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Retour vers Janvier 2024

Fade, assez inintéressant et peu animé, 2023 s’est achevé sur un mois de Décembre à l’opposé du reste de l’année… Chargé, ce dernier a accueillie de beaux projets et a vu les sorties s’enchainer, et on peut en dire de même pour ce premier mois de 2024 qui poursuit dans la même lancée avec des albums d’artistes confirmés ou d’espoirs. Au programme, le très attendu Frères Ennemis de Zola & Koba LaD, le premier album de Lesram, Du peu que j’ai eu, du mieux que j’ai pu, et de So La Zone ou la mixtape Saison 2 de Kerchak. De Houdi à Zola & Koba LaD en passant par Demi Portion ou BEN plg on vous résume tout de suite ce mois de Janvier 2024 !

5 Janvier

Houdi – « HOOD VOLUME 1 » ⛷

Bien que fraichement débarqué dans le rap jeu depuis 2022, Houdi fait partie de ces artistes qui ont connu un ascension fulgurante. Du Freestyle Contest de Dosseh et Freestyle Grünt aux 500k auditeurs mensuelles sur Spotify il n’y a eu (presque) qu’un pas. Enchainant les projets depuis, le rappeur aux lunettes de ski entame 2024 avec une mixtape de 12 titres : HOOD VOLUME 1. Tant du coté des rappeurs que des beatmakers, ce dernier s’est solidement entouré. D’un coté : Ziak, Lesram, Guy2Bezbar, winnterzuko et Dosseh. Derrière les platines : Aeron, Sobek, PushK, Giovanni21k, DJ Bellek, BBP, Boya Blunt, BBP, Pandrezz, Kronomuzik, Nardey, Ryu et Lucci’.

Depuis La Folie des grandeurs Houdi ne cesse de peaufiner sa recette qu’il adapte aux styles qu’il explore. Des morceaux très courts mais toujours dynamiques, avec des refrains autotunés séduisants pour donner envie d’appuyer sur le saint bouton replay. « Nique l’institution, j’sais qu’ils sont pourris jusqu’à l’os, y’en a qu’ont vécu leur première bavure avant première galoche » (sur HLM PARASOL). Si Houdi s’est érigé comme talentueux artisan des hits, c’est aux cotés de Ziak, Guy2Bezbar ou Lesram que ce dernier cherche à montrer qu’il n’a rien à envier aux découpeurs à succès du moment comme sur « 100 » ou « MODE HARDCORE ». Si l’on se penche sur ses sons orientés « hits » et mélodies on retient particulièrement « PEINE », morceau mélancolique aux rythmiques 2step, ou « HOOD », clair hommage au registre G-Funk. « Y’a quasi tout qui va dans ma poche, j’suis le boss des Industry-plant » (sur BELLE CHANSON). Si Houdi s’amusait sur Twitter il y a quelques mois d’une micro polémique l’accusant d’être un Industry-plant (un artiste faussement indépendant financé par un gros label), ce dernier s’en joue non sans ironie, tant par cette phase que par la présence de certains invités en pleine période de succès. Quelques noms nous inspiraient guère pour une collaboration mais ces dernières sont pourtant toutes plutôt réussies, notre préférée restant sans doute « NUAGES » (avec winnterzuko), beau mélange entre l’univers des deux rappeurs. Pour ce qui est du texte, rien de très nouveau. Au milieu de beaucoup d’egotrip on y retrouve  histoires d’amour douloureuses, ses études rapidement stoppées, ses rêves de devenir chanteur qui prennent vie ou quelques phases plus légères.

À l’image de ses prédécesseurs, Houdi nous offre un projet court mais efficace dans son univers très identifiable. Bien que peu séduits par les morceaux trop courts (moins d’un 1:20 c’est un peu léger), l’ensemble s’écoute et se réécoute volontiers. HOOD VOLUME 1 est un projet qui nous fait commencer l’année 2024 de la meilleure des manières !

12 Janvier

Kerchak – « Saison 2 » 🧪

Porte-étendard de la jersey française, Kerchak s’est révélé en 2022 avec le titre « Sabor » qui l’a propulsé sur le devant de la scène. Depuis, le natif de Bois-Colombe n’a cessé de gravir les paliers pour s’imposer comme un artiste assez incontournable. Pour appuyer l’engouement autour de lui, Kerchak revient en ce début d’année avec son deuxième long-format intitulé Saison 2. Bien fourni avec ses 16 titres, ce projet accueille cinq collaborations : Ziak, Dinos, RnBoi, Houdi et Gambi. Coté production on retrouve énormément (pas moins de 30) beatmakers : 256minaj, Allan Zut, Bloody, Boumidjal, BRbeats, Br PRM, CLELIA, DRAYKI®, Franklin, GRKS, Heezy Lee, HoloMobb, Ken & Ryu, Lowonstage, Maximilien Silva, Nadda, Nae, Narcos, Nardey, Ponko, Mezaa, Scar, Seezy, Seny Silva, Shiruken Music, SwyV, Thirtyseven, W et Zeg P.

En 2022 Kerchak publiait son premier projet, Confiance. Réussi dans son ensemble car assez illustratif de son univers unique qui use de la jersey, un style prisé par encore peu d’artistes en France, ce projet était néanmoins un peu problématique. En effet, un sentiment de vu et revu se faisait ressentir et nous avions peur que sa recette soit déjà essoufflée et que son potentiel ne soit pas si grand qu’il en ai l’air… De ce fait nous attendions avec Saison 2 un projet plus diversifié, original et poussé qui montrerait une autre facette de son univers. Ici, le projet est structuré comme une mixtape, soit un enchainement de titres sans réelle colonne vertébrale, mais, nous ne nous attarderons pas sur ce point anecdotique. Ce qui nous intéresse sur ce 16 titres c’est les différentes ambiances délivrées et on peut dire qu’il y en a ! Romantisme envoutant sur « T’aimerais » (avec Ziak), storytelling planant et nostalgique avec « Junior », mélange de drill et de boom-bap sur « Coupé », mélancolie lumineuse/nocturne avec « Mi-Temps » (avec RnBoi), tube dynamique grâce à « Papel » ou « Ferrero » et jersey classique sur « 2006 (Opps qui court) », Kerchak a distillé bon nombre d’ambiances variées et donne à manger à ceux n’étant pas forcément adeptes de jersey. Pluriel dans ses ambiances, Saison 2 l’est aussi dans ses flows avec des performances comme « BigKerch », « Cagoule », « Chargeur » ou le très osé et original « Roule un autre ». Rap rapide, saccadé, chanté ou même chuchoté, Kerchak s’adapte à toutes les prods (plutôt convaincantes) et maitrise tout ce qu’il entreprend. Malgré ces éléments qui font de Saison 2 un projet plaisant, d’autres en font un projet contrasté. Parmi eux, l’écriture. Répétitive et assez facile, cette dernière amène un sentiment de non fulgurance et semble mettre un plafond de verre au dessus de Kerchak. Même s’il varie ses flows et placements nous n’avons pas, une fois le projet fini, pris de véritable claque. Ce point faible n’est pas à négliger même si le travail de production et de direction artistique est poussé et a équilibré la balance… Visuellement la cagoule du 9.2 est appliquée. Les clips sont esthétiques, cohérents et montrent un réel investissement pour amener un plus (on pense notamment au clip de « T’aimerais »).

Bien au dessus de Confiance, et ce en tout point, Saison 2 est un projet appréciable qui s’écoute avec fluidité, qui abrite de belles choses et qui montre une réelle évolution. Contrasté car sans véritable fulgurance qui nous choque, cette mixtape expose aussi ses points faibles et la marge de progression qui lui reste à parcourir… mais quoi de mieux pour avancer dans la bonne direction qu’un projet encourageant comme Saison 2 !

19 Janvier

Lesram – « Du peu que j’ai eu, du mieux que j’ai pu » 😩

Initialement connu pour ses performances au sein des groupes Panama Bende et LTF, Wesh Enfoiré nous offrait de beaux espoirs quant à la suite de la carrière solo de Lesram. Plutôt discret depuis, Du peu que j’ai eu, du mieux que j’ai pu, son premier album, marque la suite de sa discographie sur un 12 titres, accompagné par Josman et PLK. Coté beatmakers on retrouve Elyo, Mehsah, 2K, Tarik Azzouz, Asieux, Junior Alaprod, Rosaliedu38, MYSTR, HoloMobb, Boumidjal, Hologram Lo’ et Perfect Beats.

« Pareils dans l’fond, on s’croit tous un peu spécial, pareil de loin, différents d’près comme des étoiles » (sur Question). L’un des gros points forts de Lesram, au-delà de son excellente condition capillaire, c’est son écriture. Avec des rimes aussi légères à l’oreille qu’efficaces, tout en restant simples à comprendre, le rappeur du Pré rend facilement ses morceaux accrocheurs de par ses textes. « Les aprem’s au Carré en bas d’la tour GP, on refait la Coupe du Monde à la cour d’récré » (sur Aperçu). À travers des phases imagées Lesram alterne entre egotrip et vécu, de la bicrave aux rixes de quartier et violences policières, jusqu’à son enfance turbulente. « C’est basique, c’est classiques comme Wu-Tang Killa Bees » (sur Histoire du quartier). Les références sont multiples, football, cinema, musique, belles voitures… Lesram distille un large panel de ce qui l’a, de près ou de loin, inspiré, et ce avec beaucoup de classe et d’aisance : « Y’a Bubbles qui veut des sous pour acheter sa bière, Moi j’suis sous be-her faut qu’j’m’achète un CBR, Faut pas qu’je finisse éboueur, là, j’commence à bouillir, Avant ils m’écoutaient pas bientôt ils vont tous obéir, Wesh Enfoiré » (sur Mc Nulty). Toutefois Lesram, bien que talentueux comme pas deux, n’est pas exempt de défauts sur ce premier album, et deux spécifiquement contrastent ce projet. Le premier réside dans le choix des prods. Si l’on peut apprécier de belles sonorités auxquelles il nous a habitué avec « Mac Nulty », « Du peu que j’ai eu » ou « Histoire du quartier », on espérait l’entendre rapper sur des sons plus surprenants, plus prenants, et encore plus ambitieux que sur l’excellent Wesh Enfoiré. Pourtant, ce sont des morceaux trop génériques comme « Aperçu » ou « En mode » qui pullulent, allant jusqu’à se demander si certains ne sont pas juste des types beat. Le second est le choix des collaborations. Niveau featuring, si le casting ravira les fans de PLK et Josman, nous n’avons pas été aussi enthousiastes qu’eux. Si on peut y voir une logique envie de s’ouvrir pour se détacher de son image de rappeur de niche, les morceaux sont prévisibles dans la forme et la performance des invités, malgré un petit mieux pour Josman, est anecdotique au possible, donnant l’impression d’avoir entendu ces couplets et refrains des dizaines de fois. Sur deux prods peu alléchantes on s’est un peu ennuyé avec ces deux collab et c’est dommage, surtout après les Alpha Wann et PLK sur Wesh Enfoiré ou même le single avec Osirus Jack. Aussi, l’effet de sentiment mitigé et de rendu contrasté se ressent dans les flows. Si les flows nonchalants ou plus tranchants collent plutôt bien à son rap, son personnage, et ce qu’il incarne, Lesram semble se reposer sur sa maitrise générale du rap, résultant en une ressemblance non fortuite dans ses placements entre les tracks. Sur « Mac Nulty », « Bernabeu » ou « Du peu que j’ai eu » la recette marche, sur « Aperçu » ou « En mode » le résultat est beaucoup moins poussé et apparait comme facile. À l’image de son rap, ses visuels sont esthétiques et bien trouvés. On pense notamment au clip de « Question » qui affiche de beaux plans et qui illustre à merveille tous ses dires et son univers.

Malgré ce sentiment mitigé dû a du très bon comme du moins bon, Du peu que j’ai eu, du mieux que j’ai pu s’écoute facilement est n’apparait pas comme long. Simplement, pour un premier album, on en attendait un peu plus sur certains aspects de la musique de Lesram. Ce dernier est un rappeur plein de qualité qui a donné le sentiment, par moments, de se reposer sur ses acquis ou de trop vouloir lisser son univers si aguicheur. On espère que le prochain opus nous donnera un meilleur sentiment de bonne exploitation de son talent, mais cela ne nous empêchera pas d’écouter celui-ci en attendant !

So La Zone – « De la cellule au château » 🏰

S’il y a un artiste qui nous a marqué ces derniers mois c’est bien So La Zone. Solide dans son univers qu’il a confirmé avec son excellent premier EP La Rue m’a eu, le marseillais attaque l’année 2024 avec une étape importante de sa carrière : son premier album De la cellule au château. Composé de 15 titres (+3 bonus sur l’édition physique), ce projet accueille des collaborations avec Sofiane, Graya, Gotti Maras et Emkal. Coté production Ladjoint est omniprésent mais on retrouve également Belhadj, Kota, LSB et Zak Cosmos.

Natif de La Castellane, So La Zone porte son quartier et la rue à travers sa musique. Impreigné de banditisme, de règlements de comptes sanglants, de drogue, de violence, de police et de prison, cet univers musical n’a en soit rien de bien différent de celui des autres rappeurs, toutefois, So La Zone l’a vécu et le vit encore, et rappe cela avec réalisme et authenticité. Technique dans ses écrits avec des jeux de mots, des assonances et des références, original dans ses sonorités qui abritent de nombreux instruments (guitare, violon, piano, accordéon), le marseillais a tout du profil qui peut faire de vieux os dans le métier. Et justement, cela commence avec ce premier album autour duquel nous avions de grosses attentes. Dès les quatre premiers morceaux qu’on peut nommer « la saga de la prison », So La Zone aborde, grâce à un beau storytelling ses incarcérations, la création de son label Ghetto Child, sa débrouille en cellule ou son entrée dans le rap : « Un label créé en PCS, je signe j’suis même pas encore dehors » (sur Libérable) / « Sixième prison depuis mineur pour moi c’est devenu banal […] J’essaie de nouveaux plats, deux plaques en guise de four, Le matin je descends pas le soir j’m’occupe du four » (sur Transfert). Avec quatre ambiances distinctes qui vont de la garde-à-vue musclée à la libération en passant par son train de vie de taulard, So La Zone soigne bien son entrée dans De la cellule au château en faisant preuve d’originalité et de justesse lyricale. Justesse car le marseillais ne fait simplement que narrer sa vie emplie d’obscurité, d’événements tragiques et de délinquance. Ce coté crapuleux et agité on peut également le retrouver sur des titres comme « Papiers » à la prod symphonique, le puissant « Hasta La Vista » (avec Sofiane), le crépusculaire « C’est nos vies » ou l’entêtante et redoutable outro « Ramène ». Tous très maitrisés, So La Zone excelle et ne fait pas un morceau qui ressemble à un autre. Déjà réussi, cet album tire sa qualité de par les différentes prises de risques et l’envie d’oser. En effet, on peut retrouver des titres comme la mélancolique 2step « Faux frère » à l’écriture moins crapuleuse, les lumineux et ambiançants « Alexandra » (avec Graya) et « Nos vidas » (avec Emkal), l’enivrant « On a zoné » qui aborde la traine (d’où son surnom La Zone) ou les très mélancoliques « Seul » et « D’en bas » qui sont beaucoup plus intimes. Complet, maitrisé, différent, original, juste, De la cellule au château est un album ni trop court ni trop long qui s’écoute facilement et qui affiche une grande solidité dans sa structure. D’ailleurs, les trois morceaux bonus peuvent s’apparenter à un résumé parfait de l’album avec le tragique et pluvieux « Dans ma tête » (avec Graya), le démoniaque « Corbillard » et le plus ensoleillé « Certitude », soit les trois grosses ambiances que l’on note sur ce 18 titres. Pour pousser la chose encore plus loin, So La Zone a aussi livré des visuels divertissants comme le clip de « Libérable » illustré sous format réseaux sociaux ou le livret du format physique qui abrite une carte qui renvoie aux différents thèmes de l’album. Aucun détail n’est négligé, So La Zone sait où il va  et on vous le dit… la direction est bonne !

Avec De la cellule au château So La Zone livre un magnifique premier album et confirme tous les espoirs que nous plaçons en lui. Solide et original dans ses écrits et sonorités, minutieux dans ses visuels authentique, sincère, le marseillais nous a ravi et peut déjà penser à la suite en toutes sérénités. Bravo !

Demi Portion – « Poids Plume » 🥊

« J’suis pas en boucle sur Sky’ pourtant j’ai fait l’Olympia » (sur One Peace). Fort de presque 30 ans d’indépendance dans l’industrie du rap, Demi Portion représente cette scène d’un hip-hop loin des courants les plus à la mode et des attentes d’un grand public. Projet après projet, scène après scène, son succès d’estime n’est pas dû au hasard. C’est avec un album de 15 titres, Poids Plume, que ce dernier se permet de boxer avec de grands artistes : Souffrance, Furax Barbarossa, Rim’K et DJ Rolxxx. Niveau prods on retrouve Demi Portion lui-même, DJ Rolxxx, Mkash, NiD, Itam, Beep Beep et Mehsah.

Avec un « Bonjour » en guise d’introduction, Demi Portion brille dans le style qu’il n’a cessé d’explorer depuis ses débuts : le boom-bap. Rimes affutées, back au son de « Jump » en hommage à Kriss Kross, Demi Portion nous prépare à ce qui forme ce disque : un CD bourré d’hommages, d’auto-références et de rap, sur lequel ce dernier glisse autant qu’il s’amuse. Entre egotrip, style et rap plus intimiste, l’originaire des cités de Sète nous offre un rap aussi sincère et simple que lui, avec son style aussi marqué qu’efficace. « Générosité avec la crise ça n’arrange rien, on peut effacer la famine avec leurs comptes saoudiens ». Nous mentionnions ses auto-références plus haut, « Mon Dico Royal » en est le parfait exemple. Sixième track de cette série étalée sur plusieurs années, ces derniers prennent tous une forme similaire. Une prod puissante mais épurée qui laisse place au texte, durant lequel le Sétois part de différents mots lui inspirant les thèmes du morceau. « Old School, New School : Tricératops » (sur Dans mon délire). Tantôt contemplatif face au monde qui l’entoure, tantôt introspectif, tantôt dans l’autodérision, Demi Portion nous offre un album à la recette maitrisée. Les morceaux sont courts, prenants, avec une dose de sérieux et de questionnements modérée sans tomber dans un pénible et moraliste rap « conscient ». « On glorifie pas le mal, on s’penche que pour prier » (sur 4 couleurs). Demi Portion revendique ses différences comme des forces, son coté non conformiste, authentique de sa musique, ses origines provinciales, son parcours aussi chaotique qu’unique dans et hors de la musique… donnant une dimension humaine plus identifiable pour son public. Avoir « fait le choix entre dealer et le stylo 4 couleurs » à l’issue du morceau se dessine comme la porte de sortie qu’a connu le Sétois, espérant en embarquer d’autres avec lui. Plutôt humble malgré un parcours couronné de succès dans l’indépendance, l’outro « Merci » s’adresse d’ailleurs directement à ces derniers qu’il remercie à travers le tomber de rideau.

Malgré son titre de Poids plume Demi Portion confirme qu’il n’a rien à envier aux poids lourds de l’industrie. Avec un style aux inspirations datées mais assumées, bourré d’hommages en tous genres et à l’univers plus qu’identifié, on ne peut lui souhaiter qu’un succès plus durable que jamais !

26 Janvier

BEN plg – « Dire je t’aime » ❤️

« Du haut d’nos tours éternelles on a acheté un lave-vaisselle, on s’est dit : on a percé » (sur Silhouette des ombres). Voix du prolétariat avec de l’attitude, BEN plg nous avait autant subjugué par sa trilogie des Rap Réalité Musique qu’avec le plus récent J’rêve mieux qu’avant. C’est avec dire je t’aime, son premier album aux 14 titres, qu’on le retrouve aux cotés de Niro, Sofiane Pamart, Georgio, B.B. Jacques et Loud. À ses cotés on retrouve les beatmakers Murer, Le Caméléon, Lowonstage, Lucci’, Sofiane Pamart, DANCE, Cadillac Prod, Paul Steen et Le Chroniqueur Sale.

« J’suis qu’un enfant du paradoxe élevé au Pitch, au Looney Tunes » (sur Silhouette des Ombres). De la cover (qui a divisé sur les réseaux) au titre, on pouvait s’y attendre, BEN plg livre un album assez personnel, introspectif tant avec lui même que sur le milieu où ce dernier a grandi et son impact sur l’humain qu’il est aujourd’hui. L’introduction « Silhouette des Ombres » donne le ton : l’absence de son père biologique, la maladie de sa grand-mère, la précarité dans laquelle il a vécu, son parcours… mais le morceau se conclut par ce qui sera l’un des piliers de l’album : « le bonheur c’est plus que pour les autres ». « Vous aimez pas, bah partez d’là, c’est gris mais y’a plus de charme, on fermera nos gueules quand on aura la preuve que y’a vraiment plus d’espoir » (sur Prochaine fois). Le titre du disque parle de lui-même, si les thèmes ne sont pas tous joyeux BEN plg place malgré tout les émotions et l’espoir de s’en sortir comme fils rouges du projet, le tout en livrant son parcours chaotique. Il y retrace certains passages de sa vie, certaines interrogations ou gènes comme sur « Plus peur du monde » racontant la découverte et les questionnements du nordiste autour de l’amour : « Entre mecs on s’dit pas qu’on s’aime, entre mecs on s’dit pas qu’on souffre » (sur Dire je t’aime). Tabou là où il a grandi, d’autant plus chez les hommes en général, cet album se veut être une ode à l’expression des émotions, de l’amour porté à sa famille et ses amis que BEN plg revendique sans peur du jugement. Si ce dernier a toujours renvoyé l’image d’un rappeur très humain ce n’est pas ce projet qui nous poussera à penser le contraire ! Pour les instrumentales BEN plg reste dans des choix de prods souvent évolutives, puissantes, prenantes dans des registres assez variés qui sortent largement du lot pour rendre son univers plus identifiable. Parmi les featurings certains morceaux sortent du lot dans la forme. On pense particulièrement à « 10h du mat' », un storytelling co-signé par Niro ainsi que « Étoiles et Satellites », un passe-passe partagé par B.B. Jacques. « Mon pote il parlait trop de mourir maintenant il va beaucoup mieux, on parle de devenir vieux, c’est quand même moins douloureux » (sur Faire un album à Marseille).

Dans l’ensemble nous avons adoré cet album où BEN plg a embrassé la folie et l’espoir au nom de la lutte des classes et de l’humanité. Puissant, touchant, sublimé par son excellente plume, le nordiste varie les tons et les sujets tout en restant optimiste pour la suite de sa vie personnelle et professionnelle, malgré un parcours difficile qui l’a forgé. De cet album on retiendra une chose claire : l’importance de dire je t’aime.

Zola & Koba LaD – « Frères Ennemis » 🤝

En froid depuis le début de leurs carrières respectives, Zola et Koba LaD sont aujourd’hui deux des grosses têtes d’affiche de la scène française et bon nombre d’auditeurs attendaient de les voir collaborer tant leurs univers se ressemblent (ou pas). Pour les fans la patience a payée puisque nous avons le droit en ce mois de Janvier, non pas un morceau, mais bien un album commun nommé Frères Ennemis. Composé de 11 titres, cet album n’accueille, logiquement, aucune collaboration. Pour ce qui est de la composition on note 12 beatmakers qui sont Aurélien Mazin, Chapo, Elias, Jolly Roger, Kore, Layte Beats, NASKID, Noxious, Safarian, SHK, XAVii et YamineWav.

Annoncée par surprise lors du Zénith de Zola en novembre 2023, la sortie de cet album commun a fait sensation au sein du rap français. Très attendu, ce projet arrive au bon moment pour Zola & Koba LaD qui sont au sommet commercial et artistique de leurs parcours. Pas trop chargé avec sa dizaine de titres, Frères Ennemis n’était pas forcément un album sur lequel nous nous sommes jeté bien que nous apprécions les deux rappeurs du 9.1, toutefois, nous avions quelques attentes : un projet original qui lie Zola & Koba et qui les amène peut-être sur de nouveaux terrains. Ici Zola & Koba LaD ont livré des titres assez variés, du moins dans leurs ambiances. En effet, on retrouve de la luminosité exotique avec « Temps en temps » ou « Un billet », de la douceur entrainante aux airs de jersey sur « Parano », du rap drip et nocturne avec « C’est non » ou de l’egotrip obscur sur « Aller sans retour ». Seulement, malgré de bonnes prods comme celles de « C’est non » ou « Parano » la majorité des sonorités sont trop basiques et sonnent comme un cliché de leurs univers. Le manque d’explosivité et d’effet de surprise n’est pas rattrapé par les textes ni les placements/variations de flows. Les écrits, sans grande surprise, sont très faciles, peu poussés et leurs thèmes sont sans goût. Concernant les placements, ces derniers sont assez inégaux car on peut noter de belles choses fluides et très efficaces sur « C’est non », « Aller sans retour » ou « Temps en temps » ou d’autres peu emballantes et fades comme « Amiri Jeans » ou « Un billet ». Ce projet est dans son ensemble assez oubliable, contrasté et expose également un écart de niveau entre Zola et Koba. Assez à l’aise et solide sur ses appuies, Zola est souvent un cran au dessus d’un Koba LaD qui semble en difficulté par moments. Leurs deux solos attestent de cela : le solo de Koba est sans saveur, le solo de Zola est original et remarquable. Difficile d’en dire plus en termes de sonorités et de lyrics, on peut noter des visuels assez cohérents avec une cover diamantée et des clips aux ambiances très distinctes (la rue crépusculaire et le soleil du Mexique) qui illustrent bien leurs « moods ».

Trop peu marquant avec seulement quelques bonnes choses, Frères Ennemis n’est en soit pas un mauvais album, juste un 11 titres qui ne nous touche pas, qui semble être là pour maintenir Zola & Koba LaD dans les sorties et qui leur assure un petit coup de buzz. Tout deux plus intéressants en solo, on attend maintenant leurs projets respectifs pour apprécier du bon Zola et du bon Koba. Au suivant !

NOS MORCEAUX DU MOIS

Kerchak – « Mi-temps » (ft. RnBoi)
BEN plg – « Silhouette des Ombres »
Lesram – « Patek chic »
ZKR – « Freestyle 5min #13 »
Houdi – « HOOD »
Gazy MP – « Paname »
Gips – « Prototype »
Stavo – « ETC »
So La Zone – « C’est nos vies »
Zola & Koba LaD – « C’est non »
Demi Portion – « Gangstarr » (ft. Souffrance)
Larry – « Batman »
BEN plg – « 10h du mat » (ft. Niro)
Lesram – « Mac Nulty »
S. Teban – « Hazi Life »
Gambino – « Picoler »
Keuchei – « Position d’attente »

Lamatrix – « Mode Race »
VVES – « Fin de vie »
Lesram – « Bernabeu »
Kerchak – « Saison 2 »
So La Zone – « D’en bas »
Demi Portion – « Mon Dico Royal »
Larry – « 1 pour tous »
TH – « Ovni »
Metah – « Odessa »
Jarod – « Termine 2023 »
Zola & Koba LaD – « Parano »
Houdi – « NUAGES » (ft. winnterzuko)