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Retour vers Juin 2023

L’été est déjà là et la pause estivale approche à grand pas. De ce fait, les artistes se doivent de publier leurs projets maintenant sous peine d’attendre la rentrée de Septembre pour se faire remarquer. Sans surprise, plusieurs têtes d’affiches comme Ninho, Sadek ou Heuss L’enfoiré ont choisi Juin pour effectuer leurs retours dans les backs. Aussi, on a pu apprécier le travail d’artistes moins exposés comme Relo ou Malo. De JMK$ à Ninho en passant par Nahir, Luidji ou Le Juiice, on vous résume tout de suite ce gros mois de Juin !

2 Juin

JMK$ – « South Baby » 💎

Jeune rappeur marseillais issu de la scène SoundCloud, JMK$ fait partie de cette nouvelle génération d’artistes ayant su se démarquer à travers leur originalité. Influencé par le rap américain, que l’on retrouve tout spécialement dans les sonorités de ses morceaux, c’est au travers de multiples compilations et mixtapes (en solo comme en groupe) que le phocéen a navigué jusqu’à la sortie de South Baby. Accompagné par Freeze Corleone, ASHE22, Khali, BEN.C et S. Téban, ces 14 titres sont composés par C4PA, BWolf201, Rudynovski, LaSource, Fakri Jenkins, TN 490 et Lyele Gwapo.

Avec des tracks courts aux mélodies entêtantes JMK$ maitrise la recette pour des morceaux réussis que l’on souhaite relancer immédiatement. Couplé à des prods aux sonorités inspirées de la (dirty)south, qu’il mentionne régulièrement, le tout rend sa musique aisément reconnaissable. N’hésitant pas à tester de nouvelles choses, en témoignent « SOUTHSIDE PT.3 » sur du No Melo ou le passe-passe avec ASHE22 sur « EXTENDO », le marseillais sait varier les ambiances sur un même projet pour y amener une diversité cohérente et singulière. Artiste sincère cherchant à réaliser ses rêves, JMK$ nous partage à travers ses écrits quelques aspects de sa vie ainsi que ses ambitions. Parmi les idées les plus récurrentes de South Baby, sa proximité avec ses proches, son désir de faire ce foutu cash, ainsi que de trouver la paix forment les pierres angulaires de ses textes. Bien que ce ne soit pas explicitement dit, on suppose que cette volonté d’accumuler l’argent soit le meilleur moyen pour lui d’assurer sa stabilité et celle de sa famille/amis, tout en asseyant son importance dans le milieu du rap francophone – « Je veux gagner jusqu’à me lasser, gagner jusqu’à finir blasé » (sur Y’A PAS DE LOVE). Ne souhaitant plus connaitre les échecs, tout en refusant de s’appuyer sur la réputation de son père (Akhenaton) pour construire sa carrière, les ambitions de JMK$ sont sans doute aussi grandes que l’est sa persévérance pour s’imposer dans cette industrie de requins. Si nous évoquions plus tôt sa sincérité, cell-ci manque, paradoxalement, d’un peu de transparence, tout en attisant la curiosité des auditeurs. Sans forcement donner de détails sur le sujet, celui qui parle money évoque à de multiples reprises ses peines, ses pertes, ses erreurs, sa peur de décevoir ou encore sa volonté d’apprendre à s’accepter et de ne plus vivre de nouveaux échecs – « Je pourrais exprimer peine sur peine, j’ai accumulé perte sur perte et je m’en suis voulu comme moi même » (sur INTRO (Paix 2)). Se qualifiant même « d’émotif » sur le titre du même nom, il faut avouer que cela nous a intrigué. Mentionnant également ses croyances, ses amours, ses relations ou la fin des études, on saisit l’importance de la musique dans la vie du jeune phocéen déterminé à vivre et à marquer les esprits – « Baby tu sais des fois je rentre tard, je m’arrête plus de faire du son » (sur EMOTIF) – « Y’a que Dieu qui me fait peur, je sais qu’il me protège, J’fais le bien autour de moi, j’attends pas qu’on m’applaudisse » (sur DSF).

Au rythme d’un projet par an, South Baby viens marquer 2023 dans la continuité de ses prédécesseurs, tout en se distinguant de ces derniers. Avec de très bons invités toujours proches de sa génération et de sa scène, JMK$ démontre l’étendue de sa palette artistique et de sa constance que l’on retrouvera sans doute à travers des collaborations en attendant le prochain projet !

Relo – « Dieu Merci » 🤲

Bien que son nom ne vous parle pas forcement, Relo est pourtant une voix ancrée dans le paysage rap français depuis plus d’une dizaine d’années. Fier représentant du 13, ex-membre du label Néochrome (sous le nom Napo à l’époque), ce passionné de rap a su faire ses armes aux cotés d’artistes iconiques du milieu tels que Sat L’artificier, Swift Guad, Shurik’n, Joe Lucazz ou Sinik. 2023 marque la sortie de son premier album, Dieu Merci, sur lequel de nombreuses pointures se sont donné rendez-vous. Akhenaton, Keny Arkana, Gino 1313, Furax Barbarossa, Lino, DJ Djel, Melan, Souffrance et Allen Akino sont de la partie sur ce 14 titres. Chez les beatmakers ce sont Nicolas Ferriere, Alexis Caliendo, Renaud Caliendo, Ladjoint, Mathieu Delana, Pone, Nicolas Constance et Fabio Giovi qui ont opéré.

« Putain de merde j’écris des textes de dépressif ». Dès l’introduction « Tandematique » le ton est donné. Du titre du morceau jusqu’aux propos de l’album, Relo revendique un rap cohérent, sincère et marquant dont les références aux grands noms du hip-hop français ne manquent pas, même sur la tracklist. L’une des grandes forces du marseillais réside dans ses textes. Alternant entre les valeurs qu’il défend (tel l’antiracisme), son vécu précaire et la misère qu’il a pu observer, sa volonté de rester authentique ou de marquer les esprits à travers une musique touchante… difficile de rester insensible à l’art de Relo. Pour ce qui est de l’interprétation, si la forte voix du phocéen est très performante sur les morceaux aux prods obscures comme « Carré Noir », celui-ci saura également vous surprendre par sa maitrise sur des sonorités plus légères et planantes avec « Portrait » et son refrain assez doux qui fait partie de nos morceaux préférés de Dieu Merci. Au-delà même du fond, soulignons la belle plume et la constance de cet album. Relo nous offre à la fois un projet très compréhensible dans le propos, tout en délivrant de belles phases dans de multiples registres, dépendamment de l’ambiance du morceau. Assumant son désir d’offrir le disque le plus marquant et touchant possible, on salue, malgré la présence de calibres comme Furax Barbarossa, Lino ou Akhenaton, un Relo bien loin d’être dépassé qui démontre son talent tant dans l’attitude que dans les textes en offrant un morceau mythique avec « Le fils de quelqu’un » (car qui n’a jamais rêvé de voir Furax et Lino sur un même track…). Coté prods ce sont des ambiances plutôt old-school mais modernes que l’on retrouve sur Dieu Merci. Si les ambiances se prêtent tantôt à des morceaux orientés egotrip, tantôt plus estivaux avec l’excellent « Été au quartier » (avec Gino 1313), tantôt plus sombres, la présence de samples rajoute une vraie couleur dans les morceaux. On sent une volonté de rendre hommage à une certaine époque, une certaine école du rap qui a sans nulle doute marqué le marseillais au point de vouloir performer dans ce registre pour son premier album.

Dieu Merci prend la juste place de premier album réussi haut la main dans la carrière de Relo. Après de longues années à perfectionner sa musique tout en restant actif, ce disque marque la consécration de ce travail acharné. Pas de titres superflus, de talentueux invités, le tout superbement produit, Relo offre une belle synthèse de son univers musical final. Même sans connaitre l’artiste, c’est le moment idéal pour le découvrir si vous aimez (vraiment) le hip-hop avec un grand H.

Malo – « iD » ‼️

Malgré son arrivée récente sur la scène rap francophone, Malo s’est illustré grâce à deux EPs aussi biens produits que rappés, le tout aux cotés d’artistes maintenant confirmés comme La Fève et Ashh (anciennement Ashkidd). Pour sa première mixtape intitulée iD, deux invités partagent le micro avec lui sur ces 11 titres : Zamdane puis Khali pour leur seconde collaboration. Coté beatmaking ce sont Guapo du Soleil, Sam Tiba, Platiniumwav, CSU, BRIDO, BKH Beats, Senpaï Katchy, D1gri, Benjay, Bij, Khali et Tarik Azzouz qui seront de la partie.

Cover en noir et blanc signée Alyas et Mickael Azules, productions aux ambiances ternes, tantôt puissantes tantôt déprimantes, Malo nous happe dès l’introduction dans ce monde aussi ennuyant que mouvementé qu’est le sien, au détour de quelques lueurs d’espoir et de positivité dans ce sombre abîme. Qu’il s’agisse de rap pur ou de mélodies autotunées, Malo épate par ses performances. Avec des titres assez courts mais efficaces, il saura aussi bien vous faire apprécier sa musique en rappant sur « PRÊT » qu’en chantonnant sur « YAMAHA INTERLUDE » – « J’te roule dessus, j’lave pas les jantes, me suis pas si t’as pas les jambes » (sur FETTUCINI). Cette phrase introduit d’ailleurs assez bien le vécu aussi violent qu’énergique du val d’oisien. À travers ses textes Malo n’hésite pas à détailler son parcours sur l’ensemble de iD. Le moins que l’on puisse dire c’est que sa vie est remplie de choses diverses qu’il peut se targuer de narrer. Le natif du 9.5 y raconte ici l’agitation de son quotidien, la relation complexe avec son père, non sans lien avec ses traumatismes, ou encore la mort de ses proches. On y trouve également sa volonté de faire de l’argent tout en s’assurant que sa famille passe avant ce dernier (en témoigne la phase « À cheval sur mes principes, pas d’équitation » sur « MÉDICATION ») ou l’évocation de sa foi… Avec des titres très équivoques tel que « MÉDICATION », Malo est assez transparent sur certains aspects de sa vie intime ou de son état psychologique. Mention particulière au titre « MOI MÊME » qui retrace tout spécialement certains éléments de sa vie, de sa conversion et l’appréhension lorsque son père l’apprendra, son métissage ou d’autres choses très intimes. « MOI MÊME » se démarque d’autant plus qu’il est l’un des rares morceaux de la mixtape à donner un élan de positivité, de lumière, au sein du disque. De sa vie à ses ambitions, le titre éponyme est sans doute l’un des plus réussis de iD. Pour une première mixtape Malo a su faire rimer sa musique avec les superbes instrumentales qui l’accompagnent. Univers prenant, maussade, sans tomber dans le pathos ou la facilité avec des morceaux larmoyants, l’autoproclamé « froidcommedehors » nous fait découvrir le tumultueux parcours de sa vie ainsi que certaines des réflexions de son existence.

Bien que les cheminements pour arriver à l’homme qu’il est aujourd’hui ne sont pas tous dévoilés, Malo nous a suffisamment interpellé pour qu’on veuille en savoir plus. Talentueux, la présence d’artistes comme Zamdane et Khali ne font que confirmer l’idée qu’il est l’un des artistes qu’il faudra surveiller de près lors de ses prochaines sorties (on vous avait prévenu dans notre revue « 14 artistes à suivre en 2022 »). On vous encourage à lancer iD !

16 Juin

Nahir – « Intégral 2 #POV » 🏍

Tout droit sorti du 9.3, le centre de formation du rap français, Nahir s’est vite imposé comme un talent prometteur avec la sortie de sa bonne première mixtape Intégral. Deux ans plus tard, et avec son premier album Rihan paru entre temps, le natif de Bobigny est revenu en ce mois de Juin 2023 avec Intégral 2 #POV. Bien fournie avec ses 17 morceaux, cette mixtape accueille de belles collaborations en les personnes de Vacra, B.B. Jacques, Dinos, ZKR et ElGrandeToto. En ce qui concerne la composition on note la présence de nombreux beatmakers talentueux et confirmés : Ani Beatz, Anybxdy, DJ Bellek, Double A, DST The Danger, Farukqsm, Ghez, Gloogloo, Issam YNS, La Pièce, Mohand, Nouvo, Nqssim, Sam H, Shiruken Music, Timo Prod et Wild MT.

Armé d’un univers sombre, voir obscur, où le rap du block tient une place centrale, Nahir avait marqué nos esprits en 2021 avec Intégral, un projet encourageant qui dégageait déjà une certaine maturité sonore et lyricale. Cependant, ce bon départ fut entaché par un mauvais premier album qui reste, pour nous, un gros point d’interrogation. De ce fait, nous attendions un nouveau départ avec le deuxième volume d’Intégral, et sans surprise, au vu de son talent, Nahir ne nous a pas déçu, au contraire… il nous a rassuré en mettant la barre haute. Contrairement à Rihan où le rap a été délaissé pour des tubes fades et creux, Intégral 2 #POV est lui un projet tres rappé. Prods originales avec une richesse en termes d’instruments, ambiances cohérentes avec son univers et travaillées avec minutions pour mettre en avant son potentiel, prise de tête sur la construction des morceaux mais surtout sur l’écriture qui peut être très mature comme plus egotrip ou plus légère, Nahir a fourni un gros (gros) travail. Flow rapide et prod obscure sur « Visière » et « Philly », mélancolie sincère et nuageuse avec « Le Tipeu », « POV », « Piranha » (avec Vacra), « Interlude » ou « Outro », enivrance sur « Hors la loi » et « Périphérique » (avec Dinos) ou luminosité crépusculaire avec « Niya » (avec ElGrandeToto), « Teboi » ou « Constat amer » (avec ZKR), le natif du 9.3 a délivré une large palette d’ambiances qui ne quittent jamais le rap et qui sauront toucher son public le plus fidèle. Solide et appliqué dans ses sonorités, Nahir l’est aussi, et plus que jamais, dans ses écrits avec une plume mature et aiguisée qui aborde un grand nombre de thèmes. Dureté de la vie, déprime, famille, force de caractère, injustices sociales, problèmes relationnels ou d’argent, religion, hypocrisie de l’industrie de la musique, responsabilité des grands-frères dans l’engrenage des petits, recul sur son parcours artistique ou criminalité inendiguable dans les quartiers, Nahir s’attaque à tous ces sujets avec justesse en se servant de son vécu et de son analyse bluffante pour un rappeur de son âge. Très bien organisé avec des fins de morceaux qui introduisent les suivants, Intégral 2 #POV, qui s’apparente plus à un album qu’à une mixtape, nous permet d’apprécier ces sujets sur des titres profonds comme « Le Tipeu » qui narre la tragique mais inévitable ascension d’un jeune de banlieue – « Ses parents sont contents d’c’qu’il fait, le tipeu a beaucoup d’ambitions, devenir médecin dans 10 ans […] Ses passions sont plus trop les mêmes, ses darons commencent à s’inquiéter […] Il est moins souvent à l’école que devant l’alim […] Dorénavant c’est pour le tipeu qu’ils bossent […] le tipeu a grandi, va finir en tôle » – « Interlude » ou « Outro » qui lui permettent d’en dire plus sur son état mental actuel – « Avant j’rappais avec la dalle, postiché sur la dalle, Maintenant j’rappe avec un couteau sous la gorge pour faire des tals » (Interlude) / « Dans l’désespoir, à en faire disparaitre la flamme qui nait, À force de penser à son taff on oublie trop d’choses à coté, on s’rend compte que quand c’est trop tard que l’problème n’est qu’un alibi, ou devrais-je dire une excuse » (Outro) – ou avec « POV » qui énumère des dysfonctionnements sociaux selon les points de vues de chacun – « Français d’origine étrangère qui revendique la terre de ses ancêtres, ça reste un français ou un traitre ? Chacun son point de vue […] Lui il a vendu d’la drogue pour nourrir sa famille, personne lui donne de taff donc il choisit la rue, c’est pas un point de vue, c’est un point de chute ». Outre ses performances solos où il brille, Nahir a su bien s’entourer avec des profils différents qui s’encrent idéalement à son univers et qui amènent leurs petites touches personnels. Mentions spéciales aux excellentes performances de Vacra et Dinos ainsi qu’à l’investissement authentique de B.B. Jacques et ZKR. Déjà excellent, les collaborations sont la cerise sur le projet !

Très solide et cohérent en tous points, rappé avec maturité et fougue, abordant des sujets intéressants avec un oeil neuf, et musicalement plaisant, Intégral 2 #POV est un très beau projet qui permet à Nahir d’exposer l’étendue de la richesse de sa plume ainsi que son énorme potentiel qui n’est pas prêt d’arrêter de grandir. Marquant, fluide et travaillé avec sincérité, Intégral 2 #POV est l’un des projets les plus percutants de cette première moitié de 2023. On aime !

Sadek – « Ouvert tout l’été » 🍟

Seulement cinq mois après Changement de propriétaire, un superbe album qui lui a permis d’exposer toute la richesse de sa plume ainsi que ses belles prises d’initiative, Sadek est déjà de retour avec un double album intitulé Ouvert tout l’été. Divisé en deux parties de 10 titres, ce projet accueille de belles collaborations toutes très différentes : Ninho, Biga Ranx, Marella, thaHomey, Kai du M et Nordo. Coté production on retrouve une équipe de 10 beatmakers qui sont 31squa, Jeuneboü, Kazh, Matthieu Tosi, Milksh4kevf, MontaBeats, Olivier Montas, Sébastien Ponsar, Stef Becker et Symphony Dreams.

Connu de tout amateur de rap, Sadek est un artiste que l’on ne présente plus, et pourtant… le natif de Neuilly-Plaisance n’a jamais semblé aussi jeune et frais. En pleine forme artistique (et physique !), Sadek a connu un véritable regain d’énergie et de superbe avec Changement de propriétaire qui a assuré son immense talent mais aussi son originalité due à une grande prise de tête sur les ambiances et les idées qu’il souhaite véhiculer à travers ses écrits. Après un projet très mature et assez sérieux, Johnny Niuuum a décidé de livrer, à l’approche de l’été, un double album scindé en deux parties : une première festive et légère, une seconde plus nocturne et austère. Construit de manière à le positionner en dealer de musique qui fait l’effet d’une drogue qui peut nous relaxer ou nous faire vivre le risque, Ouvert tout l’été est un album qui déjà, hors musique, est très bien ficelé. Teasers qui le présentent en patron de fast-food, deux covers pour le jour et la nuit ou interludes qui nous plongent dans une transaction au drive, la direction artistique est claire et précise. Avec des « à coté » solides, Sadek n’a plus qu’à faire ce qu’il sait le mieux faire : rapper ! Pour la partie jour on retrouve 10 morceaux chantés sur des instrumentales énergiques, festives et exotiques. Reggae entraînant sur « Boulot » (avec Biga Ranx), hit de pool-party avec « Poulailler », funk brésilienne sur « Soumawe » (avec Marella), jersey sur « Canada » ou tube de l’été par le biais de l’incroyable « Tata », cette première moitié très lumineuse est une réussite du fait de la grande diversité d’ambiances, de prises de risques et de la grande maitrise de Sadek pour s’adapter à tous les styles. Ici pas d’agressivité, seulement de la bonne humeur. Sadek aborde la joie de vivre, les soirées enivrantes, la fête, le bon temps au bord des plages ou les relations éphémères qui servent à se vider la tête. Comme il le dit sur « Boulot » il souhaite « planter des graines pas des couteaux / Etre au bout du monde, pas du rouleau ». Après une partie jour réussie qui n’a rien d’homogène place maintenant à la nuit. Introduite avec un dialogue dealer/client beaucoup plus lugubre, cette seconde moitié nous montre un Sadek plus froid, sérieux, conscient, brut et egotrip. D’ailleurs les invités (thaHomey, Kai du M et Nordo) s’inscrivent dans ce changement d’ambiance. Prod oppressante avec « Qui dit mieux ? », puissance et méchanceté sur « Plug » (avec Nordo) ou balade nocturne et virevoltante avec « Les traitres », tout ce qui est egotrip classique est ici au rendez-vous. Comme les atmosphères, les écrits sont eux plus incisifs et crapuleux pour amener ce contraste avec la première partie : « Les mains n’arrêteront pas de vendre, on baise les putes les moins chères, on mange la viande la moins tendre, fier et déter l’empire ne fait que s’étendre » (sur Qui dit mieux ?) / « On t’met dans le coffre devant les passants, un quart d’heure avant qu’la boulangère finisse les croissants » (sur Le Zin). Mais cependant, faire du rap sombre comme tout le monde ne ressemble pas à Sadek. De ce fait, on peut noter de la plug sur « Talk a lot » (avec thaHomey), un mélange de drill et de funk sud-américaine avec « Sac à dos » (avec Kai du M) ou une luxueuse balade crépusculaire sur « Uber ». Tous très originaux, ces morceaux permettent à Sadek d’aller sur des terrains inconnus ou d’amener d’autres artistes (comme Kai du M) sur des sonorités qui sortent de leurs cadres. Ensorcelante, l’outro, « Tendrement », conclue bien le projet avec une ambiance semblable à un levé de soleil. Aussi, avec une bonne illustration par le biais de clips simples mais efficaces, la direction se voit renforcée en cohérence. Nommé Ouvert tout l’été, ce projet est en faite un projet évolutif qui se verra être approvisionné tout l’été pour ne garder au final que les morceaux le plus appréciés du public, car oui, quoi de plus important pour un dealer de bonheur que de combler sa clientèle ?!

Solide, cohérent, bien ficelé, sincère, osé, Ouvert tout l’été, qui peut être perçu comme une mixtape avec ses deux parties distinctes, est un superbe album qui permet à Sadek de signer une nouvelle grosse performance. Au vu des prestations affichées sur Changement de propriétaire et Ouvert tout l’été Sadek est clairement l’homme fort de 2023. On se demande où se dernier va s’arrêter car un troisième projet (Nique le Casino 2) est prévu pour la fin d’année. On a hâte !

Le Juiice – « Trap Mama 2 » 💄

Enchaînant projet après projet depuis 2020, la jeune CEO nous livre le deuxième volume de sa série d’EPs Trap Mama en ce mois de Juin 2023. Sur ces 8 titres deux collaborations sont présentes : Jok’Air et Implaccable. Coté production on retrouve Wisla, Sato, Bafouboy, Shadow Prod, Mucho Dinero, Emkay, Ody et Mohamed Echchatibi.

Si Le Juiice n’a pas son pareil pour incendier des prods, son insolence et son attitude sur les tracks n’y sont pas pour rien. La rappeuse n’a pas choisi le titre de Trap Mama par hasard, et elle démontre une fois encore qu’elle le mérite bien ! Au programme c’est essentiellement de l’egotrip sur fond de prods aggressives parfaitement exécutées qui nous est proposé. Le Juiice aborde donc son indépendance musicale, son envie de mettre à l’abri les siens, les grandes marques avec lesquelles elle se pare de bijoux, évoquant drogues et trahisons, le racisme qu’elle a subi, ou des personnes influentes qu’elle apprécie – « J’suis forever sa lady, il m’le répète comme Jodeci » (sur ICY). Dans ses clips comme dans ses textes, Le Juiice n’hésite d’ailleurs pas à assumer ou jouer de sa féminité : « Il veut j’lui donne mon cul, non, j’lui donne celui du joint » sur « SHARINGAN » (dont le clip réunit d’ailleurs de beaux invités). En somme tout est présent pour passer le meilleur des moments sur cet EP. Variant également les registres, « ICY » avec Jok’Air laisse place à un morceau plus mélodique traitant d’amour dans une vie pleine de gangstérisme. Dans un registre similaire mais différent dans l’exécution, le très mélodique « I.A » est sans l’ombre d’un doute notre morceau préféré du projet. Girlboss assumée dans ce track (« tous les jours c’est jour de paye »), elle le fait bien savoir sur ce titre où elle mène une vie de rêve le temps d’un son, sans doute en partie reflet de sa nouvelle vie d’artiste. Puisqu’assez court, nous n’allons pas plus épiloguer sur le contenu de Trap Mama 2 que l’on vous invite simplement à lancer.

Court et efficace, chaque morceau se démarque du précédent, tout en restant empreint de l’univers de Le Juiice, qu’il s’agisse du registre plus rappé comme de celui plus chanté. La rappeuse nous a une fois de plus démontré son talent et on a hâte de voir ce qu’elle nous réserve pour la suite !

23 Juin

Luidji – « Saison 00 » 💐

Des années durant Luidji n’a cessé de peaufiner sa musique ainsi que son univers jusqu’à sortir son premier album, Tristesse Buisness, en 2019. Ce fut un véritable succès, à tel point que le parisien a pu se permettre de prendre une assez longue pause pour revenir en ce mois de Juin 2023 avec Saison 00. Accompagné de Tuerie, Astronne et Ryan Koffi au chant, presque l’intégralité de ces 14 titres sont produits par Ryan Koffi, aux cotés de qui on retrouve également Oscar Emch, MNSD, Loubenski, Lönes, The9AM, Ephès, Clement Caritg, 60nes et Rozo.

Si certains attendaient une suite directe à Tristesse Business, reprenant les mêmes thématiques dans le fond, c’est pourtant sur des parties antérieures de sa vie que Luidji rappe et chante essentiellement sur ce disque. Très personnel, carrément intime, celui-ci n’hésite pas à presque tout dévoiler sur sa vie, ses sentiments et son parcours perso. L’introduction, « Alexis » (référence à son nom de famille et au prénom de son meilleur ami qu’il mentionne dans le morceau), nous mets directement dans le bain sur un air de piano acoustique où il raconte : « J’aimais […] ni ma peau ni mes cheveux, ni mes lunettes sur mes deux yeux, ni mes deux vieux, j’avais plus peur que besoin d’eux ». De manière générale, chaque morceau retrace un ou plusieurs moments et aspects de la vie de Luidji. Son rapport à la religion, au foot, sa relation avec ses parents, son parcours mouvementé à la fac, aborde son anxiété, parlant d’amour (sur le très R&B « Sérénade »)… Ce sont de tout autres aspects de son existence que l’on découvre à travers ce projet. On retrouve d’autres morceaux plus spécifiques où l’artiste parisien semble s’adresser à lui même avec plus de recul qu’aux époques auxquelles il fait référence. C’est d’abord le cas de « Reste en vie » où le « Luidji du présent »  s’adressant au « lui » du passé, se donne de multiples conseils qui lui auraient sans doute servi à l’époque, dont le titre. Vient ensuite « Miskine », une auto-critique, une réponse à certaines phrases d’anciens morceaux où il craint par moments de devenir une parodie de lui-même en s’enfermant dans son rôle de célébrité – « T’es enfermé dans ton rôle, insensible, ton cœur est mort […] l’adrénaline, la lumière t’ont rendu fou […] Malgré moi je plane, alcool, drogue et femmes ». On pense également à « Bahia » qui narre une partie de ses aventures (et mésaventures) qu’il a vécu au Brésil. Tout spécialement touché par la culture, l’histoire du pays sud-américain, ce qui lui rappelle sa famille et l’art de son père, ce fut un moment important pour Luidji qui a su s’y ressourcer et retrouver l’inspiration grâce à ce voyage. On retrouve également quelques références à certaines cultures qui l’inspirent particulièrement, notamment les titres « Ayida » et « Damballah », qui renvoient à deux esprits du vaudou haïtien. Saison 00 se voit ponctué par quelques interludes d’un dénommé Docteur Kompramm. Évoquant l’anxiété dont souffre Luidji, il s’agit sans doute de la manière dont il souhaite mettre en avant les maux psychologiques et les questionnements existentiels qui le tourmentent sur ce disque. Au-delà des textes assez prenants de Saison 00, celui-ci est également transcendé par la musicalité portée. Entre les prods composées de vrais instruments, la présence de la chorale de cœurs de la Sankofa Soul Unit, de l’amélioration de ses qualités de chant, qui brillent tout spécifiquement sur son duo avec la magnifique voix d’Astronne, ou sur « Cabine », avec une reprise très réussie de « Fais comme l’oiseau » de Michel Fugain… on peut saluer le travail réalisé par les beatmakers en charge de l’album.

« Esclave de sa cause ayant choisi ses chaines », c’est via une magnifique démonstration d’écriture ainsi que de musique pure que Luidji a su se renouveler pour proposer le meilleur de lui-même. N’ayant pas choisi la facilité, Saison 00 est un retour en force où Luidji prend le temps de véritablement nous raconter qui il est et ce qu’il a vécu. Il ne fait nulle doute que ce préquel nous accompagnera dans nos playlists au moins aussi longtemps que son prédécesseur !

30 Juin

Heuss L’enfoiré – « Chef d’orchestre » 🎻

Solidement imposé comme une tête d’affiche, et ce avec seulement un album solo à son actif, Heuss L’enfoiré a marqué son grand retour en ce 30 Juin avec Chef d’orchestre. Longtemps teasé, ce 14 titres abrite des collaborations avec Ninho, Gazo, Nyma, Soolking et Wejdene. En ce qui concerne la production on retrouve Bad’m, DIIAS, En’Zoo, Franguy, Kikow, Lenys, Seezy, Tarik Azzouz, Voluptyk, Yasser Beats et l’incontournable Zeg P.

Quatre ans, c’est le nombre d’années qui se sont écoulées depuis la sortie de son premier album En Esprit. Et même si cela fait peu pour une industrie où un projet par an est le minimum (et encore…), Heuss L’enfoiré a su se maintenir dans les écouteurs du public avec des singles, de nombreux featurings mais surtout avec Horizon Vertical, son album commun avec Vald. Mais voilà, depuis 2019 le rap a grandement évolué avec l’essor d’artistes comme winnterzuko, So La Lune ou Jwles, et c’est ici tout l’enjeu de cet album : est-ce que la recette de la moula saura ne pas sonner comme dépassée ou tout simplement trop redondante. Comme sur En Esprit, Heuss L’enfoiré a distribué deux grands types d’ambiances, une rappé avec énergie et brutalité, une autre plus ambiançante, lumineuse et légère. D’ailleurs c’est ce qui fait la force de notre enflure du 9.2, son envie de ne pas livrer que des tubes faciles, ce pour quoi il est connu du grand public. Dès l' »Intro » le rap est instauré avec un flow imposant, une prod puissante et des écrits certes très Heuss mais encore un peu plus violents – « Poto, qu’est-ce que tu croyais ? Tu pensais qu’la croisière s’amuse, on t’baise ta mère si t’as poucave, même si t’es un frère mus' ». Dans le même registre on peut retrouver l’original  (dans les flows variés et les placements) « 45 0 37 », le septième épisode de « BX Land », l’orchestral « Combien de fois » ou l’explosif « Get 27 ». Si tous reprennent les codes classiques du rap, à savoir la drogue, le crime, l’argent, le sex ou la vie nocturne, et apparaissent donc un peu faciles dans les propos, des titres comme « Combien de fois » ou « L’enflure » sonnent eux comme un peu plus poussés. En effet sur « Combien de fois » Heuss L’enfoiré énumère le nombre de fois où on lui a dit qu’il était malhonnête, combien de fois il a décelé les fausses amitiés, est rentré saoul ou combien de fois il a délaissé la religion. Cependant, aucune remise en question, juste un constat : « Combien d’fois j’ai oublié de me prosterner ? Me fait pas d’rappel, oublie pas d’la fermer ». Sur « L’enflure », qui s’inscrit dans la continuité de « L’enfoiré » et « L’ancien », Heuss L’enfoiré narre, sur une belle prod cinématographique, le vécu mouvementé et instable d’un trafiquant notoire. Satisfaisants, ces extraits rappés permettent encore une fois à la moula d’affirmer son coté rue et de prouver qu’il n’est pas qu’un simple chanteur de fête foraine. En ce qui concerne les morceaux plus légers, lumineux ou chantés, Heuss L’enfoiré fait preuve d’une redoutable efficacité (comme à son habitude). Gros tube d’été avec « Cités de France » (avec Ninho & Zeg P), chant mélancolique sur « Saiyan » (avec Gazo), exotisme avec « Bob Marley » ou « Heusslaga », sonorités clubs par le biais de la grosse connexion avec Soolking et Nyma, « Santafe », ou chant enivrant sur la balade « Balavoine », on peut dire que la moula n’a pas déçue en affichant une véritable diversité grâce à des petits détails (choix de prod, flows, ponts). Aussi, son agréable collaboration avec Wejdene amène un peu de douceur qui n’est pas de refus.

Cohérent avec son univers et ce qu’il a l’habitude de nous proposer depuis ses débuts, Chef d’orchestre est un album appréciable qui répond à nos attentes. La recette perdure, le public est satisfait, Heuss L’enfoiré a le temps de venir voir sa fin !

Ninho – « NI » 🤟

Plus d’un an après l’énorme succès commercial Jefe, Ninho, artiste qui est assurément l’un des plus gros représentants du rap en France, est revenu avec son neuvième projet et quatrième album sobrement intitulé NI. Bien fourni avec une tracklist de 16 titres, cet album accueille un casting 100% étranger : Ayra Starr, Central Cee, Lil Baby et Omah Lay. Concernant la composition on retrouve une grosse équipe avec la présence de Aldaz, BBP, BK Music, Boumidjal, Daimo Beats, D-Way Beatz, Gabbi, HoloMobb, HuFel Beatz, Le Marabout, Leveatz, Manu Manu, Naifos, Nostra Beats, P2wider, PSK, Sam H, Shayaa, Shiruken Music, Str 8 cash, SVOnTheBeat, Traplysse et TripleNBeat. Cela n’etonnera personne, la cover a été réalisée par Fifou.

Artiste français avec le plus grand nombre de certifications à son actif (avec Jul), Ninho n’a pas à s’en faire pour ce qui est de son succès commercial. La moindre de ses sorties est un carton et les streams s’empilent à une allure folle. Mais voila, pour ce qui est de son apport artistique, N.I ne nous a pas ravi depuis bien longtemps (depuis Comme Prévu pour être précis)… Trop redondant dans les prods, très (très) facile dans les écrits, le yerrois affiche un niveau assez « faible » pour son talent et nous inquiète, on peut le dire. De ce fait, nous attendions avec NI, et au vu de la bonne perf’ qu’est « 25 G », le premier extrait, un projet plus travaillé sur la forme avec des sonorités un peu plus poussées mais aussi sur le fond avec des lyrics qui sortent du vu et revu. Comme ses précédents albums, NI ne possède pas de réelle colonne vertébrale et les titres semblent s’enchainer sans vraie direction. Luminosité, douceur ou rap plus méchant, les 16 titres forment ici une masse homogène où une chose est récurrente : la mélancolie. En effet, ce quatrième album est sans nul doute son plus personnel, intime et nuageux, et la couleur est d’emblée annoncée avec l’intro, « La Vie de Johnny », qui aborde sur une belle ambiance emplie de spleen son parcours musical/de vie – « J’me voyais faire d’la gestion, j’ai fini dans la gestu’, une boite crânienne instable, p’t-être dû a mon vécu, Seize ans j’change de cité, le daron craque des bagarres, il dit que j’file un mauvais coton ». Bien écrite mais surtout sincère, cette intro est donc à l’image de l’album qui ne cesse, à la manière de Ninho, de narrer les fausses amitiés, la pression de l’industrie, les relations familiales, l’argent et ses tracas, l’entrepreunariat, l’amour ou tout simplement le mode de vie rapide et ses déboires. Comme sur cette bonne introduction on peut retrouver au fil de ce 16 titres de bons choix de prods, notamment sur « Bon qu’à ça » ou « Bad » (avec Omah Lay) qui sont de franches réussites avec un bon mix d’éléments divers qui font sens. Si cette mélancolie omniprésente portée par de nombreux morceaux chantés dégagé une petite redondance au bout de 13 tracks, Ninho n’a pas oublié de glisser des performances plus froides, sombres et rappées comme « 25 G », « Yo moko oyebi », « Branché sur snap » ou « Plus qu’eux ». Certes minoritaires, ces sursauts d’orgueil et d’egotrip, plutôt biens écrits avec de belle références, permettent à Ninho de montrer qu’il reste un kickeur mainstream intéressant – « Six mois ici, six mois là-bas, on change d’adresses comme de baskets / À huit ans j’ai Mafia K’1 Fry sur la cassette, à seize ans matrixé par Barksdale » (sur Branché sur snap). De plus, on note un vrai travail de construction et de représentation sur « 25 G » où la prod et le flow montent crescendo jusqu’à l’explosion et où l’esthétique clip met en valeur l’ambiance émeutière. Plus que satisfaisantes ces prestations sont peut être trop peu en nombre pour délivrer un contenu global équilibré. Concernant les collaborations, excepté Omah Lay, aucune n’affiche de réelles fulgurances. Lil Baby et Central Cee ne sont là que pour leur poids international.

Un peu long à l’écoute et, comme les précédents albums, assez redondant sur la durée, NI est un projet moyen dont on ne ressort pas plus emballé à la fin qu’aux premières notes. Malgré quelques bons points comme les clips, certaines références originales (surprenant pour Ninho), de bons choix de prods ou une intimité plus sincère, Ninho continue de s’engluer dans un créneau très (très) mainstream plutôt fade. Son talent est indéniable mais la manière dont il l’utilise reste à revoir…

NOS MORCEAUX DU MOIS

Relo – « Tandématique »
Malo – « Marni »
JMK$ – « Y’a pas de love »
3arbi – « Roosvelt »
rad cartier – « Cartier Rouge »
Esso Luxueux – « 10 Grammes »
Heuss L’enfoiré – « Saiyan » (ft. Gazo)
Ghetto Phénomène – « Patek » (ft. RAF Camora)
Elten – « Le chant des munitions »
Roshi – « En place »
Gambi – « Nuit éternelle »
Sadek – « Plug » (ft. Nordo)
Benab – « France d’en bas »
TLZ Clan – « Vini »
Decimo – « Même pas » (ft. Diddi Trix)
Karmen – « Nigo »
Kaaris – « Borz Freestyle »
Le Rat Luciano – « Z »
Yung Poor Alo – « Système D »
Mecra – « Haut de gamme »
So La Zone – « Flûte ou guitare »
Esso Luxueux – « Dirty Diana »
Osirus Jack – « Nautilus » (ft. Lesram)
robdbloc – « Pourquoi »
Sadek – « Tata »
AM La Scampia – « Omri »
Zeu – « J’devrais »
Heuss L’enfoiré – « Balavoine »
Le Juiice – « I.A »
Luidji – « Reste en vie »
Nahir – « Périphérique » (ft. Dinos)

Relo – « L’été au quartier » (ft. Gino)
3arbi – « Club »
FAYV – « R48 »
AM La Scampia – « Imsi Catcher »
Esso Luxueux – « Hills »
Ninho – « 25 G »
Gambi – « Mañana »
Jul – « Entrainement »
Farlot – « Fifa Street »
GLK – « 140k »
SAF – « Plavon »
Limsa d’Aulnay – « Tout simplement »
Sadek – « Boulot » (ft. Biga Ranx)
Bimbim – « J’arrive en i » (ft. Kekra & Mister You)
Luidji – « Alexis »
Nahir – « Interlude »
Coelho – « Donner » (ft. Slkrack)
Metah – « Eredivisie »
ISK – « La Mia Vita »
Booba – « Signé »
Janis – « Bonne étoile »
Benab – « A la muerte a la vida »
Araujo – « KM » (ft. Jey Brownie)
Jwles – « Je fais le coq » (ft. Mad Rey)
So La Zone – « Glock » (ft. Bilk & Veazy)
Reda – « Respect »
8ruki – « Nou Ja Sav Sa »
DelaJowy – « La Noche » (ft. Jul)
Zeu – « Cypress Hill »
Heuss L’enfoiré – « BX Land 7 »
Deen Burbigo – « Amour »