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Retour vers Février 2024

Au vu du mois de Janvier fort intéressant on peut dire que l’année 2024 commence bien et ce mois de Février nous conforte dans cette idée. Pour ce mois le plus court de l’année on retrouve quantité et qualité avec les retours de ZKR, PLK, S.Pri Noir ou Kalash Criminel. Du second album de Slimka, Le Grand Mystico, à Bon Courage de la cagoule de Sevran en passant par le premier album d’Infinit’, 888, et le projet commun Dany Dan X Kyo Itachi, on vous résume tout de suite ce gros mois de Février !

Février

Slimka – « Le Grand Mystico » 🎪

Slimka maitrise l’art du spectacle, des grandes représentations et de l’inattendu. C’est au coeur d’un album très théâtral que le suisse se met en scène durant 14 titres avec Le Grand Mystico. À ce show répondent à l’invitation Wit., Deen Burbigo, Enchantée Julia, Danitsa, Rounhaa, Makala, Kobo et Moe Damour. En coulisse comptez sur les compositions de Slimka lui-même, Théo Lacroix, Chipeur, Varnish La Piscine, Guish, Sosa Part, Cameliro, TMI, Aymenisdead, Benjay et whatever51.

« Mystico cinq étoiles, c’est moi qui présente » (sur Nouvelle aventure). La seule vision de cette pochette couplée à l’introduction résonne comme une invitation à entrer dans Le Grand Mystico, un monde musical brumeux mais unique régi par un Slimka qui se sent libre, loin de toute contrainte. « À l’écart du troupeau » pour reprendre ses mots, le suisse revendique dans ce disque l’originalité comme une force. Si la cover nous évoquait plutôt un monde nocturne et difforme, à l’image d’un « Étrange Noël de Monsieur Jack », le clip de « Mystico », qui prend place dans un cirque extravagant nous rappelle finalement celle du film « La Monstrueuse Parade » où l’excentricité est maitresse de ce lieu atypique. Déjà réputé pour ses performances scéniques, la volonté de se mettre en scène, d’incarner un personnage iconique, est plus que jamais perceptible, avec des inspirations peu dissimulées si l’on s’en réfère au titre « Moonwalk ». Aux antipodes des sonorités auxquelles le rap français nous a habitué à entendre, ce sont des propositions toutes uniques et identifiables dès les premières secondes de chaque morceau qui nous sont dévoilées. La présence de samples (sur le track 2  par exemple), ou la récurrence d’instruments distincts appuient l’intention des se démarquer sur tous les plans… et c’est réussi ! Pour autant, l’aventure qui nous est rappée rayonne par sa positivité et les ambitions dont Slimka fait preuve. Partageant son ressenti sur l’industrie, ses frustrations, son désir de rendre fier les siens, son impression de « vieillesse »… Slimka se rappe avec aplomb sans s’éparpiller, trouvant un juste équilibre entre egotrip et pensées plus intimes.

Une formule audacieuse et maitrisée, un univers marquant, couplé à sa sincérité, Slimka représente parfaitement la scène rap de Suisse qui ne cesse de briller. Présent au micro et aux prods, ce dernier s’impose comme chef d’orchestre de son album dont il peut être fier, tout en donnant l’occasion à d’autres talents de profiter de sa lumière. Sa musique incarne ce qui manque cruellement à beaucoup d’artistes, faire du son qui ne ressemble pas à celui des autres. Le Grand Mystico est un projet marquant qui ouvre superbement cette année 2024 !

ZKR – « Mode Opératoire Volume 1 » 🧱

Si certains ont dit qu’il n’y avait pas de talent dans le Nord, cette affirmation est aujourd’hui fausse avec une grosse scène qui prend de plus en plus de poids. Au sein de cette scène on note la présence de ZKR, une tête d’affiche qui est solidement imposée. Plus d’un an après la réédition Caméléon+ le roubaisien revient avec une mixtape nommée Mode Opératoire Volume 1. Bien garni comme un pochon de fameux, ce projet de 18 titres accueille un beau casting avec des collaborations aux cotés de WeRenoi, Jul, Zed, Lesram et Freeze Corleone (un feat surprise dévoilé lors de son Zénith de Lille effectué la veille de la sortie du projet). Concernant la production on compte 21 beatmakers : Aeron, Amine D1, AMusicBoy, Awarrmusic, Bankai, DJ Bellek, Haer Beats, HMZ Prod, Lowonstage, Lucci’, Marcelino, OctavOnTheTrack, Raffi Arto, Skillano, Skyz On Da Track, SRK, Stuski, Trois Beats, Vasto, Wallaski et Yahia.

Actif depuis son jeune âge, ZKR s’est révélé en 2018 avec l’excellent « Freestyle 5min #5 » qui a alors fait de lui un artiste très prometteur qui n’aura pas tardé à confirmer avec Dans les mains, son premier album. Très représentatif d’un univers rue, sombre et crapuleux bien maitrisé, cet opus lui a permis d’enchainer très vite avec son deuxième album Caméléon. Avec un public grandissant et un statut qui a grossi à vive allure le roubaisien a néanmoins dû s’ouvrir avec des sonorités plus accessibles et douces et c’est justement là que Mode Opératoire Volume 1 entre en jeu… Teasé par le treizième épisode de sa série « Freestyle 5min », cette mixtape se veut être un retour aux sources, au rap qui met une grosse tape derrière la tête. Ici le rap dur et réaliste quand il s’agit de parler de la crasse de la rue est omniprésent et hormis quelques morceaux lumineux et entraînants, tous sont bruts et puissants. Avec un gros travail de production ZKR se voit alors mit dans d’excellentes conditions pour débiter des écrits référencés et méchants qui mettent en exergue sa belle plume technique qui fait de lui l’un des meilleurs lyricistes actuels – « On est 16 sur un quatre-quarts, dans la même rue y’a quatre fours, les CRS ne viennent que par quatre cars car ici c’est Carrefour, faut pas finir dans l’panier donc ça traine les hnouch même en Twingo quatre phares, Ces sales cafards c’est ça l’placard rencard avec un fantôme qui t’dit je t’aime » (sur Mi-temps au mitard) / « Les gamins innocents sont devenus des caïds, on est des loups on aime les moutons qu’à l’Aïd, des baskets comme oreiller c’est pas confort » (sur 591). Si ZKR frappe fort sur des titres obscurs comme « 591 », « RS11 », « Beterbiev » (avec Freeze Corleone) ou « Verissure » (avec Lesram) il pousse la chose un peu plus loin avec « Ken Block », « Mi-temps au mitard », « Sang merci » ou « Les Aviateurs » qui tournent autour de sonorités plus guerrières, orchestrales ou mélancoliques. Cette multiplicité d’ambiances lui permet alors de varier ses flows et de jouer avec des ponts fluides et des refrains plus « chantonnés » sans jamais quitter son socle peu chaleureux. Si le projet ravira les auditeurs qui souhaitent le voir exercer sur du rap, il pourra aussi combler un autre public qui veut écouter d’autres choses plus animées et lumineuses. Le club « Baby Glock » (avec Jul) ou l’envoutant « Plaque de blé » (avec Zed) correspondent plus à ce deuxième style et permettent alors à ZKR de naviguer avec subtilité entre les genres mais surtout de garder une cohérence avec la direction de la mixtape. Car oui, même si ce projet est une mixtape, on peut quand même noter une certaine structure et cela nous plait ! Visuellement parlant la cohérence est aussi présente avec des clips plus froids, imposants et très travaillés. On pense notamment au court-métrage du « Freestyle 5min #13 » qui résume bien ce qu’on peut retrouver dans les textes tout le long de Mode Opératoire Volume 1. En ce qui concerne les collaborations, ces dernières font toutes le job et s’encrent bien à l’univers imposé par ZKR. Zed et Freeze Corleone sont ceux qui nous ont les plus marqués.

Avec un retour aux sources réussi grâce à un rap technique, rue et sombre maitrisé, ZKR réalise un come-back en trombe et montre qu’il est un artiste incontournable du rap français d’aujourd’hui. Une belle mixtape qui fait plaisir après un second album qui nous avait quelque peu « déçu ». C’est ZKR faudra s’y faire !

PLK – « Chambre 140 Partie 1, 2 & 3 » 🗝

Aussi présent dans le paysage rap que proactif pour surprendre via son inventivité, PLK a dévoilé un 31 titres divisés en 3 parties intitulé Chambre 140. Sur 3 semaines Polak a durant chacune d’elles libéré 11 à 10 titres s’additionnant et formant les parties 1, 2 et 3. Ainsi Chambre 140 (Part. 3) compte 31 morceaux. Gazo, TIF, Hamza, Jul, Alice Belaïdi et Vacra l’accompagnent durant ce voyage. Pour les beatmakers le parisien peut compter sur le soutien de 2K, Bankai, Boumidjal, DJ Elite, Elyo, HoloMobb, Junior Alaprod, LaSource, Lucci’, Mehsah, Nickhel, Pbl, Pinkman, Platiniumwav, Rudynovski et Uraken.

Pour cette revue nous décortiquerons chaque partie individuellement avant de nous pencher sur le résultat dans son entièreté.

Partie 1 : Chaque projet alterne entre morceaux et courtes interludes. Dans ce premier volet, à cause d’une soirée pluvieuse le natif de Clamart se voit contraint de passer la nuit à l’hôtel dans la mystérieuse Chambre 140. Pour ce qui est de la musique ce dernier alterne entre morceaux de kickeur avec « EA7 » ou « Gare du Nord » avant de nous proposer des morceaux diamétralement opposés avec « Ça mène à rien » et « À l’envers » poussant les mélodies. Variant entre egotrip pur aux rimes soignées et quelques morceaux à thèmes comme « La nuit », fresque musicale à l’ambiance nocturne ou « Périph » qui dépeint le quotidien et le vécu de diverses personnes vivant en banlieue parisienne. Les prods nous ont autant séduites que le contenu des morceaux, et les collaborations avec TIF et Gazo sonnent très réussies. En somme, presque un sans faute pour PLK, à qui l’on reprochera tout de même l’usage d’une IA pour le refrain de « Il pleut à Paris » au lieu de faire appel à une vraie chanteuse.

Partie 2 : Introduction similaire mais différente reprenant la thématique de la réservation à l’hôtel, ici dans une ambiance plus détendue amenant à nouveau le rappeur dans la fameuse Chambre 140. Avec un morceau sans refrain PLK attaque ce volume avec un egotrip incisif et précis pour nous mettre directement dans l’ambiance. Plus mélodique aux cotés d’Hamza pour parler de relations charnelles sur « En mieux », suivi d’un titre aux inspirations boom-bap avec « Dangereux », PLK change de registre comme de bedo, allant jusqu’à rapper sur ce qui semble être un sample de Bob l’Éponge sur « Bikini Bottom ». Tout en variant ses flows le parisien rappe sa haine des bleus, son succès, la joie de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille, ses craintes liées à l’amour, ses rencontres… Avec des idées aussi variées que surprenantes le cracheur de feu réussit à nouveau à séduire avec une seconde partie impeccable.

Partie 3 : Accueilli dans un hôtel de luxe, le dernier opus de la trilogie se place majoritairement sous le signe des morceaux aux ambiances douces et estivales avec « Faut pas », « Chouchou » ou « Mon poto » avec tout de même son lot de morceaux rappés et rythmés comme sur « Ça fait longtemps » ou « La vraie vie ». Entre quelques phases d’egotrip PLK partage ses envies de quitter la capitale, la vie dans les quartiers chauds, quelques traces de vie de son enfance et d’amour. Dans la lignée de ses prédécesseurs un 10 titres réussi sur tous les plans. Inutile de paraphraser passons à la vue d’ensemble.

En partant du concept simple d’une nuit dans un hôtel, du moins au plus prestigieux (d’où les * en guise de titre), PLK s’amuse sur des formats courts sans prise de tête. Jouissant d’une grande liberté tant dans les ambiances explorées que pour la forme, Polak s’est fortement appliqué pour proposer 3 projets différents en un, ce qui nous ravi autant que ses fans vu le résultat. On craignait une certaine redondance dans les sonorités ou les choix de la facilité dans les flows et l’écriture mais il n’en n’est rien. Les EPs sont définitivement ce qui réussit le mieux à PLK que l’on encourage à varier les expériences musicales pour la suite !

S.Pri Noir – « La Cour des Miracles » 🕯

Illustré d’un visuel sombre et sobre, S.Pri Noir marque son retour avec un album de 17 titres (dont un bonus) dans La Cour des Miracles. Au programme : Tiakola, Laylow, Nekfeu, Maes, Yseult, Guy2Bezbar, Marj et Dinos (sur le bonus). Chez les beatmakers comptez Twinsmatic, Jim Henderson, Enzo Gabert, Jean Castel, Paul Dumas, MarJ, Diabi, Adam Vadel et Yseult dans l’équipe.

Spécialisé dans les flows autotunés, mélodieux et les refrains séduisants, S.Pri Noir nous délivre un album qui s’écoute et se réécoute aisément. Solidement entouré d’une poignée de beatmakers qui connaissent leurs katas, les productions font parties des gros points forts du projet ! Ce dernier n’hésite cependant pas à rapper lorsqu’il le souhaite, se laissant aller à ce qui l’inspire comme « Bonsoir Paris », « Kawasaki » ou « Jalousie ». « Entre les pleurs, les drames, encore les keufs qui s’baladent, rien qui change comme d’habitude » (sur Bonsoir Paris). Pour ce qui est des sujets de l’album, le fond passe au second plan. Avec un disque aux sonorités entêtantes et aux toplines prenantes S.Pri Noir se concentre plus sur le fait de nous faire bouger la tête. Le parisien nous parle de son train de vie de bicraveur de kilos, de ses billets, de ses armes, de ses fréquentations dans le milieu artistique, de son amour pour les jolies femmes et les marques couteuses. Le tout parsemé de diverses références. Dommage que S.Pri Noir se contante du strict minimum pour ce qui est de l’écriture tant dans le propos que dans les phases dont trop peu sont marquantes. S.Pri nous livre d’ailleurs son désintérêt pour l’amour avec les très élégants : « Elle veut m’avoir pour la vida, mais moi j’la veux pour me vider et j’disparais ensuite » (sur Fentanyl) / « Mon cœur est black, j’crois qu’m’on cœur est dead » (sur Signe) / « Mon cœur a besoin d’une dialyse, mon corps a besoin d’un nichon » (sur La main de Dieu). Plus discrètement, S.Pri Noir glisse quelques phases plus personnelles sur l’absence de son père, la mort de sa mère, sa déscolarisation, ses amis en prison… dans les morceaux « La main de Dieu » et « Les clés du château » : « Ma daronne est dans les cieux, j’ai pas d’autres choix que d’les scier » (sur Les clés du château). Dommage de n’avoir que peu développé les idées les plus intéressantes. Une question persiste tout de même, malgré plusieurs écoutes de l’album, que représente La Cour des Miracles, qui est pourtant le nom du projet ? Hormis le titre éponyme en featuring avec Nekfeu cette idée ne revient pas une fois sur 17 titres. Aucun lieu n’est spécifiquement mis en avant, à moins que l’on comptabilise les packs « Porte St-Denis », « Cour Ste-Catherine » et « Fougères » vendus entre 55 et 70€ sur le site du merchandising officiel. Mais concrètement le CD n’a aucun fil conducteur si ce n’est que les morceaux sonnent plutôt bien ensemble et que S.Pri Noir y parle régulièrement de drogue. Cela donne l’impression d’écouter une grosse playlist ou une mixtape qu’un vrai projet construit.

Dans l’ensemble la formule proposée reste celle d’un blockbuster du rap simple mais réussi auquel S.Pri Noir nous a habitué sur ses formats, à savoir alterner entre rap et mélodies. Ajoutez à ça quelques gros feats, la présence de Nekfeu et des morceaux enivrants, et le tour est joué. Dommage que le parisien se soit contenté du strict minimum par peur de sortir de sa zone de confort, l’inverse aurait sans doute été plus judicieux et plus intéressant, même si on ne doute pas qu’il ravira ses fans.

Février

Dany Dan & Kyo Itachi – « Pièces montées » 🐐

Depuis leur collaboration sur « César » issu de l’album Solide, Dany Dan & Kyo Itachi annonçaient un match retour prometteur. Ce dernier a pris la forme d’un album commun de 14 titres nommé Pièces montées. Au programme, Freeze Corleone, Alonzo et IZAYA en featuring. Sans surprise, ce dernier est intégralement produit par Kyo Itachi.

« Les gens attendent d’entendre c’que j’ai pu m’extirper du bide, Kyo met le rythme et je scribe, ainsi j’écris ma bible » (sur Maitre des lettres). L’alchimie découlant de la rencontre entre les deux férus de musique apparait comme une évidence. D’un coté Dany Dan, légende du rap français tant en solo qu’en groupe, spécialiste des multisyllabiques, des freestyles, des phases très imagées et des placements. N’ayant jamais cherché à s’adapter aux modes, les prods au style boombapesque ont ainsi formé son inséparable duo sur la route du hip-hop français. De l’autre Kyo Itachi, beatmaker de renom, amateur de musiques en tous genres ayant travaillé aux cotés d’artistes internationaux comme Nekfeu, Lucio Bukowski, Joe Lucazz, Sean Price, Big Twins… Ce dernier s’est spécialisé dans la réalisation de morceaux boom-bap avec une passion non dissimulée pour le sampling que l’on retrouve sur ses multiples projets. « Pop est frais comme de l’or trouvé au bord d’une rivière, finir en lingot mon sort ou je resterais poussière » (sur Comme ça). Le résultat : 14 morceaux où l’on peut profiter d’un Dany Dan rayonnant sur des prods sur mesure. Toujours fidèle à ses influences et son identité musicale, toutes deux bien ancrées dans les ambiances d’un rap des années 90, ce projet est l’occasion, pour tous les auditeurs d’y trouver leur compte. Les plus anciens se feront une joie d’entendre le Pop Dan dans son élément, toujours porté par son phrasé légendaire, qui en profitera à plusieurs reprises pour narrer l’histoire du Hip-Hop, de sa carrière en tant que rappeur et auditeur comme sur « Place Haute/Explosion ». Entendre les noms MTV, Rap City, Lionel D, Dee Nasty, suscitera sans doute une vague de nostalgie chez certains ! Pour les plus jeunes ce style de boom-bap aux sonorités neuves est l’occasion de découvrir ce registre, notamment via la connexion avec Freeze Corleone ou le plus accessible feat avec Alonzo. Qui sait, certains seront peut-être tentés de se lancer dans la discographie de Dany Dan ou des Sages Poètes de la Rue ? Dans l’ensemble le Dan s’amuse. Entre morceaux sans refrain sur « Comme ça », racontant sa jeunesse et ses ambitions sur « Otage » ou avec le storytelling d’une histoire d’amour sur « Défâche-toi », c’est un rap sans concessions aux influences marquées qui nous est offert pour notre plus grand plaisir !

Difficile d’épiloguer pour décrire Pièces montées, il fait partie de ces disques qui s’écoutent plus qu’ils ne se décrivent. Dany Dan & Kyo Itachi livrent d’excellentes performances pour permettre à leur duo de briller plus encore. Les deux musiciens n’ont plus grand chose à prouver de leur talent respectif, que l’on vous invite à découvrir à travers leur long parcours dans la musique !

16 Février

Infinit’ – « 888 » 💙

Hormis quelques apparitions en featuring Infinit’ s’est fait plutôt discret après la sortie de son album Ma Vie Est Un Film II en 2020. Le niçois a pris le temps de confectionner un nouvel opus intitulé 888. Chiffre important pour lui, Infinit’ a livré 15 titres accompagné de 3010, Veust, Alpha Wann et Rim’K. Chez les beatmakers l’équipe se compose de JayJay, Selman, Maker Ben Becher, Hologram Lo’, Fausto Maccario, LamaOnTheBeat, Monomite et Yebü.

Avec Ma Vie Est Un Film II, son précédent projet, Infinit’ a, au-dela des collaborations avec Alpha Wann, touché un public plus large grâce à son écriture parsemée de multisyllabiques, de phases imagées et d’egotrip, renvoyant l’image d’un rappeur plutôt scolaire ne racontant cependant pas grand chose hors de son palmarès sexuel et de son rapport à la drogue. Avec 888 le niçois semble vouloir se détacher de l’image dont l’a affublé son dernier album… Du choix des prods, beaucoup plus calmes, lentes, aux flows plus doux, nonchalants, à la présence de samples et d’autotune bien plus marquée comme sur « Contact », morceau à l’ambiance presque R’n’B. Le niçois prend un virage à 180° sur la forme pour mieux surprendre. Si ce dernier multiplie les tentatives pour ne pas s’enfermer dans son créneau aux yeux de son public fraîchement élargi, l’ensemble est plutôt réussi, bien que quelques passages nous fassent grincer des dents. Du coté positif on note l’excellent passe-passe sur « Mathématiques » aux cotés de 3010, le solo de Veust sur « Fitness Park » ou « Contact » morceau loveur qu’on mentionnait plus tôt. Infinit’ maintient ce qui fait son style dans les rimes, l’insolence, les doubles sens, les phases plus second degré et ce qui s’ensuit, tout en sortant de sa zone sur la forme. « Y’a pas longtemps ils m’jetaient d’la Seine, aujourd’hui la salle est pleine » (sur Intro 888). Toujours loin d’être intimiste, Infinit’ livre quelques aspects qui parsèment sa vie à travers certaines phases et thématiques : le récent agrandissement de son public, « Dictionnaire » qui dévoile une partie des expressions et de la vie dans son Sud-Est ou « Tous les gens » dédié à ses proches hors du commun. Cependant, au vu des accusations énoncées à son encontre il y a quelques mois sur les réseaux sociaux certaines phases résonnent pour leur double sens aussi cynique que questionnable dans la forme : « Imagine que tu la claques, que sa tête tape violemment contre le coin de la table, qu’elle tombe dans les vapes » (sur Imagine). Le morceau se veut être un storytelling d’un jeune victime de discrimination à l’embauche, déprécié par ses parents, enchainant les galères, aimant de moins en moins sa copine jusqu’à la tromper, et lorsque celle-ci lui envoie les preuves à la figure, ce dernier la frappe. Mis à part légitimer les inexcusables violences conjugales selon un contexte, difficile de « comprendre » le sens de ce passage. Le morceau se veut être l’histoire d’un jeune dont le racisme et les souffrances constantes finissent par le rendre fou, mais ce passage a suffi à nous sortir du morceau car complètement hors propos.

Dans l’ensemble 888 est un projet correct. Si toutes les prises de risque ne nous ont pas séduit, on salue tout de même les tentatives d’Infinit’ pour se renouveler. Les quelques phases douteuses et le manque de fond nous lassent un peu car le niçois n’a plus vraiment à prouver qu’il sait rapper vu sa discographie. À voir ce que ce dernier prépare pour la suite !

WeRenoi – « Pyramide » 🔱

Grande révélation de 2023, au point d’être le plus gros vendeur d’album en France l’année dernière, WeRenoi n’aura pas tardé à enchainer après son premier album Carré. Suite au deuxième volume de son EP Telegram le montreuillois revient en ce mois de février avec son second album Pyramide. Bien chargé avec ses 17 titres, ce projet accueille un casting de choix avec la présence de Damso, SDM, Aya Nakamura, Hamza, Maes et SCH. Comme sur Carré WeRenoi s’est bien entouré avec une grosse équipe de 14 beatmakers : 2K, A.L.V Beats, Barbe Noire, BBP, Break Frappe Game, Floow On The Track, Gancho, Hoagan, IMAN, Le Marabout, Masta, Noxious, RJacks et Wild MT.

« Pyramide c’est du doggystyle, Carré c’était que les préliminaires » (sur Téléphérique). Dès ses débuts en 2021 avec le single « Guadalajara » nous le savions, WeRenoi n’est pas un rappeur comme les autres et son succès était une évidence… Avec son excellent premier album Carré le natif du 9.3 a confirmé nos dires et a explosé en devenant la coqueluche des charts et l’artiste que ses pairs veulent en feat. Avec un univers obscur, nonchalant dans les flows, imposant et méchant dans les sonorités, mais surtout travaillé dans ses écrits, WeRenoi est un véritable vent de fraicheur sur le rap français. Logiquement nous attendions avec impatience son nouvel album, non pas pour confirmer, ce qu’il a déjà bien fait avec Carré, mais pour voir si sa recette ne s’essoufflerait pas… et on vous le dit, cette dernière est toujours aussi efficace ! En effet, sur Pyramide on retrouve bon nombre de morceaux qui font sa force comme « Intro Morphée », « Téléphérique » ou « Animal » aux prods nocturnes entraînantes qui ne quittent jamais son socle ténébreux mais qui lui permettent de placer des flows minutieux tantôt rappés tantôt chantés et de bien construire ses titres. Très en phase avec les instrumentales WeRenoi a ici poussé encore un peu plus son écriture pour lacher des punchlines qui prouvent que au-delà de ses flows assez novateurs il possède également une plume digne des meilleures de sa scène – « J’ai toujours pas quitté le périphérique, Toujours en gros gamos stratosphérique, Cendrillon veut monter dans mon beau carrosse quand je péte ma Garo’ donc c’est pas féerique » (sur Téléphérique) / « Même quand t’as versé le sang y’a que la prière qui fait la serpillère […] J’me pointe avec grosse pointure, ceux qui visent au-dessus de la ceinture, J’arrive en Picasso pour refaire la peinture » (sur Picasso). Si WeRenoi a ici ravi en terme d’écriture et a prouvé que le succès ne l’a déjà pas ramolli (au contraire de beaucoup d’artistes), ce dernier a voulu aller plus loin en s’ouvrant un peu plus. Mais attention, ces ouvertures sont faites avec subtilité pour ne pas déroger à son cadre. Ici on peut noter des morceaux comme « Dans un verre » (avec SDM), « Chaleur » (avec Aya Nakamura) ou « Location » qui adoptent des sonorités plus accessibles (avec des éléments typiques de son univers comme les basses profondes) et qui lui permettent de pousser la chansonnette avec un timbre de voix différent. D’ailleurs ce timbre différent est notable sur le refrain de « Pyramide » (avec Damso). Des titres comme « Je suis en moto » avec sa prod guerrière et ses répétitions ou le mélancolique « Location » ne peuvent pas nous laisser insensible et attestent une réelle envie de pousser la chose plus loin. Très performant et efficace, Pyramide abrite néanmoins quelques longueurs avec deux/trois morceaux plus « basiques » et similaires, toutefois, rien d’alarmant, et puis nous n’allons pas reprocher à un rappeur comme WeRenoi qui nous livre ce que nous attendons du rap français de faire preuve de petites facilités. En ce qui concerne les invités ces derniers amènent leurs touches et poussent WeRenoi à aller sur d’autres terrains (on pense notamment à SDM, Damso et Aya Nakamura). Si la connexion avec Hamza semble un peu forcée tout en faisant le job, celle avec Maes et SCH n’amène pas grand chose et est la plus décevante. Question visuels on retrouve des grosses voitures, de l’argent, des armes, des femmes, le tout avec beaucoup d’esthétique… de quoi bien imager un univers maitrisé de A à Z.

Solide, performant, complet, original et bien rappé, Pyramide est un très bon album qui atteste du grand talent de WeRenoi et qui lui permet de continuer de bombarder à 300 sur la route du succès. Un artiste qui nous fait plaisir et qui n’est pas prêt de s’essouffler !

23 Février

Kalash Criminel – « Bon Courage » 😤

À force de projets et de persévérance Kalash Criminel s’est imposé comme l’une des cagoules incontournables du rap français. Spécialiste de la trap, ce dernier n’a cessé d’affiner son écriture et ses choix de prods (et de pochettes) depuis La Fosse aux Lions. Avec Bon Courage le sevranais dévoile un 17 titres accompagné de Freeze Corleone, Josman et La Fève. En guise de beatmakers comptez sur la présence d’Ozhora Miyagi, Batgame, Grand Prêtre, Pass Tuner, Tarik Azzouz, Mbengi Beats, DJ Wiwi’x, Trill Mango, Saciri Dreni, Stef Becker, Geenaro, Ghana Beats, Backwood, Dunia, Kalash Criminel, Teetof, Lyele, Twxntytwo, LENYZ et Smokwills.

« J’vais m’faire des sous sur les gens qu’j’aime pas comme le fait Bolloré, fuck Vincent Bolloré » (sur LE MONDE EST PETIT ET DIEU EST GRAND). Au fil des projets la cagoule la plus célèbre du 9.3 a perfectionnée son style : phases brutes, provocatrices et insolentes, couplées à diverses références à l’actualité politique, particulièrement sur certains pays d’Afrique victimes de leur instabilité gouvernementale : « J’arrive comme les coups d’états au Mali, en Guinée, au Burkina, au Niger, la sauvagerie dans les gènes, merci et respect à l’Algérie pour la vengeance de Lumumba » (sur CŒUR BLANC COMME JUL) / « L’occident condamne la Russie mais condamne pas le Rwanda » (sur NGANNOU SANS BOBBY). Même à travers quelques phases drôles, les thèmes, ou via les samples de Nadine Morano dans l’excellent « AMI NOIR », le sevranais varie les sujets tout comme le ton, quelque chose qui manque beaucoup au rap français actuel : « Même pour élire le délégué de classe Crimi n’a jamais voté » (sur T’ES PAS D’LA FAMILLE). Cependant, le découpeur porte quelques incohérences sur ce projet. D’un coté Kalash Criminel se veut porteur d’antiracisme, d’unité, dans cet album. Il dénonce l’hypocrisie des États-Unis dans « LE RECRUTEMENT DE BEN LADEN », les conséquences du colonialisme, l’influence de l’occident sur certains pays d’Afrique, la corruption, le racisme systémique, le tout en portant la voix de divers massacres et génocides en cours de manière lucide. Bref, il se place du coté des oppressés. De l’autre quelle déception de le voir reprendre les idéaux de l’extrême droite aux cotés de Freeze Corleone sur « ENCORE LES PROBLEMES » : « Voir des hommes enceintes c’est ça qu’ils appellent le progressisme ». Même si cela est là pour choquer (une chose importante dans le rap), nous avons un peu de mal à saisir pourquoi cette attaque gratuite envers une communauté sur un sujet qu’il semble totalement méconnaitre, le tout, au coeur d’un disque où Kalash Criminel s’érige en promoteur du vivre ensemble et défenseur des oppressés du système. Le sevranais a tenté de jouer la provocation pour faire parler de lui mais cette stratégie est hélas aussi peu profonde que médiocre soyons honnête. Si « les twittos sont prêts à vendre leurs mères pour dix-milles RT » que dire des rappeurs qui s’affilient aux idées des fachos pour à peine 5000 ventes en première semaine ? Au-delà de ça, l’excellente pochette signée Fifou (comme d’hab), et divers styles de prods portent cet album. Laissant souvent la place au trappeur que l’on connait bien sur « VIENS QUE J’TE FRAPPE » ou « T’ES PAS D’LA FAMILLE », parfois à la mélancolie avec « FALLAIT M’LE DIRE AVANT » et « KISS & FLY », jusqu’à s’offrir certaines libertés sur l’instrumentale unique de « YEMEN PT. 1 » ou sur « SAUVAGERIE RADIO », mis en scène sous le format d’une session freestyle. Enfin, la présence de certaines voix emblématiques du rap français en guise d’interludes nous intriguent, comme celles de Lino sur l’introduction du projet, Akhenaton sur l’outro ou encore la journaliste Juliette Fievet sur « YEMEN PT. 1 » ! Ce dernier profite d’ailleurs de la présence de Mehdi Maïzi sur le disque pour annoncer que Bon Courage s’agit d’un double album dont on ignore pour l’instant la date de sortie de la suite.

Bon Courage est déjà l’un de nos albums préférés de cette année 2024. Excellement produit et écrit, Kalsh Criminel conserve sa formule qu’il affine à nouveau pour aborder plus en détails les sujets de société qui lui tenaient le plus à coeur. Nous n’avons qu’une hâte, découvrir ce que nous réserve ce double-album !

NOS MORCEAUX DU MOIS

TH – « Ovni »
Kalash Criminel – « Ami Noir »
Lamatrix – « Mode Race »
Booba – « 6G »
PLK – « La Nuit »
ZKR – « Plaque de blé » (ft. Zed)
H.LA DROGUE – « Seklenland 9 »
La Plaie – « En Méchant »
S.Pri Noir – « La main de Dieu »
H JeuneCrack & Mairo – « Fast Learner »
WeRenoi – « Location »
Infinit’ – « Tous les gens »
Gips – « Gout Banana »
OG Gold – « F.A.D »
Dany Dan & Kyo Itachi – « Comme ça »
Sazamyzy – « Boss Life » (ft. Enima)
Skima – « MVP »
Keuchei – « Crapuleux » (ft. Fresh LaDouille)
3arbi – « La Zip & La Zik » (ft. Diddi Trix)
Bekar – « Plus fort »
Malo – « Pas de semblant »
Mitch Ladrogua – « Staya »

ZKR – « Mode Opératoire »
Booba – « Dolce Camara » (ft. SDM)
Sasso – « Livraison » (ft. MIG)
Infinit’ – « Mc Gregor » (ft. Rim’K & Alpha Wann)
Mac Tyer – « Derrière tout ça »
WeRenoi – « Animal »
Zbig – « Zbigopaïne #7 »
Skefre – « Trapuleux #3 »
Gips – « J’suis bien »
ZKR – « 591 »
Blasko – « Panenka »
La MG – « Promis »
PLK – « Dangereux »
WeRenoi – « Téléphérique »
Dany Dan & Kyo Itachi – « Crypto Cash » (ft. Freeze Corleone)
Bu$hi – « What We Doing » (ft. Quavo)
Gambino – « Street »
S-Pion – « Feu »
Kalash Criminel – « Fallait m’le dire avant »
2 Mètres – « CHOISIS » (ft. Elh Kmer)