TOP

Retour vers Mai

Suite à un mois d’Avril chargé le rythme ne s’essouffle pas et nous permet de voir de nombreuses sorties variées et toutes plus intéressantes à chaque fois. Têtes d’affiches ou moins exposés, les acteurs de la scène francophone sont en forme. Parmi eux on retrouve Alonzo, Médine, So La Lune, AM La Scampia ou bien Niaks. Des petits nouveaux comme BEN.C et KOB ont eux publiés leurs premiers projets. De Rounhaa à Squadra en passant par Alonzo et Médine, on vous résume ce gros mois de Mai !

Mai

Rounhaa – « MÖBIUS » 🔑

Grande promesse de la scène suisse, Rounhaa nous est revenu ce 6 Mai, et ce après une signature sur le label Sublime de Disiz, avec un nouveau long format intitulé MÖBIUS. Composé de 12 titres ce projet accueille 3 collaborations : le suisse Gio Dallas, le parisien J9ueve et le bordelais Khali. Coté production on peut noter la présence de 14 beatmakers : Abel31, Big, BKH, CSU, Elias, Fabio Jozz, Flynno, Gizmo7K, LUCASV, Marcel Treize, Mei, Seak, Unito et Yeeshy.

Présent depuis près de trois ans avec quatre projets à son actif, Rounhaa nous a jusqu’ici habitué à des productions variées qui allaient du kickage brut à la mélancolie romantique en passant par des ambiances plus entraînantes et légères. Sans surprise on pourra retrouver sur MÖBIUS ce genres d’atmosphères, toutefois, elles semblent être ici un cran au dessus. En effet, le suisse s’est véritablement investi sur ce projet pour donner le sentiment de maitriser à merveille cet univers si aguicheur. Dès l’intro, « PAPURIR », on peut apprécier son coté bruleur de prod. Remplie d’effets (bruit de mouche, appel téléphonique) en rapport avec ses écrits, cette entrée expose déjà son sens du détail sur un titre où il aurait pu se contenter de simplement rapper. Sur la douzaine de morceaux on peut noter « LE MORT », « CELINE » (avec Gio Dallas), « BOO » et « LE VENTRE ET LA TOMBE » qui sont eux aussi très kickés et qui abordent des thèmes comme l’argent, la concurrence, le racisme, la religion ou les femmes. Les femmes justement, on peut les retrouver sur des titres plus doux, mélancoliques et nocturnes comme « ICE », « MR & MRS. SMITH » (avec J9ueve) ou « ILLEGAL TRISTE » qui lui permettent de faire une pause et de se livrer avec romantisme et affection. Plus légers et sans véritable thème, « WISH I WAS SPECIAL » et « BONBON & FLEUR » (avec Khali) amènent eux un sentiment planant et lumineux qui complète sa large palette artistique. Biens construits et fluides dans leurs enchainements, les titres (pour ceux qui sont clippés) sont esthétiquement illustrés. Un véritable travail d’horloger qui ne néglige aucun point de la cover aux visuels en passant par les sonorités et l’écriture.

Sincère, original et minutieusement réalisé, MÖBIUS est un sublime projet qui expose un peu plus l’immense potentiel de Rounhaa. Disiz a bien fait de miser sur le suisse et vous devriez en faire de même car son heure risque d’arriver plus vite que prévue. On vous aura prévenu !

13 Mai

KOB – « KEMET, Vol.1 » 👀

Sorti des sous terrains du rap français, le collectif KOB composé de PNMBRE, Hola Kinsha, KARA111, Zephir, HIGHMAN et Bebe Choppa a livré avec KEMET, Vol. 1 son tout premier projet. Composée de 15 titres, cette mixtape n’accueille pas de collaboration. Concernant la production, celle-ci est assurée par un groupe de 12 beatmakers : 6tembeats, Dexteralaprod, Hink, Jack Stone, Kon Queso, Kylian, Namien, Nnovad, Ofey, Rak, Shayaa et S-V4GE.

Qui dit premier projet dit présentation artistique et c’est justement ce qu’a fait le collectif avec KEMET, Vol. 1. Très rappé et ténébreux dans sa globalité, ce 15 titres fait preuve d’une grande diversité avec des morceaux tous très différents qui ne dérogent pas au socle sombre voir abyssal. Cette obscurité oppressante on peut la trouver sur « Dans ce shit », « Vrai K-li », « Tout est noir » ou « Super Trooper » qui sont de véritables références du genre. Cette sombritude musicale on peut aussi la noter sur des extraits comme « Piranhas », « Tempête » ou « Bandits » qui sont plus nonchalants, nocturnes, chantés et enivrants. « Neo phara », « 60 » et « Tenda » se chargent eux de compléter la large palette artistique de KOB avec des performances drips, énergiques et urbaines particulièrement remarquables. Au delà des multiples ambiances et sonorités (instruments, effets de prods), le collectif s’illustre avec des écrits habillements référencés, techniques et cohérents avec la direction artistique. Chaque membre sait où est sa place et les couplets s’enchainent à merveille. Car oui, la construction des différents tracks est minutieusement travaillée avec des ponts, des passes-passes, des répétitions et des backs. Avec une si grande alchimie le groupe semble imperturbable et affiche un potentiel sans limites.

Surprise de taille, KEMET, Vol. 1 est un projet bluffant qui nous pousse à suivre de très près KOB. Vous devriez en faire de même sous peine de passer à coté de quelque chose qui s’annonce très prometteur…

Médine – « Médine France » 🇫🇷

Deux ans après Grand Médine la barbe la plus connue du Havre nous est revenue avec son huitième album intitulé Médine France. Composé de 14 titres, ce projet très personnel n’accueille aucune collaboration mais un beau casting de 15 producteurs qui sont Général, Jedi Prod, Junior Alaprod, Kaonefy, Karmen Rose, Le Motif, Make A Meal, MEE, Redzol, Éric Neveux, SHK, Tiers, Unfazzed et Wladimir Pariente.

Rien qu’au titre annonciateur du thème principal de l’album et à l’univers du havrais on pouvait se douter de l’orientation du projet. L’intro met les pieds dans le plat et permet à Médine de tirer sur tout le monde (France, Afrique, Etats-Unis, Dubaï, religion, politique nationale). Dénonciateur de la violence sociale qui règne au sein de notre pays mais aussi des dérives religieuses, de l’extrême droite ou des réseaux sociaux, le havrais prend plus que jamais position avec la grande maturité (et l’humour) qu’on lui connait. Cette envie de revendiquer qui lui brûle la gorge on pourra la retrouver de différentes manières tout le long de Médine France. En effet, sur « Allons Zenfants » il adopte un flow entêtant et un ton ironique, sur « Médicis » le flow est brut et puissant, sur « GÉNÉRIC », aux sonorités très « roi soleil », le flow et la voix montent crescendo pour donner un sentiment de pression manifestante. Abordant des thèmes de société très sérieux, Médine n’oublie pas pour autant de se livrer sur ses doutes, ses erreurs, son vécu, sa famille, et ce en livrant des ambiances nostalgiques ou plus lumineuses. Les « Hier c’est proche », « Houri », « Perles d’Insta », « L’école 2 la vie », « Ratata » ou « La Puissance du port du Havre » en sont de parfaits exemples. Magistral en ce qui concerne la production et les ambiances, Médine France est un album où aucun detail n’est négligé. Par exemple sur le très bon « La France au rap français » on peut retrouver des backs d’artistes comme Ninho, Naps ou Gazo qui rendent le morceau original et cohérent. Bref, un travail appliqué digne d’un artiste de son rang.

Complet, solide, excellent que ce soit dans les sonorités ou dans les écrits, Médine France est un fabuleux projet qui se place directement parmi nos préférés de cette année. Constant en s’adaptant aux époques, sincère, mature, réfléchi et lyriciste d’exception, Médine est un artiste avec un grand A qui a encore de beaux jours devant lui. Bravo !

Squadra – « Cité Rose » 🥀

Présent depuis maintenant quelques années, et révélé en 2018 avec l’énorme tube « En bas de chez moi » avec Landy, le quatuor Squadra composé de Pacino La B, Broly, Flobens et Zoken nous a dévoilé son premier album intitulé Cité Rose. Composé de 16 titres, on peut y retrouver des collaborations avec Leto, Bolémvn et SAF. En ce qui concerne la production on peut noter la présence de beatmakers comme Arty, Chady, Jeoffrey Dandy, Lil Rayon, Noxious, Olivier Ryon, Sam H et Trent 700.

En nommant ce premier album comme le nom de sa cité à Pierreffite-sur-Seine le quatuor ne s’est pas contenté de faire un simple clin d’œil géographique mais a bel et bien annoncé la couleur : cet album sera brut et doux, sombre et lumineux, violent mais accueillant. En effet Squadra arrive avec une grande facilité à lier des écrits assez crus à des sonorités plutôt ensoleillées et estivales. Ce contrast peut s’écouter sur des titres comme « Police » qui dénonce les violences policières d’une manière encore jamais vue, sur « Drip » qui est assez doux et aérien dans la prod ou bien avec le très nocturne « Tommy Egan ». Tous très réussis, ces derniers assurent, tout comme les « ABC », « Balance » ou « St Patrick », que les parisiens sont un véritable groupe où chacun possède un rôle bien défini qui permet d’avoir un rendu parfaitement calibré et fluide. Biens construits avec des ponts, refrains et couplets ultras-efficaces, ces différents morceaux accueillent également d’excellents backs et ad-libs qui rendent le tout original et très professionnel. Cette originalité on la retrouve également dans leurs écrits avec des thèmes assez communs qui sont habilement amenés. En effet dans « Police » Squadra use de références réelles ou fictives pour aborder avec maturité un sujet assez sensible. Sur « En bas » la performance est émotionnelle et sincère avec des écrits très introspectifs. Brut et violent dans les écrits sans toutefois être bête et méchant, le groupe parisien a donc assuré son coté « cité » mentionné dans le titre du projet. Le coté « rose » se ressent lui dans les ambiances qui sont pour la grande (grande) majorité d’entres elles très lumineuses, nocturnes ou parfois exotiques. L’intro, « URSS », apparait elle comme un ovni au sein du projet avec une prod puissante, des écrits dignes du 667, des backs méchants et des voix peu chaleureuses. En ce qui concerne les collaborations chacune d’entres elles amènent leurs touches personnels, se fondent bien au sein du quatuor et s’adaptent bien aux thèmes qui leurs sont assez favorables. En bref aucun ne fait tache… bien au contraire.

Cohérent en tout point, travaillé minutieusement et original dans ses flows, prods et écrits, Cité Rose est un bel album qui n’a rien à envier à ceux des têtes d’affiches mainstream. Avec des titres comme « On y va », « En bas », « Police » ou « URSS » Squadra fait preuve d’une grande polyvalence et montre qu’il n’est pas là pour faire figuration. Cité Rose est très encourageant pour la suite et figure parmi nos projets préférés de cette mi-année.

20 Mai

Alonzo – « Quartiers Nord » 🏢

Connu par certain pour son parcours avec les Psy 4 de la Rime et par d’autres pour ses énormes succès que sont « La Belle Vie », « Binta » ou « La Seleçao », Alonzo est un artiste majeur de l’histoire du rap français. Douze ans après son premier album le marseillais du Plan d’Aou nous est revenu avec son septième album intitulé Quartiers Nord. Composé de 17 titres, cet album accueille des collaborations avec Ninho, Naps, l’espagnol Skinny Flex et FAYV, un inconnu du grand public. Concernant la production on peut retrouver un gros casting avec la présence d’Arty, AvyRunUp, HuFel Beatz, Le Blaze, Noxious, Raaji, Scar Productions, SHK, Skillano et bien sur Spike Miller qui le suit depuis ses débuts.

Présent depuis plus de 20 ans Alonzo est aujourd’hui, et depuis longtemps, un artiste qui possède une grande expérience et qui n’a plus rien à prouver. Sans réelle pression car confirmé, le marseillais est alors dans de parfaites conditions pour livrer un projet solide qui correspond à son univers urbain et descriptif de la vie en bas des tours marseillaises. Cette rue phocéenne on l’aperçoit dès le premier extrait, « Plaqué 13 », qui est esthétiquement illustré et qui lui permet de retrouver toute son énergie d’antant. Et oui, car même si on retrouve une certaine introspection au sein de Quartiers Nord, ce dernier permet surtout à Alonzo de s’amuser sur des titres comme « LVDC », « Les pieds sur terre », « Le Doublé » ou l’excellent « Bumpy » aux sonorités boom-bap. Bien plus qu’un projet maitrisé en termes de kickage, Quartiers Nord est plutôt original avec des titres comme « Bison » mais surtout « Vallons des Auffres » qui est sombre et oppressant alors que l’on aurait pu s’attendre, au vu du titre, à une performance assez douce et lumineuse. En parlant d’éclaircies on peut retrouver des titres comme l’énergique « Ciao la France » (avec Skinny Flex), « Quartiers nord », « Problèmes », le gros tube « Tout va bien » (avec Ninho & Naps) ou bien le mélancolique et entêtant « J’ai grandi » qui expose le très prometteur FAYV. Les plus personnels « Paddock » et « Capo reste Capo » abordent eux des thèmes comme ses doutes, la famille ou la misère sociale et rendent ce projet cohérent, varié et complet.

Travaillé avec sérieux en accueillant des titres différents qui raviront ses différents publics, Quartiers Nord est un bon album qui prouve que Kassim et Alonzo n’ont rien perdus de leur talent après tant d’années à bruler le mic.

BEN.C – « BRONZE BOY » 📍

Petit nouveau au sein de la scène rap marseillaise, BEN.C, natif du Parc Kalliste, nous a livré ce 20 Mai son premier EP : BRONZE BOY. Composé de 6 titres, ce projet accueille deux collaborations qui partagent son univers artistique à savoir JMK$ et Gouap. Coté production on retrouve trois beatmakers qui sont C4PA, Jwel et TN 490.

Même s’il n’est encore qu’un lycéen le jeune marseillais possède déjà une réelle vision et sait où il souhaite aller. Tantôt nonchalant tantôt énergique dans ses flows, assez egotrip et rue dans ses écrits, BEN.C jongle entre ambiances nocturnes et lumineuses avec une certaine aisance. Et justement, ce premier projet devait lui permettre de s’illustrer et de même présenter cette atmosphère à un plus grand nombre d’auditeur. Pour cela le natif du 15ème s’est armé d’un panel de titres tous très différents qui se rejoignent autour d’un socle commun qui regroupe toutes les caractéristiques mentionnées précédemment. Avec « DESTIN » on peut apprécier une mélodie enivrante accompagnée d’un flow qui rentre vite dans la tête. « BACKWOODS » (avec Gouap) s’inscrit dans la même lignée avec une première partie planante puis une seconde plus oppressante. Ce coté sombre on peut le noter sur l’intro, « BRONZE BOY », qui introduit magnifiquement le projet avec un flow qui accélère/décélère et une prod propice à un coucher de soleil. En ce qui concerne « C2K » et « PÉCHÉS » (avec JMK$), ces derniers sont énergiques, nocturnes et particulièrement egotrips dans leurs écrits. Si l’écriture et les sonorités sont déjà très prometteuses et encourageantes, ses visuels le sont également. Esthétique et colorée, l’imagerie de BEN.C apparait comme très professionnelle et colle parfaitement à ses propos.

Solide et très encourageant, BRONZE BOY est un beau premier projet qui nous a permis de découvrir une nouvelle promesse du rap marseillais. Déjà aux fourneaux pour préparer la suite, on vous conseille de ne pas quitter BEN.C des yeux et des oreilles !

27 Mai

AM La Scampia – « Triste Fête » 🕺

Révélé aux yeux du grand public en 2017 sur l’album Force & Honneur de Lacrim, AM La Scampia a mi plusieurs années pour préparer son premier album, mais voilà, Triste Fête est enfin libérable en ce mois de Mai 2022. Composé de 14 titres, Triste Fête accueille 5 collaborations : Guy2Bezbar, Hatik et Lacrim qui sont proches de lui mais également Timal et la légende Le Rat Luciano. Coté production on peut retrouver une belle dizaine de beatmakers avec Almess Beats, Bob Sinclar, Boumidjal, Djaresma, El Chacon, Le Rat Luciano, Maesic, Nabz, SlemBeatz et Zeg P.

Capable de rapper la rue marseillaise avec justesse et méchanceté mais aussi celle de Naples avec énergie et luminosité (ou pas), le natif de Gignac est un artiste partagé entre racines et envie de croquer le monde au-delà des frontières francophones. Cette ambiance italienne qui commence dès son nom d’artiste inspiré des Vele di Scampia (quartier napolitain sous l’emprise de la camorra) est omniprésente au sein de son univers que ce soit dans les écrits, les visuels, les sonorités ou le style vestimentaire. Références à Gomorra, à la mode et la cuisine italienne ou sonorités pops du pays de la pizza, AM La Scampia maitrise son sujet artistique et apparait comme authentique dans ses démarches. En bref, il vit Naples et ne se considère pas comme italien parcequ’il a porté un maillot de Naples en 2012 ou qu’il a mangé une pizza napolitaine avant-hier. Habillements référencés, ses écrits lui permettent de se différencier au milieu d’une masse d’artistes pour qui Savastano est un nom qu’on emploi lorsque l’on a plus d’inspiration. Incontournable, l’Italie est donc logiquement retrouvable tout le long du projet avec des sonorités entre tube pop et hit marseillais sur des titres comme « Basta », « La Scamp », « Manolo », « Week-end » ou « Ailleurs » qui en est un parfait exemple. Biens construits, sincères et fluides, ces différents morceaux sont assurément très singuliers et exposent l’envie d’AM d’aller plus loin que le rap comme sur « Famiglia » qui est travaillé à partir d’un titre de Bob Sinclar. Au-delà des sonorités, « Famiglia » met en évidence l’esthétisme visuel du marseillais avec un clip chaleureux et sentimentale (attache au peuple napolitain et à la musique sous toutes ses formes) tourné un soir de feu d’artifice à Scampia. Seulement, AM La Scampia reste Amine, un enfant de la cité phocéenne forgé à la FF pour qui le rap reste le point central. Ce coté plus rap que pop se ressent justement sur sa collaboration avec Le Rat Luciano, « Cité Carter », ou sur « Triste Fête », la très nocturne introduction. Jamais trop rappés ni trop faciles, les différents morceaux de Triste Fête reposent sur un parfait équilibre. « Mon Reufton » (avec Lacrim) et l’introspectif « Gamin en Or » en sont de bons modèles. Assez uniforme car très lumineux dans son ensemble, ce premier album n’en n’est pas pour autant redondant et possède différents « degrés de tubes » où « Gangsta Luv » (avec Guy2Bezbar) et « Jolie Poupée » (avec Timal) apparaissent comme les hits les plus prononcés du projet.

Situé entre Marseille et Naples, jonglant entre tube mélancolique/festif et introspection, Triste Fête concentre tout ce que nous attendions de la part d’un artiste comme AM La Scampia. Un projet encourageant et agréable pour lancer une bonne fois pour toute une carrière qui semble pleine de promesses. Décollage réussi !

Niaks – « Comparution Immédiate » 🚔

Un an après le superbe Commission Rogatoire qui l’a positionné comme l’une des futures têtes d’affiches du rap français, Niaks nous est revenu avec son second EP : Comparution Immédiate. Légèrement plus long que le précédent avec ses 13 titres, ce projet accueille deux collaborations en les personnes de Fresh LaDouille et DA Uzi. En ce qui concerne la production on peut retrouver du très beau monde avec Ach Prod, Amine Farsi, Baille Broliker, Chryziz Beats, HNDRX, Suko Beats, Voluptyk, Wild MT et Wysko.

Dans la continuité de Commission Rogatoire, Comparution Immédiate poursuit le storytelling déjà instauré. En effet, à travers les différentes interludes Niaks narre sa comparution devant la juge et ses entretiens avec la police et son avocat avant son mandat de dépôt (nom de son EP à venir). Parfaitement jouées et très réalistes, ces coupures sont idéalement réparties et permettent de fluidifier à merveille le projet. Niaks sait précisément où il veut aller. Brut, puissant, violent et descripteur d’exception, le natif de Mantes-la-Jolie peut dès maintenant prétendre au rôle de meilleur narrateur de la rue française et de tous ses vices. Ce statut il l’assume à travers les obscurs « Ninetta », « Du Sale » (avec Fresh LaDouille), « Rebelote » ou l’excellente introduction « Maison d’arrêt ». Tous minutieusement calibrés et construits avec des ponts et refrains ravageurs, des couplets agressifs et des ambiances gérées à la perfection, ces titres sont de véritables performances d’exception et ne peuvent que nous laisser sans voix. Ne se contentant pas de rapper dans l’ombre de la rue sur tout un projet, Niaks livre, comme sur Commission Rogatoire, des morceaux plus différents que son socle ténébreux comme le mélancolique et introspectif « D’la D », les ensoleillés « Hayla » et « La rue ça fait mal » ou bien les boom-bap « La Chienneté » et « Promenade » (avec DA Uzi). En parlant des invités (DA Uzi et Fresh LaDouille), ces derniers se fondent à merveille au sein de l’univers de Niaks et font sens au milieu du projet en prenant le rôle de seconds rôles de cette série digne de Braquo. Vous-aurez beau chercher, vous ne trouverez aucun défaut dans cette nouvelle plaquette livrée dans le hall du Val Fourré.

Avec une plume qui ne demande qu’a gratter et un univers calibré au millimètre, Niaks poursuit à 200 Km/h son entrée fracassante au sein du rap français. Présent parmi nos 14 artistes à suivre en 2022, le petit épicier de la Calle sera à suivre encore pendant de très longues années. Assurément le futur avec un grand F !

So La Lune – « Fissure de vie » 🌙

Grande sensation du rap français ces derniers mois, So La Lune nous a enfin délivré, et ce après un marathon intensif en 2021, son premier vrai long format avec Fissure de Vie. Composée de 16 titres, cette mixtape (oui vous ne rêvez pas c’est bien une mixtape) accueille deux collaborations avec DA Uzi et Captaine Roshi. En ce qui concerne la production on peut retrouver 10 beatmakers qui sont Amine Farsi, Clyde Prod, Jeune Oji, Max Beats, Medeline, Nanji, RESFA, Traxx, Vairon Beat et VRSA Drip.

Avec un timbre de voix unique et atypique, le comorien est assurément l’un des portes étendards du mumble rap en France. Accompagné de prods spatiales, obscures ou plus lumineuses, Tsuki possède une réelle facilité à véhiculer des émotions sentimentales et mélancoliques comme d’autres plus puissantes et egotrips, et justement, c’est tout ce que nous attendions sur Fissure de Vie : une confirmation de la solidité de son univers artistique. Parce que oui, même s’il n’est présent que depuis trois petites années, le satellite lyonnais a pu faire ses armes avec de nombreux EPs qui lui ont permis d’accroitre son public et de progresser à la vitesse de la lumière. Qu’on soit clair, cette progression est facilement remarquable sur Fissure de Vie avec un équilibre entre morceaux rappés sur des prods aériennes et sombres et d’autres plus lumineux, chantés et enivrants. Pour ce qui est de l’obscurité on peut apprécier « Soleil mourant », « Vide », « Dona », « En bas » (avec DA Uzi), « Outrône » ou l’exceptionnel « Interlune » qui aborde son vécu, son entourage et ses doutes. Tous armés de fabuleuses instrumentales qui le mettent dans des conditions idéales pour placer des ponts, des backs et des flows variés, ces différents tracks sont parfaitement construits et sont en phase avec son univers intimiste, aérien et nuageux unique. La collaboration avec DA Uzi, bien qu’elle soit surprenante, s’encre parfaitement au sein de Fissure de Vie et fait sens. On peut d’ailleurs en dire autant de celle avec Captaine Roshi qui mêle à merveille leurs deux univers avec une prod lumineuse et entrainante et un refrain chanté avec émotion. Maitrisée à merveille, cette facette nocturne possède un alter ego artistique plus lumineux qui expose la grande polyvalence d’So La Lune qui ne délaisse jamais vraiment son socle. En effet, en parallèle il nous lâche des prestations comme « Fin heureuse », « Range Ro », « Nicki », « Déconnecté » ou « 2 i » qui sont tous assez chantés, ensoleillés (ou crépusculaires) ou plus ou moins doux. Flows saccadés, entrainants ou inédits, So La Lune se régale et nous régale avec une facilité déconcertante. Que ce soit dans les textes qui abordent la drogue, l’argent, l’amitié, la lune et la dureté de la vie, la construction et les ambiances où les producteurs ont réalisés un travail de haut niveau, rien n’est à jeter. Pour compléter cette perfection musicale So La Lune nous a également proposé des visuels esthétiques dans des décors désertiques qui nous plongent sur Mars. L’artwork (cover, physique) est tout aussi beau et atteste que Tsuki ne néglige aucun détail… un artiste avec un grand A !

Solide, minutieusement travaillé, cohérent et singulier, Fissure de Vie est un sublime projet qui prouve une chose : So La Lune est assurément un futur grand de la scène rap francophone. Comment ne pas considérer cette mixtape comme l’un des meilleurs projets de 2022, si ce n’est le meilleur. On adore !

NOS MORCEAUX DU MOIS

AMK – « Bussdown » (ft. Nekfeu)

So La Lune – « Interlune »

Alonzo – « J’ai grandi » (ft. FAYV)

Niaks – « Hayla »

ISK – « El Golaa »

Squadra – « URSS »

Médine – « Hier c’est proche »

BEN.C – « Destin »

Larry – « Rose »

Lemon Haze – « Que ça »

KOB – « TEMPÊTE »

Rounhaa – « MUSIC SOUNDS BETTER WITH YOU »

Malty2BZ – « WOW »

AM La Scampia – « Triste Fête »

Gros Mo – « Paradis Artificiel » (ft. Nekfeu)

Alonzo – « Bumpy »

Niaks – « Rebelote »

TK – « La Tartine »

F430 – « High »

BEN.C – « C2K »

So La Lune – « En bas » (ft. DA Uzi)

Soolking – « Askim » (ft. Reynmen)

Squadra – « Tommy Egan »

Rounhaa – « CELINE » (ft. Gio Dallas)

Niaks – « Maison d’arrêt »

Alonzo – « Quartiers Nords »

Zikxo – « Déjà mort »

Médine – « La France au Rap Français »

So La Lune – « Vide »

i300 – « Tookah 5 »

Kerchak – « Tarzan »

AM La Scampia – « Gamin en Or »

Rounhaa – « LE VENTRE ET LA TOMBE »

TripleGo – « Summer »

Squadra – « Police »

BEN.C – « Péché » (ft. JMK$)

Thabiti – « 1993 »

MIG – « Vrai Savage »

Médine – « Médine France »

So La Lune – « Medelline »

Graya – « La Castellane 5 »

AM La Scampia – « Manolo »