TOP

Nuits blanches après nuits blanches pour Nevon

À quelques jours de la sortie de Nuit Blanche, son premier EP, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Nevon. Marqué par son vécu, ses expériences et le rap, le natif de Belfort s’est livré sur sa conception de la musique, les émotions transmises à travers son rap et sa proximité avec des artistes comme L’Don.

Salut Nevon, merci d’avoir accepté cet entretien, comment ça va ?

Écoute ça va très bien, merci pour l’invitation !

On ne sait pas grand chose de toi si ce n’est ce que tu racontes en chanson et le fait que tu vivais vers Belfort… Est-ce que tu pourrais te présenter ?

Moi c’est Nevon, j’ai 23 ans. Actuellement je vis en région parisienne, mais de base je viens de Franche-Comté, de Belfort. Ça fait un moment que je rappe mais avant je sortais ça sous un autre. Nevon ça fait pas si longtemps.

C’est justement ce que j’allais te demander, tes premiers morceaux sont assez récents (fin 2021) mais je suppose que tu as commencé la musique bien avant… Tu peux nous raconter quand et comment tout a débuté ?

Il faut savoir que j’ai deux grands frères et tout est parti du plus âgé qui rappait à son époque, donc j’ai toujours baigné là dedans. J’avais l’exemple de l’ainé qui rappait dans sa chambre donc ça m’a un peu poussé dans cette voie. Je me suis mis à rapper, à freestyler dans mon coin, j’avais 17 ans, je postais ça sur mes réseaux à l’époque. Puis c’est là que tout s’est lancé. Des gars de chez moi, vers Besançon, m’ont repéré et de là on a commencé à bosser ensemble. Mes premiers morceaux sortaient sous un autre pseudo, puis j’ai fini par changer pour Nevon.

Pourquoi Nevon du coup ?

C’est un ami à moi, un grand de chez moi, qui me surnommait comme ça depuis longtemps. Il n’y a pas de signification précise, c’est un surnom qui est resté donc on l’a gardé.

Et par curiosité, ton frère rappe encore ?

Non, il ne rappe plus. Tu sais, chez nous c’est la province donc c’est compliqué. Il y a un fossé entre Paris et la province sur beaucoup de choses, et la musique en fait partie. C’est plus compliqué de se développer chez nous mais ça reste une passion pour lui.

Dans ta musique on t’entend glisser un clin d’œil à 45 Scientific et la Sexion d’Assaut sur « Danser ». Quelles sont tes influences musicales les plus importantes ?

Franchement j’ai pas d’artiste favori par qui je jure uniquement, mais par exemple Booba, Lunatic et D.U.C je les ai saignés, c’est quelqu’un qui m’a grave influencé. Quand j’étais plus jeune c’est avec la Sexion d’Assaut, Soprano, Sinik que j’ai découvert le rap, et c’est resté avec ce coté mélancolique de ma musique qui doit venir de ces inspirations. Même Niro à l’époque, dans sa manière d’écrire que j’aime encore beaucoup aujourd’hui.

Cover de Nuit Blanche
Tracklist de Nuit Blanche

Le 8 Septembre tu sors Nuit Blanche, ton premier 5 titres. Tu l’as travaillé différemment comparé aux singles que tu as sorti jusqu’ici ?

Non pas vraiment. En fait j’étais dans un mood où j’écrivais pas mal, juste avant que je parte vivre à Paris. Plein de questionnements ont surgi sur ce que je faisais de ma vie, où j’allais… Une grande période de doutes. À ce moment je me suis pas dit « je vais faire un projet », j’ai enchainé les morceaux sans trop me poser de questions, puis quand l’envie de sortir mon EP est venue j’ai simplement fait le tri parmi ce que j’avais.

Sur Nuit Blanche tu racontes tes galères et te dévoiles sur des ambiances nocturnes. Élevé à la dure, tu te questionnes sur toi-même tout en te décrivant comme assez impulsif et seul. C’est ton vécu qui te fais te poser ces questions ?

Ouais de fou ! C’est le vécu ! Je pense que chacun se pose ces questions, peut-être moi plus que les autres, mais c’est par rapport à ce que je vis, ce que j’ai vécu, aux fréquentations que j’ai eu, ce qui m’est arrivé… d’où les questionnements. Là j’étais dans une période où j’ai basculé de Franche-Comté à Paris, ça a été un cap pour moi de quitter mes repères, mes proches, et de venir tout seul. J’ai toujours été de nature à vouloir m’améliorer, me poser des questions.

Faire des morceaux ça t’aide à te canaliser et à trouver des réponses ?

Exactement. C’est pour ça que dans les trois-quart de mes morceaux il y a ce coté mélancolique. Quand je me livre c’est comme si j’écrivais dans un journal intime. Je vois la musique comme un exutoire, comme une délivrance, donc je partage mes sentiments qu’ils soient positifs ou non. C’est quelque chose qui me plait énormément dans ce que je fais.

Tu réponds un peu à ma question suivante sur ce coté sombre, pessimiste dans tes morceaux. Le négatif revient pas mal dans ta musique… à quoi c’est dû ?

C’est un trait de caractère chez moi, j’ai tendance à être très pessimiste, à vouloir être trop réaliste, me faire tous les scénarios possibles. J’aime bien avoir le contrôle sur tout ce qui se passe, et quand c’est pas le cas j’ai du mal à voir le positif sur la suite des événements.

Le temps et les doutes c’est des notions qui reviennent pas mal dans tes morceaux. De ce que tu me dis, je le comprends comme une peur de l’avenir, d’un futur incertain ?

Franchement oui. À l’heure actuelle je sais pas où je serais demain. On se produit nous-mêmes, toutes mes économies partent dans le son, donc même le présent est flou. Pour gérer ça au mieux on se pose plein de questions. Puis c’est lié à comment j’ai grandi, à mon éducation, donc j’y pense beaucoup.

Qu’est-ce que tu vises à long terme dans ta vie artistique et personnellement pour vivre serein, ne plus te poser toutes ces questions ?

Ben écoute je cherche encore la réponse (rires). D’un point de vue personnel la musique c’est une passion, quelque chose que j’aime vraiment faire. Demain je pourrais travailler dans ce milieu, ne plus être artiste tout en gagnant ma vie, je serais le plus heureux. Puis comme je le disais plus tôt, mon écriture c’est là où je me livre, donc même si j’arrêtais la musique, je continuerais à écrire parce que ça m’aide.

Coté artistique j’aspire pas à être le numéro 1. Si j’arrive à faire des sous avec mes petits streams c’est tout ce que je demande. Je cherche plus à créer ce truc de famille autour de la musique pour que les gens s’y reconnaissent, s’y identifient.

©mister_ellio
©mister_ellio

Dans tes textes tu parles de la famille, mais l’amour aussi revient souvent. Quelle place ça occupe dans ta vie ?

Maintenant presque aucune. Je me concentre à fond sur mes projets, je ne m’autorise pas le temps d’avoir une relation. Mais dans ma vie passée ça en a pris beaucoup. Dans mes relations, qu’elles soient amicales ou amoureuses, je suis très investi, et quand tu l’es beaucoup, tu peux vite être déçu. Quand je le suis je peux très vite devenir rancunier, c’est pour ça que j’en parle tel quel dans mes sons.

On sort du cadre de l’EP. Récemment on te retrouvait sur « Buvette Remix » de Monsieur Dioni qui sort des ambiances habituelles de tes morceaux. Tu comptes explorer de nouvelles choses en solo ou uniquement dans le cadre de collaborations (pour le moment) ?

Avant on se contentait de rester dans notre D.A sur les singles, et on se permettait d’être un peu plus libre uniquement dans le cadre des collaborations. En sortant des singles on peut se permettre d’explorer plusieurs palettes, c’est ce qu’on a fait en 2021, mais un moment il faut faire un choix pour que le public t’identifie. Donc c’est ce qu’on a fait à partir de 2022, rester dans un même registre. Après la sortie de Nuit Blanche on va s’orienter vers d’autres inspirations qui sortent de ce qu’on fait en ce moment.

C’est quoi la suite ? Des clips ? Des collaborations ? Rien avant 2023 ?

Ce qui est sûr c’est qu’avec Dioni, Heythem, L’Don, Al Berry… (tous présents sur « Buvette Remix ») c’est la famille donc bien sûr qu’on va être amenés à re-collaborer, surtout que Dioni et L’Don on se voit tous les jours. Coté artistique on pense envoyer quelques singles avant le prochain projet, qui devrait sortir en début d’année prochaine. Ce sera sûrement plus ouvert aux feats et pas forcement qu’avec des gens dont on est proches.

En tous cas tu es satisfait de ce type de format pour un premier projet ?

Bien sûr. On est dans un mode de consommation qui va très vite aujourd’hui dans la musique. De nouveaux artistes émergent et disparaissent tous les jours, donc pour sortir des 15/20 titres de nos jours il faut être ambitieux. Moi même en tant qu’auditeur j’ai du mal à me poser 40 minutes pour écouter des longs formats. Je me met à la place de l’auditeur quand je crée de la musique pour savoir ce que j’aime avoir et le retranscrire au mieux.

Pour finir, il y a une release party pour Nuit Blanche sur Paris d’ici quelques jours (7 Septembre)… tu peux nous en parler rapidement ?

Le projet sort le 8 Septembre donc on a décidé d’organiser un événement la veille. Ce sera une soirée avec deux DJ pour mettre l’ambiance jusque’à ce que je fasse un show. Je tenais à le faire pour marquer le coup parce que j’aime être en lien avec les gens qui m’écoutent et les voir, donc ça me tenait à cœur. En espérant que tout se passe bien !

Merci pour tes réponses Nevon ! Bonne continuation… c’est tout ce qu’on te souhaite !

Merci à vous pour l’invitation et le soutien !

©mister_ellio
©mister_ellio