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Retour vers Avril 2024

Ramadan fini, le rap français peut désormais reprendre son rythme effréné des sorties. Après un mois de Mars discret qui nous a quand même offert de beaux projets (on pense notamment à La Vie de Tyler d’Hatik), c’est un Avril chargé que nous avons vécu. Têtes d’affiche avec Green Montana, espoirs comme Kpri et Ratu$ ou petits affamés comme Nevon, Gal ou le Tipi Mobb… nos artistes ont fourni leur meilleurs charbons. De Saudade, le troisième album de Green Montana, au retour de Wit. en passant par Kpri ou Ratu$ et son TTMS Vol. 3, on vous résume tout de suite ce quatrième mois de 2024 !

5 Avril

Green Montana – « Saudade » 🐍

Très actif depuis son arrivée au 92i, Green Montana s’est démarqué dans le paysage du rap francophone par le biais de ses mélodies. Spécialiste des titres courts et autotunés, ce dernier nous en dévoile pas moins de 18 sur Saudade. Initialement cachés sur les plateformes, on le retrouve en compagnie de Josman, Tiakola, Isha, SDM et Théodore (pas le Youtubeur). Coté productions on retrouve Koji, Nomaalaprod, Epon, SpeedCross, Drayki, Pinkman, Genius On The Track, Myth Syzer, Wladimir Pariente, 6AM, Choko, Puch’K, SHK, Yung Pha, Anybxdy, Ephès, The9AM, Lones, Evi Beats, Kev 117, Shiruken Music, Benjay, Dany Synthé, SPN Beats, Naoni, P2wider et IMAN.

Green Montana conserve sa formule usuelle sur Saudade. Ici de nombreux morceaux, tous (très) courts, où les mélodies sont particulièrement mises en avant. Le belge choisit de peu articuler sur des thèmes simples (du mumble rap en gros), d’écrire des couplets assez courts, souvent un seul par titre, qu’il vient caler entre deux refrains. Le tout très poussé par l’autotune. Evidemment, pour compenser Greenzer s’est fait maitre des toplines entêtantes d’autant plus efficaces car on compte plus de refrains que de couplets sur la plupart des morceaux. Peut-être même sur tout le projet d’ailleurs. Avec des morceaux tantôt doux comme « bissap », « phileas fogg », tantot rythmés comme « ishtar » ou « oseille mon amour », tantôt plus sombres comme « inspecteur gadget » ou « dashboard »… le belge s’efforce de proposer une palette variée malgré un registre initialement assez limité. Certains résultats sont surprenant tel que le prenant featuring avec Isha que nous avons beaucoup apprécié. Belle transition pour parler des collaborations, cachées sur les plateformes pour mieux surprendre les auditeurs. L’idée était simple et réussie surtout celle aux cotés de Théodore qui a bien pris de notre coté. Au niveau des thèmes Green nous propose ce qu’on appelle du rap Blockbuster. Pas grand chose de transcendant dans le fond, ce dernier compte sur sa voix, les prods puis les mélodies pour transporter les auditeurs. Mélancolie et douceur viennent vous bercer sur ce projet. Au programme comptez tout de même sur les gros bolides, de grosses marques, de belles sommes, quelques relations charnelles et sur les opiacés qui seront de la partie. Green Montana évoque brièvement des idées de trahison, de solitude ou de cicatrices sur « ishtar », « bissap », « bank »… et d’autres morceaux, mais rien n’est développé donc tout cela reste assez secondaire. On sait bien qu’il n’est pas un grand lyriciste (et ce n’est pas ce qu’on lui demande), mais nous n’aurons pas grand chose à retenir de ce coté. L’ensemble du projet colle néanmoins au sens du mot « Saudade », c’est à dire à un mélange de mélancolie, de songeries, et d’un bonheur non-défini. Si dans l’ensemble la formule fonctionne, nous sommes restés sceptiques quant à ce projet. Si l’on peut difficilement nier le progrès global des mélodies, toutes plus prenantes que les autres, ou le choix des prods, réussies dans la globalité, la formule des morceaux n’a quasiment pas évolué, rendant la plupart des morceaux très (trop) prévisibles : refrain, couplet, refrain. Le tout en moins de 2 minutes, et ce, sur plus de la moitié du projet. Si on ne doute pas que le belge usera de cette formule jusqu’à l’épuiser tant que son public l’appréciera, disons que nous sommes bien moins réceptifs à cette dernière gage du choix de la facilité et d’une certaine paresse. L’avantage c’est qu’au moins son public n’aura pas besoin d’utiliser la fonction speed-up de Spotify très souvent !

Dans l’ensemble Saudade reste un projet réussi, peut-être même le meilleur de ceux sortis par Green Montana. Cependant, à nos oreilles, une suite de projets aux tracks très courts, aux sonorités très semblables, et aux formats trop similaires nous renvoient l’impression d’un rappeur aux possibilités limitées. Les formats longs ne semblent définitivement pas convenir à ce que propose Green puisque cela met en avant ses limites plus que ses qualités, ce qui, selon nous, lui dessert. Nous saluons tout de même le projet qui se démarque de la plupart des propositions artistiques des têtes d’affiche !

12 Avril

KPRI – « 2002 » 🏎

Tout comme les autres membres de son groupe LYONZON, Kpri a pris son envole en solo et compte aujourd’hui plusieurs projets à son actif qui ont fait de lui un artiste reconnu des fans de rap français. Deux ans après le troisième volume de sa Kpri Tape le lyonnais est de retour avec un 12 titres (sorti par surprise) nommé 2002. Ici aucune collaboration et une équipe de compositeurs restreinte avec la présence d’Amine Farsi, amne (son frère), Anybxdy, Jwel, Meel B et Zalmad. La cover est elle assurée par Graphyali et Heymes.

Depuis ses débuts Kpri s’est toujours efforcé de proposer une musique qui se rapproche de l’univers de son collectif, LYONZON, tout en y incorporant sa touche. Cette touche est son timbre de voix qui sonne comme juvénile, des prods qui peuvent aller du old-school (boom-bap) au plus moderne (drill, trap) et des interludes originales qui donnent une certaine cohérence à ses projets (on pense notamment à l’interlude de la Kpri Tape Vol. 2). De ce fait le lyonnais a su marquer les esprits et se positionner comme un profil intéressant qui ne s’est pas contenté de reproduire ce qu’il faisait en groupe. Sur 2002 Kpri a passé un nouveau cap dans sa carrière en proposant une ambiance inédite pour lui… Ici, et grâce à la patte de son frère amne, Kpri s’attaque aux prods guerrières et digitales à la Call Of Duty qui nous rappellent un certain Irko… Mi dans de parfaites conditions, le lyonnais use alors de sa polyvalence pour naviguer sur cette « WARFARE MUSIC » et distiller des ambiances variées qui ne dérogent jamais au socle. Pression sur « TROPHÉES », puissance et énergie avec « MACRO », obscurité sur « RENTABLE » et mood nocturne avec « L.C.E », le sujet est maitrisé et il ne reste qu’à piocher pour se satisfaire. Aussi, on peut noter un rayon de soleil avec « INTERLUDE (2002) » mais surtout avec le très surprenant « CUISINE » qui a tout pour retourner les clubs cet été. Avec cette diversité d’atmosphère Kpri marque nos esprits (et nos oreilles) et montre que son potentiel a encore une grande marge de progression. Concernant les écrits on retrouve des choses assez classiques comme la drogue, l’argent, le trafic, la police, la violence, les rapports charnels… Si ces derniers, bien que travaillés, ne sautent pas aux yeux comme particulièrement originaux, les flows de Kpri, qui passent de la nonchalance au kickage furtif en passant par des moments de chants fluides et autotunés, amènent un sentiment de limpidité qui accentue sa singularité. Cohérent de bout en bout sans avoir besoin de collaborations pour se démarquer, 2002 est également bien illustré avec une cover sobre et des clips très en phase avec ses dires et sonorités.

Complet, plaisant, original et nouveau pour son univers, 2002 est un projet solide qui nous pousse à considérer Kpri comme un artiste au grand potentiel et capable de s’adapter à des choses nouvelles pour avancer. Un 12 titres à streamer qui marque notre début d’année 2024 !

Nevon – « Dans les yeux Part. 1 » 👁

Un an auparavant nous découvrions Nevon, un rappeur originaire de Belfort installé en région parisienne. Son premier format, Nuit Blanche, nous emmenait en balade nocturne à la découverte de ses peines et des cicatrices l’ayant forgé à travers des couplets incisifs et des refrains tant mélancoliques que mélodiques. Ce dernier revient avec Dans les yeux (Part. 1), un premier volume composé de 4 titres, nous replongeant directement dans des ambiances nocturnes dont lui seul possède le secret. Avec Monsieur Dioni en featuring, on note Nevon en auto-production ainsi que Deast Beats et Cayver Beats.

« Heureusement qu’j’suis pas né gosse de riche, rien à perdre tout à gagner quand on part de rien » (sur EX PAUVRE). Porté par sa voix rauque et la détermination d’un futur ex-pauvre, Nevon se livre sur ce qui rythme son quotidien depuis quelques années maintenant. Au cœur de ces 4 titres il y raconte son rapport à l’argent, ses introspections, son coté distant malgré sa volonté de combler les besoins de ses proches et ses relations avec le sexe opposé. L’ambiance nocturne générale couplée à des morceaux rythmés, avec une ambiance de fin de soirée particulièrement perceptible sur « L’ARGENT, LE SEXE, LA CALI » permet à Nevon de se livrer sur une formule prenante et sincère. « Rien à foutre qu’ils pensent que j’suis un bon, c’est à travers les fautes que j’suis devenu un homme » (sur ESSUIE TES LARMES).

Bien qu’assez courte, cette première partie continue sur la lancé de Nuit Blanche dévoilant un peu plus d’éléments sur un rappeur en pleine quête d’identité, de réponses, accompagné par sa volonté d’offrir à son entourage une sécurité matérielle qu’il n’a pas eu plus jeune. Il nous tarde de voir ce que la partie suivante nous réserve !

19 Avril

Tipi Mobb – « Vilaine Ride » 👀

« Faut qu’j’taffe les bras les jambes, que j’écrive ma légende, Zin, dehors y’en a qui se s’butent pour des sommes même pas alléchantes » (sur TRAINING DAY). Au rythme d’un projet par an, le Tipi Mobb ne cesse de se surpasser pour s’imposer comme un groupe puissant du rap français. Avec Vilaine Ride et ses 7 titres difficile de donner tord à Ya$$ et Don K sur leurs qualités rapologiques. À leurs cotés on retrouve 3.14, la 6este et OG Kedy.

« Déjà j’le fais ton vieux taff de merde, en plus faudrait que j’arrive en avance ? » (sur BOOTY LOW RIDER). Avec leurs styles complémentaires les deux MC découpent, couplet après couplet, naviguant entre egotrip puissant et insolence tout en partageant leurs ambitions et leurs doutes. Si Ya$$ s’amuse entre audace, autodérision et quelques phases qui ne ratent pas pour décrocher un sourire, Don K se fait virtuose dans le domaine des références et du namedropping par ses séries de rimes toujours bien imagées. « Si l’rap ça marche pas j’irai vendre de la poudre aux enfants d’Delahousse » (sur TRAINING DAY). Si le doute semblait plutôt freiner les deux comparses c’est désormais un carburant puissant qui alimente leur machine. Fini les questions incessantes place à la rime ! Les membres du Tipi maitrisent leur kata, et comme pour se challenger, Ya$$ et Don K n’hésitent pas à se mettre à l’épreuve en solo même lors de leurs projets en duo avec « DE + EN + FAIM » et « BON TRAVAIL ». « Futur nouveau riche, pour l’instant j’tourne au riz » (sur FLY À MTL COMME NOSEK). Plutôt hétérogène dans les ambiances, les morceaux tels que « BOOTY LOW RIDER » ou « MVP CANDIDAT » dévoilent des prods puissantes qui laissent les rennais cracher leur feu. De l’autre, certaines sonorités plus douces comme sur « PEGI 18 » ou « FLY À MTL COMME NOSEK » laissent place à des morceaux à thèmes, dont celui des relations amoureuses et charnelles, voir à certains temps plus introspectifs avec l’outro du projet.

Du choix des prods aux flows plus assurés, le Tipi Mobb nous offre un projet parfait pour la « vilaine ride ». Ya$$ et Don K ne cessent de progresser tout en ne cessant de diversifier la forme de leurs morceaux. Avec un superbe casting d’invités  ce projet risque de tourner quelques temps de notre coté !

24 Avril

Gal – « JeuneBeurDeLaFontaine (vol. 1) » 🗞

Nous l’avions découvert sur « Mafioso » puis « Frigo Plein » en compagnie des rappeurs L’Don et PAPI TeddyBear il y a quelques mois. Aujourd’hui c’est sur son premier projet solo que nous (re)découvrons Gal avec JeuneBeurDeLaFontaine (vol. 1). Si nous en savons peu sur lui ce projet est l’occasion d’en apprendre plus sur ce rookie du rap français ! Le temps de 7 titres on retrouve ce dernier à l’écriture, derrière le micro et aux compositions.

« L’histoire de mon peuple est sad poto, ça jure wAllah ça met la heu-b dans des sacs poto ». Avec un flow nonchalant, une prod sombre, quelques punchlines accrocheuses, Gal s’introduit en bonne et due forme avec « mélodiedubas ». Ce dernier se présente comme un jeune kickeur, séducteur, aux phases insolentes, le tout, non sans une belle dose d’humour et de dérision au détour de quelques punch : « J’ai déjà vu des kufar prier devant le glock » (sur saintcloud) / « Pour lui dire que j’l’aime j’lui dis : jamais j’vais changer de tasse » (sur lameufkejaime). Durant cet EP Gal nous propose un panel de registres variés : de l’introduction trapesque à une fresque de sa vie sur « cellekejcapte », jusqu’au choix de magnifiques samples sur « letempsdunbackwood »… On retrouve des morceaux aux sonorités et thèmes plus ternes comme « surlebanc » ou « savemeufaire » où le rappeur s’autorise à aborder quelques sujets plus personnels. En bref, un touche-à-tout doué partout ! « Les yeux revolver, en un regard tu clamses, la meuf que j’aime écoute du Brams » (sur lameufkejaime). Enfin, si vous en doutiez, cet EP vous montrera également que le romantisme dans le rap français est loin d’être mort… « ça parle de partir mais ça reste scotché sur le banc » (sur surlebanc).

Le temps d’un court disque Gal présente une partie de son art, de sa vie et de son style en guise d’entrée en matière dans sa discographie. Le mix d’une écriture sérieuse mais drôle par moments manque au rap français et le bruleur maitrise cette insolence à la perfection. Un très bon premier projet que l’on salue et qui risque de tourner jusqu’au suivant !

26 Avril

Ratu$ – « TTMS Vol. 3 » 🐀

Tout droit sorti de son 93, Ratu$ ne cesse de creuser son trou au sein du rap game depuis quelques temps. Signé chez Saboteurs Records, ce dernier a enchainé les démonstrations de talent, se faisant connaitre via ses collaborations avec Deen Burbigo, Alpha Wann ou Veust, en parallèle de sa série Tout Travail Mérite Salaire. Le troisième et dernier volume, TTMS Vol. 3, vient clore cette trilogie en 10 titres, accompagné par Cinco et Stavo. On y retrouve LamaOnTheBeat, JayJay, Big Don, MDK, JayDaKid, Grizzly Ice, GrandBazaar, Yahmanny, Drayki, Selman, Preston Mayers, 3010, Hi Jeffe et Hologram’ Lo.

« C’est la haine qui domine ici, et manque de bol on joue à domicile » (sur DANS LE RÉEL). Navigant entre sonorités brutes et douces, Ratu$ n’émousse pas la lame de ses couplets aiguisés pour autant, peu importe l’ambiance des sons. « L’ARMÉE DES RATS » donne le ton dès l’entrée. Fusillades, trafics de drogue et d’arme, opiacés… le rat du 9.3 raconte au détour de multiples couplets le train de vie instable distillé le long de sa vie. « J’taffe pas à but non-lucratif j’suis un rat actif » (sur ÉTRANGER). Ce parcours fait partie des éléments formant la marginalité du rat des villes. Au-delà de la criminalité qui borde son existence, ce dernier image souvent son propos à travers des expressions et sujets en lien avec l’animalité, l’obscurité, en référence à son pseudonyme. De sa « LOUVE DE VIE » aux moments où il se calfeutre chez lui volets fermés, allant jusqu’à se comparer à une chauve-souris, Ratu$ donne l’impression d’une vie ténébreuse, recluse, voir d’une volonté de s’éloigner le plus possible des hommes. Abordant à plusieurs reprises le tri dans son entourage ou son rapport à diverses substances et boissons, Ratu$ met tout de même un point d’honneur sur l’importance de son entourage qui forme l’essentiel des ses rapports aux autres. « Les anciens ont la calvitie, pas l’compte à Zidane » (sur KOWEIT). Malgré un ton plutôt sérieux Ratu$ démontre à quelques reprises son insolence par des phases amusantes qui ne manquent pas d’efficacité ! « J’ai toujours ma tête de bico, j’aurai pas pu finir trader » (sur DEMAIN). Sur un plan plus intime mais tout de même pudique, le rat raconte : « Vous savez qu’c’est nos familles qu’ont construit les routes, et l’truc de fou c’est qu’pendant les manifs ça les rouste » (sur DEMAIN). Hormis ces constats sonnant presque comme de tragiques évidences tant le racisme déborde de nos sociétés, Ratu$ évoque quelques passages de sa jeunesse, ses inspirations, certaines erreurs de jeunesse ou l’importance de certaines valeurs transmises par ses parents, notamment sur les titres « DANS LE RÉEL » ou « MAUVAISE HANITUDE ». Pour la forme du projet, Ratu$ est excellemment entouré, tant sur les superbes prods qui lui sont préparées que par les MCs présents. Cinco permet un passe-passe chirurgical là où Stavo démontre la grandeur d’un rap aussi imagé qu’unique.

Parfaite conclusion à ce triptyque musical, Ratu$ offre une démonstration de rap qui donne envie de relancer les anciens volumes ! Artiste de talent au style d’écriture brut mais juste et prenant, le découpeur nous a charmé avec TTMS Vol. 3 qu’on vous incite à écouter de ce pas !

Wit. – « Le Jour d’Après » 🧪

Quatre ans plus tôt Wit. partageait avec nous NO FUTURE, un projet musical unique au sein du rap français. Son atmosphère angoissante, ténébreuse, couplée aux rythmes électroniques de l’univers « Digitalova » nous happait dans sa dimension si singulière. De ce projet a suivi une longue absence du montpelliérain peu commune dans cette époque où la productivité régit pourtant la cadence de la création musicale. C’est au lendemain d’un monde sans futur que nous apparait LE JOUR D’APRÈS, un 12 titres sur lesquels Wit. veille à nous éclairer sur cette longue absence. En auto production sur quelques titres, Wit. compte sur la présence de Seak, ELK, Thomas André, 143, Stu, Pjet, Nabil Adimi, 99 et Aymenisdead pour mener à bien ce projet.

« Gouvernement dans l’détournement forcement j’veux son effondrement au plus tôt » (sur EDEN). Dès l’introduction Wit. donne le ton, introduisant son propre réveil, au sens propre et figuré, sur « EDEN », dont les thèmes et le titre se placent aux antipodes : « Trouver la vérité derrière la silhouette du mensonge, ça tient un temps mais les temps changent » / « J’me demande comment c’est de l’autre coté, est-c’que j’te r’verrai ? Est-c’que le ciel est bleuté ? ». Rimes acérées, très direct dans les sujets abordés, le montpelliérain est sans langue de bois, tant sur l’actualité que sur la forte introspection dont il fait preuve, expliquant ainsi les raisons de son absence prolongée. On y retrouve les sonorités qui font la spécialité des ses morceaux, des ambiances ternes, brumeuses, saupoudrées de sonorités électro-futuristes. Au coeur de ce disque, le point central de ses problèmes n’est autre que la musique. Bien qu’il apprécie créer, ses revenus sont insuffisants pour lui permettre de vivre convenablement. Pour palier à cela Wit. raconte sa descente aux enfers dans le cercle vicieux de l’argent facile. En parallèle naissent des conflits avec son manager mais surtout l’enfermement. Sombrant dans des addictions, la négligence de sa santé, la crainte de retomber dans la précarité vécue plus jeune, le tout, couplé à la peur de voir sa famille découvrir ses activités illicites, l’artiste s’isole. Entre la paranoïa, la honte vis-à-vis de ses proches si ceux-ci venaient à découvrir sa double vie, puis ses introspections, en lien avec sa foi et sa situation, Wit. nous parait aussi tourmenté qu’indécis. « Toujours dans le même piège me demande pas comment on s’en sort, si j’t’le dis, j’vais pas rendre ma mère fière » (sur U.F.O). Les titres des sons « APOLLO » et « W.213 », tirés de certains des surnoms du kickeur durant sa carrière, se focalisent particulièrement sur les dualités entre la crainte de la pauvreté, la tentation de « l’argent facile », son isolement progressif, et l’impatience de ne pas voir ses efforts récompensés par l’industrie. Ils représentent ainsi les différentes périodes et soucis traversés. « La confiance a té-sau j’suis tout là-haut, y’a même pas de réseau, J’redescendrais quand j’aurais plus de raisons d’esquiver l’regard de ma mère » (sur GG). Le projet se clôture par un refrain qui reflète l’état d’esprit de Wit. : « J’veux pas jouer le jeu, j’veux changer le jeu » (sur S240).

En conclusion, rien ne semble scellé, si certaines prises de conscience apparaissent, difficile de statuer sur les décisions que prendra Wit. à ce sujet, qui n’affirme rien. Néanmoins, l’existence de ce projet reflète une certitude, c’est qu’il n’a pas tiré un trait sur la musique. Au vu de l’excellent LE JOUR D’APRÈS qu’il nous a livré, nous espérons qu’il n’en restera pas là !

Bonus

Vicky R – « SYSTM » 💄

En octobre 2023 sortait SYSTM, un format court sur lequel Vicky R nous partageait 7 morceaux inédits accompagnée de Chilla, Anaïs Cardot et Le Juiice. Il y a quelques semaines la rappeuse livrait un remix du morceau « Facts » au projet, cette fois accompagnée de Benjamin Epps, l’occasion pour nous de mettre en avant cet EP qui nous a beaucoup plu. Ce dernier compte la présence des beatmakers Sutus, Peru, Tay Song, Leaf, Seak, Stonkom, Cantstopdjay et Milan Brokken.

« Tous les jours je pense business, j’suis tombée dans le système » (sur SYSTM). En parlant d’occasion, l’introduction est celle de « redémarrer le SYSTM », ou plutôt pour la Rap Star de faire le point sur certains aspects de sa carrière. Malgré une longue activité dans le rap, la rappeuse semble prise dans l’engrenage de l’industrie de la musique : obsédée par le travail, mais frustrée par les résultats qu’elle juge insuffisants, et les attentes de ses proches, sans doute source d’une pression certaine. « Déjà dix piges que je rappe pour percer je sais pas comment faire ». « Quand j’retourne au Gabon j’ai toujours droit à des commentaires […] ils attendent un feat avec Tiago, Gazo, Benjamin Epps » (sur Facts). Et visiblement il suffisait de demander puisque Eppsito a répondu présent sur le remix de « Facts » avec en parallèle la sortie du clip au Gabon, pays ayant vu naitre Vicky R (on recommande !). Plus globalement ce 8 titres est l’occasion pour Vicky R de faire le point sur elle-même, tant sur le plan professionnel que personnel. « Toujours plus » dépeint la dualité entre sa volonté de renoncer face aux mensonges, fausses promesses ou échecs personnels rencontrés dans l’industrie, et celle de sa détermination qui l’a incité à ne jamais jeter l’éponge, à se ressourcer pour mieux affronter les doutes, et l’importance de son entourage pour surmonter les moments difficiles. « Le Temps », assez explicite, raconte diverses inquiétudes et douleurs de Vicky face à ses parents vieillissants et aux douleurs de son passé. La découpeuse en profite pour montrer l’étendue de son talent, tant dans des couplets incisifs qu’à travers les refrains mélodieux de « SYSTM » ou « J’ai pas changé ». Mention spéciale à « Yeah », passe-passe entre Vicky et Chilla aussi prenant qu’insolent.

Plutôt intimiste sans trop se dévoiler, SYSTM est l’occasion pour Vicky R de nous partager une part d’elle-même importante, tout en faisant le point sur sa situation et ce qui l’a forgé. Ce format court annonce sans doute une transition vers de nouveaux projets, de quoi mettre l’eau à la bouche !

NOS MORCEAUX DU MOIS

Green Montana – « barcelona92 » (ft. SDM)
Momsii – « Cargo »
Mac Tyer – « General 2006 » (ft. Kalash Criminel)
i300 – « Comme Mike »
KPRI – « Rentable »
Hooss – « L’épreuve du feu »
Chily – « Radio au tarmi »
SAM – « Génération 2000 »
RK – « Coffio »
Zed – « #ZEDEUDÉ (60) »
Janis – « Mamamia » (ft. Asboy)
Green Montana – « riche nouveau monde »
La Kadrilla – « Papier »
Wit. – « RODÉO »
Dibson – « Go »
Lesram – « Rebellion »
Sysa – « C’est Nous La Cité #8 »
TLZ Clan – « Rolex »

AnNie .Adaa – « Dogman »
Tedax Max – « Tête d’affiche »
Ratu$ – « Demain »
Zbig – « Zbigopaïne #8 »
Green Montana – « la brique et la drogue »
Lacrim – « 7 vies »
Naps – « RSQ3 »
Momsii – « Menace 2 Society »
Osirus Jack – « Kyrie Irving »
Metah – « Phil Foden »
Cacahouète – « Banlieue Parisienne #4 »
ISS – « Favori »
Stavo – « Stavoir »
MIG – « La Ligne »
Wit. – « APOLLO »
KPRI – « Trophées »