sévère »
Gianni – « Dehors Part 2 »
Moi X Sboy – « La lune à décrocher »
Jolagreen23 – « 727BOEING »
winnterzuko – « PAPA T OU »
H.LA DROGUE – « SOLUTION »
404Billy – « Sociologue & Sociopathe »
Théodore – « 2012 Balotelli » (avec S.Téban)

JuL – « Bobo au corazón »
Houdi – « MUSIQUE GROSSE QUANTITÉ »
Nessbeal – « Freestyle 212 Africa »
USKY – « Donatello »
Djadja & Dinaz – « Avenue »
TripleGo – « LA FAILLE » (avec Kekra)
M Le Maudit – « Rocancourt Music »
WeRenoi – « Figaro »
JSX – « Yako »
A2H – « Non »
L’As – « Bali »
Rouge Carmin – « Flou »
3arbi & Amine Farsi – « Jingle Bell »
Elh Kmer – « 400m2 »
Thabiti – « Minuit »
Zola – « NOCHEY »
Gianni – « Peut-être »
WeRenoi – « Virus »
Kobo – « Terrain »
L’uZine – « Or »
winnterzuko – « DIRTY » (avec Khali)
H.LA DROGUE – « DANS LE CRIME »
TripleGo – « CARTIER »
Djadja & Dinaz – « J’connais »
NeS – « Le sourire d’une tombe »